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«Le règne de la beauté»: un exercice d'esthétisme quasi-involontaire, dit Arcand

06/05/2014 04:03 EDT | Actualisé 06/07/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Le réalisateur Denys Arcand dit avoir accouché de son long métrage le plus léché «à son corps défendant», à force de s'être laissé imprégner par la beauté des paysages et de l'architecture lors du tournage de son plus récent film, «Le règne de la beauté».

«Je ne suis pas parti en me disant: 'C'est ce que je vais faire'. C'est le processus filmique qui m'a amené là. Au départ, c'est très terre-à-terre, le cinéma», a-t-il exposé mardi en conférence de presse à Montréal, au lendemain de la grande première du long métrage.

Au fur et à mesure que le repérage avançait, l'approche par rapport au cadrage et au choix des plans se modifiait pour s'adapter à cette beauté qui se profilait devant la lentille, a expliqué M. Arcand, qui n'avait pas prévu tourner dans la région de Charlevoix a priori.

C'est l'une des raisons pour lesquelles le titre du film a changé en cours de route. «Deux nuits» est ainsi devenu «Le règne de la beauté».

«Ce qu'on avait fait était, à notre goût en tout cas, tellement beau. La présence de la nature, la présence des saisons, du changement des saisons, de l'architecture, des maisons, de la beauté de ces maisons-là, faisait que 'Deux nuits' nous semblait un titre réducteur», a souligné Denys Arcand.

«Le règne de la beauté» raconte l'histoire de Luc (Éric Bruneau), un jeune architecte qui semble mener une vie paisible en campagne avec son épouse Stéphanie (Mélanie Thierry). Mais lors d'un passage à Toronto, il rencontre Lindsay (Melanie Merkosky), une femme mystérieuse qui bouleversera sa vie.

Venant du créateur des oeuvres «Le déclin de l'empire américain» (1986), «Les invasions barbares» (2003) et «L'âge des ténèbres» (2007), on a vu plus cynique comme proposition. Le réalisateur a réagi au quart de tour lorsqu'on lui a demandé si cette nouvelle offrande l'était moins.

«Vous dire à quel point je suis tanné du mot cynique... c'est épouvantable! Je ne peux plus supporter ce mot-là, parce qu'il m'a été collé par je ne sais trop qui sur la peau. Je ne sais pas ce que ça veut dire. Pour moi, ça ne veut rien dire», a-t-il lancé, sourire aux lèvres.

Les trois films mentionnés plus haut avaient également ceci en commun d'avoir été présentés au prestigieux festival de Cannes — un honneur que «Le règne de la beauté» n'aura pas.

Le réalisateur a dit ne pas s'en formaliser outre mesure. Il a suggéré qu'il avait «sûrement» été «un peu désavantagé» puisque son long métrage n'était pas prêt lorsqu'il a été soumis aux responsables de la programmation du festival.

«Le film a été extrêmement long à finir. C'est le film le plus difficile que j'aie jamais fait pour des raisons de structure, de technique, etc. Je pensais avoir fini le film le 15 janvier, et puis finalement, on a fini la semaine dernière. Donc, ce qu'on a envoyé à Cannes, c'était une sortie d'ordinateur sans musique, sans effets sonores, sans effets visuels», a-t-il expliqué.

Entouré des principaux acteurs du film et de ses deux producteurs, le réalisateur âgé de 72 ans a affirmé qu'il jetait un regard «plein de tendresse» sur cette nouvelle oeuvre — celle-ci, a-t-il fait valoir, met en scène des acteurs dans la trentaine qui lui rappellent sa propre jeunesse.

«C'est moi à leur âge, a-t-il résumé. Moi, mes amis et ce que j'ai vécu à cet âge-là. J'ai l'impression que ce sont des gens qui connaissent des difficultés, mais qui sont encore pleins d'espoir pour l'avenir.»

En plus de compter sur une brochette d'étoiles montantes (Mathieu Quesnel, Geneviève Boivin-Roussy, Magalie Lépine-Blondeau), le film met en vedette des acteurs plus expérimentés qui se sont retrouvés sur les plateaux de tournage de Denys Arcand dans le passé: Yves Jacques, Johanne-Marie-Tremblay et Marie-Josée Croze figurent au générique.

Après avoir professé son amour pour les acteurs de façon générale — «Je ne suis pas présent aux auditions, parce que j'engagerais tout le monde!», a-t-il fait valoir —, le réalisateur a affirmé qu'il privilégiait les relations réalisateur-acteur basées sur l'amitié... et un bon sens de l'humour.

«Moi, en général, mon premier critère de choix, autant pour les acteurs que pour l'équipe technique, c'est: 'Est-ce que j'ai envie d'aller manger avec ces gens-là?'. Autrement, la vie est trop courte. Alors je préfère prendre des acteurs moins doués, mais vraiment gentils, avec lesquels on s'entend bien», a-t-il lancé, déclenchant l'hilarité autour de la table.

Ses acteurs le lui rendent bien.

«Je pense qu'aucun acteur ne peut refuser de travailler avec Denys Arcand. On dit des textes qu'ils sont beaux, dans des environnements protégés et puis (les acteurs) se (sentent) tout le temps poussés, il n'y a pas de censure», a suggéré Marie-Josée Croze.

«Denys, pour moi, c'est un grand leader naturel. (...) Les gens ont envie de tourner pour lui et l'écoutent au doigt et à l'oeil. Les gens veulent suivre sa vision et travailler pour lui. Ça amène tout le monde dans le même projet», a pour sa part analysé Éric Bruneau «du haut de ses sept ans de métier».

«Le règne de la beauté» prendra l'affiche le 15 mai sur plus de 80 écrans au Québec.

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