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Ukraine : le maire pro-russe de Kharkiv grièvement blessé dans un "attentat" (mairie)

28/04/2014 02:12 EDT | Actualisé 28/06/2014 05:12 EDT

Le maire pro-russe controversé de Kharkiv, grand centre industriel et culturel de l'Est de l'Ukraine, a été grièvement blessé par balle lundi, un incident qui risque de d'aggraver encore plus la situation déjà explosive dans les régions russophones.

Guennadi Kernes a été atteint dans le dos et sa vie est en danger", a déclaré à la presse le médecin qui l'a opéré Valéri Boïko.

Selon son allié, l'ex-gouverneur de la région, Mikhaïlo Dobkine, le maire faisait du jogging lorsque la balle l'a atteint, vraisemblablement tirée par un sniper.

M. Kernes avait été placé sous contrôle judiciaire en mars par un tribunal de Kiev dans une affaire d'enlèvement et de tortures, mais assumait toujours ses fonctions.

Personnage haut en couleurs, il a déjà un casier judiciaire pour vol et escroquerie. Il s'est illustré par les méthodes particulièrement musclées utilisées à l'encontre des opposants dans sa ville pendant les trois mois de la contestation pro-européenne qui a renversé le régime du président pro-russe Viktor Ianoukovitch en février.

Des opposants y avaient été régulièrement agressés ou aspergés d'un antiseptique, sous la forme d'un liquide vert dont il était difficile de se débarrasser. Certains ont vu leur voitures brûlées.

Il a aussi favorisé la montée en puissance d'un groupe paramilitaire dit Oplot mené par un certain Evguen Jiline, ancien policier ayant un casier judiciaire. Ce dernier avait expliqué en février à l'AFP qu'on pouvait "crever un oeil ou casser une jambes" aux opposants pro-européens s'ils passaient à l'action.

Des militants d'Oplot étaient présents dimanche parmi les insurgés qui ont pris le contrôle de la télévision régionale de Donetsk, capitale de la région de l'Est de l'Ukraine en proie à une insurrection pro-russe.

Après la fuite et la destitution du président Ianoukovitch en février, M. Kernes a lui aussi fui Kharkiv avec son allié, M. Dobkine, avant de revenir rapidement dans le pays.

Tous les deux se sont déclarés récemment partisans de l'"Ukraine unie" après le rattachement en mars de la Crimée à la Russie et alors que la fièvre séparatiste bat son plein dans la région de Donetsk voisine attisée, selon Kiev, depuis le Kremlin.

M. Dobkine a été limogé de son poste du gouverneur, mais s'est déclaré candidat à la présidentielle anticipée du 25 mai pour le compte du Parti des régions, ancienne formation de Viktor Ianoukovitch.

Selon l'une des hypothèses rendue publique par le ministère de l'Intérieur, l'attentat serait lié à la rébellion séparatiste dans la région de Donetsk ayant pour but de "déstabiliser Kharkiv".

"Cet attentat pourrait servir de signal aux hommes politiques et hommes d'affaires qui observent la neutralité dans leur région en les contraignant à choisir clairement leur camp", estime l'analyste politique indépendant Volodymyr Fessenko.

Kernes est "un dirigeant fort et autoritaire, il tirait les ficelles et était un élément clé de la stabilité dans la région", poursuit l'analyste.

Pour un autre politologue ukrainien Vadim Karassev, quels que soient les motifs de l'attaque, elle aura pour conséquences "la montée des violences et des tendances pro-russes" dans la ville.

bob-neo/sym

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