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La BCE devrait se garder d'agir alors que la reprise se précise

07/05/2014 10:00 EDT | Actualisé 07/07/2014 05:12 EDT

La Banque centrale européenne (BCE) devrait réaffirmer jeudi qu'elle veille au grain, et se garder de toute nouvelle action, à l'issue de la réunion de son conseil des gouverneurs délocalisé à Bruxelles, de l'avis des analystes.

Les données disponibles "suggèrent que la BCE n'a nul besoin d'agir maintenant", souligne Holger Schmieding, économiste de la banque Berenberg. Et d'énumérer les arguments en faveur du statu quo: "La crise systémique de l'euro est finie, l'économie a retrouvé une tendance à la croissance début 2014, les principaux indicateurs restent optimistes et les conditions du crédit se relâchent".

Quant à l'inflation, dont le niveau faible depuis des mois fait craindre un retournement de conjoncture, son rebond, "même modéré, observé en avril diminue, la pression sur la BCE", estiment Christian Parisot et Jean-Louis Mourier d'Aurel BGC. Ils jugent "peu probable que les banquiers centraux européens estiment cette semaine qu'il y a urgence à prendre des mesures supplémentaires".

Les prix en zone euro ont augmenté de 0,7% en avril, après seulement 0,5% en mars. Mais cela reste loin de l'objectif de moyen terme de la BCE d'une inflation proche, mais sous la barre des 2%.

Pour autant, le président de l'institution monétaire de Francfort, Mario Draghi, continue d'affirmer ne pas anticiper de déflation, synonyme de baisse générale des prix. Il estime même que l'inflation a atteint un plancher et devrait remonter progressivement.

Une analyse partagée par Holger Schmieding, pour qui les "périls supposés d'une +déflation+, +désinflation+ évoqués par le FMI ne se matérialisent pas du tout".

Si le niveau des prix devait encore fléchir en mai, la situation deviendrait cependant très inconfortable pour la BCE.

- Pressions contreproductives -

Déjà, la plupart des analystes pronostiquent qu'elle devra en juin réviser à la baisse sa prévision d'inflation pour 2014, lors de l'actualisation de ses projections macro-économiques. Certains anticipent qu'elle pourrait alors relâcher sa politique monétaire, ou annoncer de nouvelles mesures non conventionnelles pour soutenir la croissance.

Le principal taux directeur de la BCE est actuellement de 0,25%, son niveau le plus faible jamais atteint.

En attendant, les pressions politiques se sont accentuées sur la BCE, note Carsten Brzeski, d'ING, avec des demandes aussi variées que le sont les situations des 18 pays de la zone euro.

"La liste des souhaits va d'un affaiblissement du taux de change à une baisse de taux, en passant par un soutien aux PME, le rachat d'obligations ou des changements apportés au mandat de la BCE", constate-t-il, dubitatif sur le succès de ces sollicitations. "Il devrait se savoir qu'une pression publique sur la BCE est plutôt contreproductive", souligne l'analyste.

Le taux de change, avec un euro qui s'est nettement apprécié par rapport au dollar ces derniers mois, est une préoccupation clairement affichée par le gouvernement français. Mais il a aussi été cité par la plupart des entreprises allemandes qui ont publié leurs résultats ces deux dernières semaines comme ayant pesé sur leurs performances.

Les responsables de la BCE ont eux-mêmes alimenté les attentes en multipliant les déclarations sur l'effet négatif de l'appréciation de l'euro sur le niveau des prix. Mais pour les analystes d'Aurel BGC, "seule une nouvelle phase d'appréciation de la devise européenne appellerait à en corriger l'impact".

Si elle agissait, la BCE privilégierait une augmentation de la mise à disposition de liquidités pour les banques, selon Howard Archer d'IHS, au travers par exemple d'une nouvelle opération de prêt à long terme (LTRO).

Elle pourrait aussi porter son taux de dépôt --celui auquel les banques placent leurs surplus de liquidités pour 24 heures auprès de la BCE en territoire négatif--, la BCE "semblant (le) considérer comme peut-être la meilleure manière d'affaiblir l'euro".

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