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Travailleurs étrangers: deux députés conservateurs avaient sonné l'alarme

06/05/2014 06:01 EDT | Actualisé 06/07/2014 05:12 EDT

OTTAWA - Des employeurs dans des régions durement frappées par le chômage ont embauché des travailleurs étrangers temporaires malgré l'abondance de résidants locaux à la recherche d'un emploi, indiquent des données du gouvernement. Aussi, au moins deux députés conservateurs ont sonné l'alarme dans les rangs du gouvernement quant au programme controversé des travailleurs étrangers temporaires.

Cet enjeu a suscité un débat enflammé, mardi, à la Chambre des communes, alors que le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, a accusé les conservateurs de contribuer au taux de chômage dans le sud-ouest de l'Ontario en permettant aux entreprises d'embaucher des travailleurs étrangers. Un récent rapport du groupe de réflexion l'Institut C.D. Howe laissait entendre que le programme avait aussi fait augmenter le nombre de chômeurs en Alberta et en Colombie-Britannique.

Dans une lettre au député libéral John McCallum, le vérificateur général Michael Ferguson a dit être ouvert à un examen du programme par son bureau. Tant les libéraux que les néo-démocrates ont appelé à une enquête du vérificateur général. M. Ferguson écrit que son bureau est conscient des «débats actuels» autour du programme, ajoutant qu'il demanderait au gouvernement les informations nécessaires «en vue de futurs audits».

Mais deux lettres distinctes — l'une de la députée conservatrice ontarienne Kellie Leitch, aujourd'hui ministre du Travail, et l'autre du collègue albertain Blake Richards — risquent encore davantage d'indisposer le gouvernement sur le dossier des travailleurs étrangers temporaires.

Dans une lettre datée d'avril 2012 envoyée au ministre des Transports, Denis Lebel, Mme Leitch relate le cas d'un pilote d'Air Canada dans sa circonscription ayant «exprimé son inquiétude» à l'égard de l'embauche de pilotes et de membres d'équipage étrangers «contribuant à la baisse des salaires et à l'augmentation du chômage chez les pilotes canadiens». M. Lebel aurait référé Mme Leith à d'autres ministères.

M. Richards a pour sa part écrit à Diane Finley à la fin 2009, soulevant des craintes similaires à l'égard des pratiques d'embauche de CanJet. Mme Finley était alors ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences.

«Alors que plusieurs personnes ont du mal à se trouver un emploi, je suis certain que vous pouvez comprendre pourquoi certains pilotes seraient vexés de voir que leurs collègues ont été ignorés par CanJet», écrivait-il.

Questionné à propos de ces lettres durant la période des questions à la Chambre des communes, mardi, le ministre de l'Emploi et du Développement social, Jason Kenney, a remercié ses collègues conservateurs pour l'information et a laissé entendre que le gouvernement avait pris des mesures sévères contre l'usage de travailleurs étrangers temporaires dans le secteur de l'aviation.

«Nous saluons un tel apport. Cela nous a aidé à alimenter notre resserrement du programme», a-t-il fait valoir.

Le député albertain Chris Warkentin a pour sa part accusé M. Trudeau de diaboliser les employeurs qui ont tenté, en vain, de trouver des employés canadiens pour les postes requis.

«À Windsor (en Ontario), le nombre de travailleurs sans emploi a crû de 40 pour cent, tandis que le nombre de travailleurs étrangers dans cette ville a augmenté de 86 pour cent», a soutenu M. Trudeau en Chambre.

«Le taux de chômage à London a crû de 27 pour cent, tandis que le nombre de travailleurs étrangers a augmenté de 87 pour cent», a-t-il poursuivi.

Des données colligées par le ministère de M. Kenney montrent effectivement qu'un grand nombre de travailleurs étrangers temporaires ont été embauchés ces dernières années dans des régions aux prises avec un chômage important, incluant les Maritimes et le sud-ouest de l'Ontario, et dans des secteurs où il y aurait eu suffisamment de candidats canadiens.

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