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Alstom: les Japonais ne peuvent rester sans réagir

07/05/2014 09:43 EDT | Actualisé 07/07/2014 05:12 EDT

General Electric (GE) et Siemens proposent de racheter la branche énergie du français Alstom: à ces mots, le sang des Japonais ne fait qu'un tour. Si une recomposition du secteur se dessine, il faut en être, car l'enjeu est jugé vital.

Autant presque que la presse française, les journaux et magazines économiques japonais se ruent sur les informations à propos des discussions en cours autour de la branche énergie d'Alstom que le géant américain GE et l'allemand Siemens se disputent.

"C'est une énorme affaire: le gouvernement français a-t-il une préférence ?", s'interrogeait un rédacteur en chef adjoint de l'hebdomadaire Toyo Keizai.

C'est que l'histoire intéresse au plus haut points les géants du secteur au Japon que sont Toshiba, Hitachi ou Mitsubishi Heavy Industries (MHI), lesquels ont en commun avec Alstom non seulement l'énergie mais aussi les activités ferroviaires.

"Il est fort probable que si GE ou Siemens rachetait la branche énergie d'Alstom, cette opération ait des conséquences sur la stratégie des groupes japonais", écrivait d'ailleurs au début du mois le quotidien de droite Sankei.

De fait, il n'a pas fallu longtemps pour que se répandent les premières rumeurs de réactions.

Selon le quotidien économique Nikkei de jeudi, le conglomérat industriel Toshiba va faire une offre à GE pour reprendre l'activité transmission/distribution d'Alstom intégrée dans l'ensemble que propose de racheter le géant américain.

Le groupe nippon semble considérer que la priorité de GE n'est pas la partie distribution d'Alstom et que si Toshiba avide d'acquisitions la prenait à sa charge, la somme à débourser pour GE en serait allégée d'autant.

Toshiba, qui a déjà une activité énergie très conséquente, avec des équipements pour centrales et autres appareils, a déjà pris le contrôle il y a quelque temps pour 2,3 milliards de dollars de la société suisse Landis+Gyr, spécialiste des "compteurs électriques intelligents", équipements essentiels pour les réseaux électriques de nouvelle génération.

S'il complétait par l'activité distribution d'Alstom (transformateurs, systèmes de gestion...), il deviendrait puissant dans ce domaine à l'échelle mondiale avec une offre complète de produits.

Mais GE a rapidement douché ces spéculations.

GE n'a "aucune intention de céder l'activité "grids" (ndlr: transmission) si notre offre de rachat (...) est acceptée" et ce, "à Toshiba ou qui que ce soit", a réagi le porte-parole de GE en France, Laurent Wormser, dans un courriel adressé à l'AFP.

- Nouveau pion dans l'échiquier nippo-américain -

La distribution d'électricité représente un marché colossal, d'autant qu'aux réseaux à construire des pays émergents s'ajoute l'évolution de ceux des nations riches vers ce que l'on nomme généralement les "smart grids", des infrastructures qui couplent la gestion informatique à la distribution électrique stricto-sensu.

Toshiba a un chiffre d'affaires dans la distribution qui plafonne actuellement à environ 300 milliards de yens (2,14 milliards d'euros) mais qui serait triplé s'il mettait la main sur la même activité d'Alstom.

Toshiba et GE peuvent aisément discuter puisqu'ils ont déjà annoncé en janvier 2013 une alliance pour participer à des projets de centrales électriques thermiques dites à cycle combiné dans le monde et étudient la formation d'une coentreprise pour le développement de la prochaine génération de systèmes de ce type.

Si Toshiba, qui est aussi la maison-mère du concepteur américain de centrales nucléaires Westinghouse, s'intéresse surtout à la distribution, le sujet le plus chaud pour ses rivaux nippons est sans doute celui des centrales thermiques, alors qu'une recomposition a eu lieu récemment au Japon pour mieux lutter au niveau international.

Mitsubishi Heavy Industries (MHI) et Hitachi ont créé le 1er février une nouvelle coentreprise, Mitsubishi Hitachi Power Systems (MHPS), pour développer, fabriquer et vendre des turbines, chaudières et autres moyens requis dans les centrales thermiques ou géothermiques.

Détenue à 65% par MHI et 35% par Hitachi, MHPS pourrait aussi entrer dans la danse et proposer à Alstom une offre pour sa branche énergie afin de gagner quelques places dans le palmarès mondial des géants du secteur.

A l'inverse, si Siemens, qui a commencé l'examen approfondi des comptes d'Alstom, ou GE, rachetait l'énergie d'Alstom, l'écart se creuserait encore en défaveur du Japonais.

Le jeu est certes un peu compliqué car Hitachi est aussi parallèlement partenaire de longue date de GE dans le domaine des réacteurs nucléaires, une alliance qui pourrait être remise en cause au profit de MHI selon la tournure que prendra le secteur.

kap-pan/fga/mr

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