NOUVELLES

Abubakar Shekau du Boko Haram, de leader local à menace régionale

07/05/2014 06:32 EDT | Actualisé 07/07/2014 05:12 EDT

NAIROBI, Kenya - Il est à la tête du Boko Haram, le groupe terroriste le plus craint du Nigeria, et il défraie les manchettes depuis qu'il a revendiqué la responsabilité, il y a quelques jours, de l'enlèvement de 300 écolières du nord-est du pays et promis de les vendre comme esclaves. Son nom: Abubakar Shekau.

Même avant le kidnapping du 15 avril, le gouvernement américain offrait jusqu'à 7 millions $ pour des informations pouvant mener à son arrestation. Washington le qualifie de terroriste international.

Selon J. Peter Pham, directeur du centre pour l'Afrique du Conseil de l'Atlantique à Washington, Abubakar Shekau est isolé, de plus en plus extrémiste et «assez fou» pour penser qu'il réussira à faire chuter l'État nigérian. M. Pham a signé un rapport en 2012 sur la menace grandissante du Boko Haram, qu'il croit de plus en plus violent.

Dans des enregistrements de piètre qualité, on entend le chef affirmer que la guerre sainte est la seule façon d'amener un changement pour les musulmans du pays et presse ses militants d'assassiner et de bombarder la nation. Le sud du Nigeria est majoritairement chrétien et le nord, musulman.

Le chef original du Boko Haram (qui signifie «L'éducation occidentale est un péché» en langue haoussa), Mohammed Yusuf, avait tenté d'établir de manière pacifique un état islamiste dans le nord du pays. Après sa mort en 2009, M. Shekau a pris la voie inverse.

Le chef a fait surface en 2010, l'année lors de laquelle des factions d'al-Qaïda du Maghreb islamique ont accueilli des membres du Boko Haram qui s'étaient rendus dans le sud de la Somalie pour s'entraîner des camps militants dirigés par le groupe terroriste al-Shabab. Abubakar Shekau, qui se réclame du salafisme, une forme d'intégrisme islamiste, perçoit le djihad violent comme une expression légitime de ses croyances.

Depuis son arrivée à la tête du Boko Haram, plus de 4000 personnes ont été tuées, près de 500 000 déplacées et des centaines d'écoles et d'édifices gouvernementaux ont été détruits, selon le Groupe de crise internationale.

Abubakar Shekau n'était pas considéré comme le successeur naturel de Mohammed Yusuf, a affirmé E.J. Hogendoorn, un expert des questions africaines de cet organisme.

«Mais comme il est plutôt impitoyable, il a su prendre les commandes du groupe et il est passé de leader local à menace régionale», a expliqué M. Hogendoorn.

La vidéo publiée cette semaine montrant le chef menaçant de vendre les otages sur le marché humain a poussé les gouvernements du Canada, de l'Angleterre, de la France, de la Chine et des États-Unis à offrir leur aide au Nigeria, jusqu'alors plutôt hésitant à accepter de l'aide dans la lutte contre le Boko Haram.

Depuis, d'importants acteurs de l'islam ont également condamné le groupe pour les enlèvements, reprochant au groupe d'utiliser les enseignements musulmans pour justifier la barbarie dont il fait preuve.

En Égypte, le ministre des Awqaf et des Affaires religieuses, Mohammed Mohktar Gomaa a affirmé que les actions du Boko Haram étaient «du pur terrorisme, sans lien avec l'islam, spécialement l'enlèvement des filles». Également au Caire, Sheikh Ahmed el-Tayeb d'Al-Azhar, une des institutions musulmanes les plus prestigieuses, a quant à lui affirmé que les enlèvements «contredisent complètement l'islam et ses principes de tolérance».

D'autres critiquent le gouvernement nigérian qui, selon eux, a tardé à réagir.

Au Pakistan, un chroniqueur a publié dans un journal anglophone que les récentes atrocités le laissaient espérer que le gouvernement nigérian allait enfin «agir de manière décisive pour oblitérer la menace grandissante».

L'ancienne secrétaire d'État Hillary Rodham Clinton, en conférence à New York, a pour sa part qualifié ces actes d'«abominables» et a même ajouté que le gouvernement avait en quelque sorte délaissé la responsabilité de protéger ses enfants.

PLUS:pc