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Thaïlande: la première ministre Yingluck Shinawatra est destituée

07/05/2014 05:07 EDT | Actualisé 07/07/2014 05:12 EDT
PORNCHAI KITTIWONGSAKUL via Getty Images
Thai Prime Minister Yingluck Shinawatra meets with Admiral Samuel Locklear, commander of the US Pacific Command at Government House in Bangkok on December 6, 2013. Locklear is on a three-day visit to Thailand. AFP PHOTO / PORNCHAI KITTIWONGSAKUL (Photo credit should read PORNCHAI KITTIWONGSAKUL/AFP/Getty Images)

La première ministre thaïlandaise Yingluck Shinawatra, reconnue coupable d'abus de pouvoir, a été destituée mercredi par la Cour constitutionnelle et immédiatement remplacée par le ministre du Commerce, dans un pays toujours en pleine crise politique.

Yingluck, qui faisait face depuis six mois à un mouvement de rue réclamant sa tête, "ne peut plus rester à son poste", a déclaré le président de la Cour Charoon Intachan, lors de la lecture du jugement retransmise en direct à la télévision.

La Cour a également décidé de révoquer plusieurs ministres impliqués dans ce dossier lié au transfert d'un haut fonctionnaire.

Empêchant finalement un vide politique qu'avait fait craindre la décision de la Cour, les ministres restant en poste ont immédiatement annoncé la nomination d'un premier ministre intérimaire: le vice-premier ministre et ministre du Commerce Niwattumrong Boonsongpaisan.

"Il y aura un Conseil des ministres vendredi pour allouer de nouvelles positions aux ministres restants", a précisé le vice-premier ministre Phongthep Thepkanjana, précisant que neuf ministres sur 35 avaient été destitués en plus de Yingluck.

L'affaire ayant provoqué la destitution de Yingluck concerne l'éviction du patron du Conseil de sécurité nationale après l'arrivée au pouvoir de Yingluck en 2011. Celui-ci a réintégré depuis ses fonctions sur ordre du tribunal administratif.

Se basant sur cette décision, un groupe de sénateurs, assurant que le transfert initial avait été fait au bénéfice du parti Puea Thai au pouvoir, a déposé un recours devant la Cour constitutionnelle.

"Les juges ont décidé à l'unanimité que Yingluck avait abusé de son statut de premier ministre", pour effectuer un transfert "illégal" et à son propre "bénéfice", a souligné Charoon, au lendemain du témoignage de Yingluck, qui avait clamé son innocence.

Les manifestants antigouvernementaux ont salué la décision de la Cour à coups de sifflets devenus leur signe de ralliement.

"Je suis heureux, même si ce n'est pas tout le gouvernement", a commenté l'un d'entre eux, Linjong Thummathorn.

Les protestataires continuent à défiler quasi quotidiennement dans les rues de Bangkok, même si la mobilisation a largement diminué depuis le début de cette crise qui a fait au moins 25 morts.

Ils accusent Yingluck et son frère Thaksin Shinawatra, ancien premier ministre renversé par un coup d'Etat en 2006 et personnage clé de la politique du royaume, d'avoir mis en place un système de corruption généralisée.

- Législatives le 20 juillet ? -

Estimant que Thaksin continue à gouverner à travers sa soeur, malgré son exil, ils veulent également remplacer le gouvernement par un "conseil du peuple" non élu.

La Cour constitutionnelle a déjà chassé du pouvoir deux premiers ministres pro-Thaksin en 2008, et beaucoup doutaient mercredi que Yingluck soit épargnée par une justice accusée de d'être partiale.

Ce nouvel épisode de la crise politique intervient alors qu'il n'y a pas de Parlement, dissous depuis décembre 2013.

Les législatives du 2 février ont été invalidées par la justice en raison de leur perturbation par les manifestants. Et de nouvelles élections ont été annoncées pour le 20 juillet, et le gouvernement intérimaire réduit prévoit de les mener à bien.

Les ministres restant "agiront en tant que gouvernement intérimaire pour assurer les élections qui conduiront à un nouveau gouvernement", a déclaré mercredi le secrétaire permanent du Bureau du premier ministre, Thongthong Chantarangsu.

Mais les manifestants ont promis de perturber tout nouveau scrutin, et le Parti démocrate, principale formation de l'opposition qui avait boycotté le précédent, a refusé de soutenir ces nouvelles élections.

Le mouvement des Chemises rouges pro-Thaksin a de son côté promis de redescendre dans la rue en cas de nouveau "coup d'Etat judiciaire", faisant craindre de nouvelles violences.

En 2010, les Rouges avaient occupé le centre de Bangkok pendant deux mois pour réclamer la démission du gouvernement de l'époque, avant un assaut de l'armée.

Avec plus de 90 morts et 1.900 blessés, cette crise a été l'épisode le plus sanglant d'un cycle de crises politiques ayant fait descendre tour à tour dans la rue depuis 2006 les ennemis et les partisans de Thaksin.

Le milliardaire, en exil pour échapper à la prison pour malversation financière, reste la figure de division du royaume entre les masses rurales et urbaines défavorisées du nord et du nord-est, qui lui sont fidèles, et les élites de Bangkok gravitant autour du palais royal, qui le haïssent et le voient comme une menace pour la monarchie.

Yingluck fait d'autre part face à une procédure de la commission anticorruption pour négligence en lien avec un programme controversé d'aide aux riziculteurs. Une affaire qui pourrait conduire à son interdiction de vie politique pour cinq ans.

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