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Au Venezuela, "le manque de médicaments tue" aussi

07/05/2014 12:45 EDT | Actualisé 06/07/2014 05:12 EDT

"Il n'y a pas que les balles qui tuent, le manque de médicaments aussi !", clame une pancarte brandie par une chirurgienne devant un hôpital de Caracas, épuisée par les pénuries de fournitures médicales, qui ont officiellement atteint 50% en mars.

Au Venezuela, où vivent 30 millions d'habitants, 65 personnes sont tuées chaque jour, victimes de l'insécurité, selon des Organisations non-gouvernementales, en l'absence de statistiques officielles fiables. Mais la vie de neuf enfants a été mise en danger cette semaine dans un hôpital de la capitale en raison du manque de matériel de dialyse.

"Il n'y a pas de gazes, il n'y pas de gants, il n'y a pas d'analgésiques, d'antibiotiques et d'antiseptiques. Il n'y a pas de brosses chirurgicales ni de drainages", énumère pour l'AFP la jeune chirurgienne de 30 ans, qui demande l'anonymat.

La Banque centrale signale que fin mars, la moitié des médicaments étaient en rupture de stock dans le pays disposant des plus importantes réserves de pétrole au monde, qui lui rapportent environ 100 milliards de dollars par an.

Le président de la Fédération médicale vénézuélienne, Douglas Leon Natera, calcule que 95% des hôpitaux disposent d'à peine 5% des fournitures dont ils ont besoin. "Le gouvernement ne s'est pas occupé de les doter", explique-t-il à l'AFP, alors qu'il manifeste avec des collègues sur une place du centre de Caracas.

Raison pour laquelle Adriana Campos a dû elle-même acheter en pharmacie les gazes et le collyre pour soigner l'oeil droit de son époux après un accident ou que Carlos Gonzalez a reporté son opération par manque de drainages chirurgicaux.

- Un mal chronique -

Depuis des années, patients, médecins, infirmières manifestent devant les hôpitaux publics contre les pénuries croissantes de matériels et de produits, dans leur immense majorité importés, et la détérioration des infrastructures.

Mais sous le gouvernement du président socialiste Nicolas Maduro, héritier politique du défunt Hugo Chavez, décédé en mars 2013, la crise médicale s'est accentuée sous l'effet d'un manque croissant de devises, touchant également désormais le secteur privé.

Car les cliniques manquent de tout, en raison de la dette de quatre milliards de dollars qu'a accumulé à leur encontre le gouvernement, en retard dans le remboursement de devises aux importateurs du secteur de la santé, dans le cadre d'un strict contrôle des changes instauré en 2003.

Au cours des dernières années, alors que les réserves de changes de l'Etat tombaient de 30 à 20 milliards de dollars, les lignes de crédits se sont épuisées, les retards de paiement se sont accumulés, et les pénuries ont explosé.

Selon le représentant de l'Association des cliniques et hôpitaux, Cristino Garcia, sur 1.000 fournitures médicales, 194 étaient en rupture de stock complète en mars et 90 en situation critique.

"Le problème est (qu'il manque) tout ce qui est d'usage le plus courant", regrette M. Garcia, dont l'Association regroupe 208 centres de santé privée.

On dénombre au Venezuela 299 centres hospitaliers publics, selon des chiffres du ministère de la Santé remontant à une décennie. Leur administration incombe à la Sécurité sociale, au ministère de la Santé, mais également à l'armée et jusqu'à la compagnie pétrolière publique PDVSA.

Le psychiatre et président du collège des médecins de Caracas, Fernando Bianco, proche du gouvernement, assure que la crise hospitalière est la même que celle vécue depuis 20 ou 30 ans et que celle que "la révolution (chaviste) a trouvé" à son arrivée au pouvoir, avec la première élection de Hugo Chavez fin 1998.

"Bien sûr, il faut disposer d'un système de santé public. (Mais) tant que le ministère de la Santé fait ce qu'il veut, la Sécurité sociale ce qu'elle veut, les militaires (...) ce qu'ils veulent, le désastre dans les hôpitaux se poursuivra", ajoute-t-il toutefois.

Le gouvernement avait annoncé en 2013 le création d'un "état-major de la santé" et investi 7,7 milliards de dollars dans le secteur. Mais le président Maduro a dû reconnaître que l'état général des hôpitaux demeurait "une honte".

Selon Douglas Leon Natera, 14.000 médecins (55% du total des praticiens du pays) ont quitté le secteur hospitalier ces dernières années, dont 7.500 sont même partis à l'étranger, alors que dans le même temps, le Venezuela fait venir des professionnels de Cuba pour exercer dans ses quartiers défavorisés.

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