NOUVELLES

Un ex-directeur du MTQ affirme avoir eu des «pressions fortes» de David Whissell

06/05/2014 04:08 EDT | Actualisé 06/07/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Un ancien directeur territorial de la région Laurentides-Lanaudière pour le ministère des Transports, Mario Turcotte, a affirmé, mardi, avoir reçu des appels de l'ancien député libéral David Whissell, au point où il s'en était plaint à son supérieur.

À la Commission Charbonneau, M. Turcotte s'est notamment rappelé que le député libéral voulait obtenir des renseignements sur la programmation du ministère, c'est-à-dire les contrats à venir dans la région.

«Je lui ai dit 'ça ne se fait pas'. Et moi, j'avais avisé mon patron qu'il faisait des pressions fortes», s'est rappelé M. Turcotte.

«Le message que j'ai eu par après, c'est qu'il avait été avisé de se calmer, que ça, il ne pouvait pas avoir ce genre d'informations-là», a ajouté M. Turcotte.

Dans un carnet de notes qu'il a conservé et qui a été déposé devant la commission, il a même écrit en août 2001 qu'il a rappelé David Whissell et qu'«à date, on maintient la décision de ne pas donner le contrat».

Aussi, un supérieur de M. Turcotte, Gilles Roussy, a affirmé lundi à la commission que M. Turcotte s'était plaint à lui du fait que le député Whissell lui avait manifesté son mécontentement du résultat d'un appel d'offres en 2003 ou 2004.

M. Turcotte ne se rappelle pas de quels contrats précisément il s'agit.

Fait à noter, en 2001, M. Whissell siégeait dans l'opposition, mais à compter d'avril 2003, les libéraux étaient au pouvoir.

M. Turcotte croit qu'avant d'être associé à l'entreprise d'asphaltage ABC Rive-Nord, M. Whissell exploitait une bétonnière.

L'ancien directeur territorial du ministère s'est aussi rappelé avoir reçu un appel de l'entrepreneur Pierre De Langis, des Entreprises Bourget, qui voulait qu'il lui trouve un projet dans la région. Il n'avait pu lui en trouver un. Ensuite, «j'ai reçu une commande de lui trouver un projet», a-t-il indiqué.

Cette «commande» venait de la Direction régionale pour Montréal et l'Ouest du Québec du ministère, qui, elle, a dû recevoir une commande du milieu politique, a jugé M. Turcotte.

La commission a pu retracer ce qui semble être le projet en question, un contrat de chaussée de 152 000 $ attribué en août 1998 à Saint-Barthélémy.

M. Turcotte a aussi admis être allé au hockey avec des membres de la famille Desjardins, de l'entreprise Asphalte Desjardins. Il a souligné qu'eux étaient aussi proches de Guy Chevrette, ancien ministre péquiste des Transports et ex-député de Joliette.

Mais il a noté qu'il faisait partie de ses tâches, à titre de directeur territorial, d'entretenir de bonnes relations avec les partenaires du ministère.

Le directeur territorial du ministère des Transports, dans une région, a beaucoup de pouvoirs, a-t-il admis. «Si la personne a de mauvaises intentions, on a un pouvoir d'influence. Le directeur territorial, c'est lui, à la limite, qui propose à ses supérieurs, à la Direction générale, jusqu'au politique, les projets. C'est nous qui les connaissons les projets», a-t-il expliqué.

Le procureur de la commission, Me Paul Crépeau, est ensuite revenu sur le dossier de la route de Saint-Donat au Lac-Supérieur, un projet de 15,5 millions $ pour une route de 30 kilomètres. Le projet a été chapeauté par la MRC de Matawinie mais, au départ, il devait l'être par la municipalité de Saint-Donat.

M. Turcotte a confirmé qu'il avait décidé de ne pas investir dans le projet, qui ne relevait pas du MTQ, selon lui, mais plutôt des municipalités de la région. Les routes régionales suffisaient à la circulation, selon lui. Mais le groupe Intrawest a voulu y faire un gros développement touristique et un comité de citoyens de la région s'est mis à faire pression pour obtenir la route.

Soudainement, M. Turcotte a reçu une demande du cabinet du ministre Chevrette qui voulait qu'il évalue le coût de ce lien routier.

Son témoignage se poursuit mercredi.

PLUS:pc