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« Métis Beach » de Claudine Bourbonnais : la lectrice de nouvelles qui rêvait d'écrire

07/05/2014 10:27 EDT | Actualisé 07/05/2014 10:29 EDT
Courtoisie

Derrière Romain Carr, scénariste quinquagénaire dont la série télé suscite un tollé chez nos voisins du sud, se cache Romain Carrier, jeune Gaspésien qui fuit son village natal au début des années 60 pour goûter au rêve américain. Cette histoire, aux allures de roman d’apprentissage et de thriller sociohistorique, est le fruit de l’imagination de Claudine Bourbonnais, la lectrice de nouvelles de RDI qui signe ici son premier roman.

D’abord inspirée par Métis, un village canadien-français peuplé d’ouvriers, près duquel se trouvait Métis Beach, une petite localité où de riches familles anglophones passaient leurs étés, la journaliste a ensuite imaginé son personnage principal : Romain, un jeune adolescent en quête de liberté dont la nature toute masculine lui permettait de laisser libre cours à son imagination.

«Cette distance me permet d’imaginer davantage et j’aime l’idée de comprendre des choses en écrivain, souligne-t-elle. J’ai adoré me mettre dans la peau d’un jeune garçon qui se découvre et qui est mis au monde par une femme, une grande auteure féministe.»

Alors que plusieurs auteurs s’inspirent largement d’eux-mêmes pour un premier roman, Claudine Bourbonnais explique pourquoi son récit n’a rien d’autobiographique. «À presque 50 ans, je crois qu’il était trop tard pour m’inspirer essentiellement de mon histoire. Peut-être qu’on fait ça à 20 ans, quand on a moins d’expérience de vie. Mais je n’étais pas intéressée à écrire sur moi. Le seul lien très fort qu’on peut faire avec moi, c’est le thème de la liberté qui est au cœur du roman et qui est une valeur fondamentale en laquelle je crois.»

Fascinée par les années 60, la décennie qui la vue naître, Claudine Bourbonnais s’est intéressée aux tensions sociales de l’époque : féminisme, revendication des droits des noirs, contestations face à la guerre du Vietnam, etc. «C’est une période fondatrice qui a mis au monde une nouvelle société. J’avais envie d’explorer les mythes autour de cette époque qu’on regarde toujours avec admiration, alors que ce n’est pas aussi unidimensionnel qu’on l’imagine parfois.»

Contrairement à certains auteurs de romans historiques qui insèrent maladroitement le fruit de leurs recherches au fil de leur récit, l’écrivaine invite les lecteurs à voyager dans le passé comme s’ils observaient une photographie. Une quantité phénoménale de détails sur la culture populaire, les vêtements, les voitures, la politique et les réalités sociales offre un portrait subtil de l’époque.

«Je ne voulais surtout pas qu’on se dise “bon, voilà la journaliste qui parle et qui nous donne de l’information”. J’ai tenté d’intégrer les détails en faisant comme si quelqu’un se rappelait son passé. Je travaillais beaucoup en m’inspirant de photos pour décrire les choses comme si je les avais vues et vécues.»

Hommage à la littérature américaine

Le rythme de Métis Beach est ponctué de longues phrases et porté par une véritable maîtrise de la ponctuation, un exercice qui peut s’avérer casse-cou pour quiconque s’y aventure les yeux fermés. Pourtant, la lectrice de nouvelles affirme y être allée par instincts. «Il y a cinq ans, j’ai fait la découverte de l’auteure Joyce Carol Oates et j’ai lu 19 de ses romans depuis. Elle m’a appris à écrire passionnément et sans réserve, sans chercher la belle phrase et sans me demander si c’est bien écrit. C’est ce que j’ai voulu faire avec mon roman.»

Elle cite également Philip Roth et Norman Mailer, deux auteurs américains qui ont, selon elle, le talent de raconter une histoire sans trop se prendre la tête. «Ils ont la capacité de plonger dans un récit et d’être au service de l’histoire. Je me suis inspirée de ça en me laissant voyager d’un genre à l’autre, sans imposer un style unique au roman. Quand on passe six ans et demi sur un bouquin, il faut pouvoir se laisser surprendre!»

Véritable amoureuse de littérature, elle évoque les paroles d’une autre auteure, quand on lui demande si la gestation de son prochain roman sera de la même durée. «Dans une entrevue où on lui demandait pourquoi elle publiait un roman aux dix ans, Donna Tartt a répondu qu’elle était capable d’écrire plus vite, mais que ça ne lui procurait pas le même plaisir. Je suis d’accord avec elle. Pour moi, écrire, c’est se plonger dans un état et se faire plaisir.»

Ce deuxième roman sera campé dans l’Angleterre des années 80, soit la période où Claudine Bourbonnais est allée faire une maîtrise à l’Université de Durham, après ses études en sciences politiques à McGill. Une histoire qu’elle dit un peu plus inspirée de sa vie et de sa génération. Comme quoi les parcelles d’autobiographie feront peut-être leur place dans son deuxième livre, plutôt que dans le premier.

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