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L'extrême-droite européenne en quête d'une difficile unité à Strasbourg

07/05/2014 08:54 EDT | Actualisé 07/07/2014 05:12 EDT

Surfant sur la vague eurosceptique, les extrême-droites européennes espèrent peser ensemble dans le prochain Parlement de l'UE élu à la fin du mois, mais les écueils ne manquent pas.

En novembre 2013 à Vienne, sept partis -- le Front national français, le FPÖ autrichien, le PVV néerlandais, le Vlaams Belang belge, la Ligue du Nord italienne, le SNS slovaque et les Démocrates de Suède -- annonçaient s'être entendus pour constituer un groupe commun à Strasbourg après les élections.

A moins de trois semaines du scrutin, le FPö évoque un vague "accord de principe" entre les chefs des sept partis, mais l'accord de novembre dernier n'a toujours pas été formalisé. A la différence des autres grandes familles politiques européennes, les formations d'extrême-droite ne font pas non plus campagne ensemble. Enfin l'Autrichien Andreas Mölzer, grand artisan du rapprochement de ces partis, a dû se retirer au printemps de la tête de liste FPÖ, après des saillies racistes.

- Qui de la partie? -

Les Démocrates de Suède font, par ailleurs, toujours mine d'hésiter à rejoindre un éventuel futur groupe, tandis qu'en Slovaquie, le SNS n'est pas assuré d'avoir des élus.

Les futurs alliés font enfin face à un double écueil : ils ne veulent pas s'associer à des formations qu'il jugent trop extrémistes (Jobbik en Hongrie ou Aube dorée en Grèce), tandis que certains partis souverainistes, comme les europhobes britanniques du UKIP, les jugent infréquentables.

"On peut espérer une dizaine de nationalités et une cinquantaine de députés dans le groupe", avance pourtant à l'AFP Aymeric Chauprade, tête de liste FN en Ile-de-France et conseiller de Marine Le Pen pour les affaires internationales.

Pour atteindre à coup sûr la barre de 25 députés représentant sept pays, qui est le seuil minimum pour constituer un groupe au Parlement européen, les alliés espèrent débaucher quelques franc-tireurs issus d'autres groupes, voire des isolés comme l'ancien président lituanien Rolandas Paksas, explique à l'AFP le politologue Jean-Yves Camus.

- Quel programme? -

Leur autre difficulté sera "de trouver une ligne politique commune", prévoit ce spécialiste de l'extrême-droite.

Certains des partis qui s'étaient réunis à Vienne sont souverainistes et nationalistes, d'autres sont régionalistes. Tous contestent l'UE telle qu'elle fonctionne aujourd'hui, mais tous ne rejettent pas l'idée européenne dans son ensemble.

Le manifeste de l'Alliance européenne pour la liberté (AEL), la plateforme politique de ces sept partis, se fixe pour objectif le retour à l'Europe des nations et aux monnaies nationales.

Un plus petit dénominateur commun face aux différences de vue entre par exemple les Néerlandais du PVV, atlantistes et pro-israéliens, et le FPÖ ou le FN.

De même, si le FN et la Ligue du Nord ont fait de la sortie de l'euro l'un de leurs chevaux de bataille dans cette campagne, ce n'est pas le cas du FPÖ, qui privilégie la critique de la bureaucratie bruxelloise.

- Regrouper au-delà -

Même si elle échouait à dépasser ses contradictions politiques, l'extrême-droite européenne tirerait des avantages pratiques et matériels du fait d'avoir un groupe parlementaire.

"Ils pèseront dans les commissions spécialisées. Cela aura un rôle non négligeable et peut-être même important pour sortir de la construction européenne", estime Aymeric Chauprade.

"La minorité de blocage est une notion qui existe au Conseil européen, pas au Parlement", tempère toutefois Jean-Yves Camus. En revanche, le groupe permettrait d'"occuper le terrain, d'avoir du temps de parole et des moyens supplémentaires".

Au-delà de ce groupe parlementaire, l'objectif affiché du Front national, mais aussi du PVV, est de conglomérer un maximum d'eurosceptiques dans le prochain Parlement européen.

"Nous pouvons espérer aller peut-être jusqu'à un tiers du Parlement européen, au-delà de notre groupe, en comptant tous les eurosceptiques qui n'en feront pas forcément partie comme par exemple l'UKIP", a ainsi affirmé mercredi Marion Maréchal-Le Pen, députée en France et nièce de Marine Le Pen.

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