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La Somalie menacée d'une nouvelle catastrophe alimentaire (ONG)

07/05/2014 08:43 EDT | Actualisé 07/07/2014 05:12 EDT

La Somalie, ravagée par la guerre civile depuis 1991, risque une catastrophe alimentaire, moins de trois ans après une famine meurtrière, en raison de l'absence de pluies, de l'intensification du conflit et des aides en baisse, ont averti mercredi des organisations humanitaires.

Plus de 50.000 enfants atteints de grave malnutrition sont aux "portes de la mort", a affirmé une coalition de 22 organisations humanitaires internationales et somaliennes, soulignant que près de trois millions de personnes étaient dans une situation de crise humanitaire, dont plus d'un million chassées de leurs foyers.

"Si nous n'agissons pas maintenant, nous risquons de voir la crise actuelle se transformer en catastrophe", a prévenu devant la presse Ed Pomfret, d'Oxfam, notant que c'était la deuxième année sans pluies en Somalie.

"Ces statistiques seraient saisissantes dans toute autre situation dans le monde", a-t-il ajouté, "le problème avec la Somalie, c'est qu'il s'agit d'une crise de plus de 20 ans (...) Les gens, plus ou moins, roulent des yeux et pensent: +pirates, terroristes, la faim et la mort, que puis-je y faire?+".

La Somalie a été le pays le plus touché par la grande sécheresse de 2011 qui a affecté plus de 11 millions de personnes à travers la Corne de l'Afrique, déclenchant une famine dans une grande partie du sud somalien ravagé par la guerre.

Environ 260.000 personnes, dont la moitié d'enfants, sont mortes de faim en 2011-2012 selon les Nations unies, qui ont reconnu que les signaux d'avertissements, alors visibles depuis déjà deux ans, n'avaient pas déclenché "une réponse suffisante à temps".

"Aujourd'hui, les signes avants-coureurs sont là et toutes les conditions sont réunies pour une crise humanitaire", a estimé Andrew Lanyon, qui dirige le Somalia Resilience Programm, une coalition d'ONG, plaidant pour un passage "d'une alerte précoce à une aide précoce".

Les pluies saisonnières, cruciales pour l'agriculture et qui tombent habituellement d'avril à juin, n'ont pas encore commencé dans les régions du sud de la Somalie, mais aussi dans les zones reculées du nord-est.

"La situation est alarmante et les gens perdent espoir", a insisté de son côté Bashir Hashi de l'ONG somalienne Wasda, qui opère dans certaines régions les plus durement touchées du sud somalien traditionnellement fertile et considéré comme le grenier du pays.

Les agriculteurs de ces régions peinent à replanter tandis que les éleveurs "abattent les petits veaux pour sauver les plus gros", précise-t-il.

Les régions méridionales des Basse- et Moyenne-Shabelle, théâtres de combats entre les insurgés shebab et les soldats de l'Union africaine, sont les plus touchées. La faim sévit également dans la région autonome du Puntland, au nord-est de la Somalie et qui forme la pointe de la Corne de l'Afrique.

"Ce que nous avons appris de la famine (de 2011) c'est qu'aucun de nous n'a répondu à temps aux avertissements", a rappelé M. Pomfret, soulignant que les appels de fonds n'avaient jusqu'ici été remplis qu'à hauteur de 12%, et que manquaient toujours 822 millions de dollars (590 millions d'euros).

"Les choses sont meilleures qu'elles ne l'étaient (en 2011), mais elles sont beaucoup, beaucoup plus alarmantes que ce qu'elles devraient être", a-t-il insisté.

En 2011, la plupart des zones touchées par la famine étaient sous contrôle des shebab qui avaient interdit à de nombreuses organisations humanitaires étrangères d'y accéder, aggravant la situation L'Amisom a depuis repris de nombreuses localités aux shebab dans ces régions, mais les islamistes contrôlent toujours de larges zones rurales.

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