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La surpopulation dans les prisons fédérales n'est pas réglée à long terme

06/05/2014 10:31 EDT | Actualisé 06/07/2014 05:12 EDT

OTTAWA - Les prisons fédérales débordent et elles ne suivront pas la cadence du nombre de détenus qui arrivent aux portes des pénitenciers, rapporte le vérificateur général du Canada dans son rapport printanier rendu public mardi.

Si le problème de surpopulation est réglé à court terme, il ne l'est pas à long terme. Un plan de logement pour l'avenir est plus que nécessaire, affirme le vérificateur Michael Ferguson.

Car l'ajout de cellules cette année va aider, mais sera déjà insuffisant dans quelques années, note-t-il.

Bref, Ottawa est perpétuellement en mode rattrapage.

Le fédéral a préféré une solution rapide pour ses prisons et n'a pas regardé plus loin que le bout de son nez, se dégage-t-il du rapport.

Le gouvernement se défend toutefois d'avoir gaspillé les fonds publics en préférant des solutions temporaires.

«Notre priorité est de garder les criminels derrière les barreaux», a déclaré d'entrée de jeu le ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney.

En 2012-2013, le vérificateur dit avoir constaté qu'environ la moitié des établissements carcéraux fonctionnaient régulièrement au maximum de leur capacité, ou même au-delà. Par exemple, les pénitenciers à sécurité moyenne pour hommes étaient exploités en moyenne à 102 pour cent.

Ce qui a causé une augmentation des problèmes de sécurité pour le personnel et les détenus. Sans compter que la surcapacité limite la réadaptation des délinquants, note le vérificateur.

Le Service correctionnel du Canada a ainsi ajouté plus de 2700 cellules dans 37 établissements. Il s'attend à ce que le surpeuplement soit en bonne partie réglé lorsque les travaux seront terminés en 2015.

Mais le répit sera de courte durée.

«Les établissements correctionnels fonctionneront encore une fois au maximum de leur capacité, ou au-delà de celle-ci, seulement quelques années après la construction des nouvelles cellules», peut-on lire dans le rapport.

De plus, les cellules construites ne le sont pas forcément dans les régions où elles sont nécessaires, ajoute M. Ferguson. Elles l'ont été dans les pénitenciers qui avaient l'espace suffisant à l'intérieur de leurs murs. Pour cette raison, huit des prisons fédérales qui devaient cesser d'exister ont plutôt été agrandies.

«Beaucoup d'argent a été dépensé pour régler ce problème pour les prochaines années, mais pas nécessairement pour le long terme», a commenté M. Ferguson en point de presse.

Bref, les services correctionnels s'attendent à ce que les détenus dorment encore deux par cellule, même après la construction de nouveaux bâtiments. La pratique est généralement condamnée et ne doit être que temporaire, en attendant une autre solution.

L'occupation double est chose courante dans les pays occidentaux, a toutefois souligné le ministre Blaney. Et il n'y a pas de lien entre la cohabitation dans les cellules et la violence, ajoute-t-il.

«On ne croit pas que les prisonniers ont droit à leur propre cellule», a précisé le ministre.

Quant aux fermetures de la prison de Kingston, en Ontario, et de l'établissement Leclerc à Laval, elles n'ont pas généré les économies escomptées par Ottawa. On s'attendait à épargner 120 millions $ par année — avec aussi de nouvelles prisons plus économiques — mais l'argent épargné ne dépassera pas 86 millions $ annuellement.

Pour le Nouveau Parti démocratique (NPD), la situation n'est pas à prendre à la légère.

Si rien ne change, «c'est clair que ça va être une crise», a déclaré le député néo-démocrate Mathieu Ravignat.

Et puis, d'être obligé de transférer des détenus d'une institution à l'autre parce qu'il manque de place, ça entraîne des coûts, fait-il remarquer.

«Ils ont gaspillé de l'argent des contribuables. C'est minable comme stratégie», a-t-il dit.

On voit que c'est un gouvernement qui prend des décisions pour des questions idéologiques, sans penser aux conséquences, a de son côté tranché le chef libéral Justin Trudeau.

Régimes de retraite et police autochtone

Dans son rapport, le vérificateur lève aussi un drapeau rouge au sujet de la gestion des régimes de pension des fonctionnaires fédéraux, des forces canadiennes et de la GRC.

La viabilité des régimes n'est pas régulièrement évaluée et des risques importants pourraient se concrétiser et menacer la situation financière du gouvernement, note le vérificateur.

La gestion de ces généreux régimes de retraite doit être améliorée sinon il pourrait y avoir des coûts excessifs, prévient M. Ferguson. Et au bout du compte, ce sont les tous les Canadiens qui en feront les frais.

Quant au programme des services de police des Première Nations, il est loin d'être à la hauteur, dit le vérificateur. Il n'est pas accessible à toutes les Premières Nations et n'est pas transparent, blâme le vérificateur.

Il devait offrir des services de police supplémentaires et adaptés, mais M. Ferguson a souligné que ce programme était parfois utilisé pour remplacer ceux généralement fournis par la province. Et après des rapports selon lesquels les policiers autochtones travaillent à partir de cabanes rudimentaires, le vérificateur a de son côté noté qu'il était loin d'être sûr que ces forces policières disposent d'installations adéquates.

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