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Rachat d'Alstom : Hollande reçoit les dirigeants de General Electric et Siemens

28/04/2014 08:15 EDT | Actualisé 28/06/2014 05:12 EDT

Favoriser un "Boeing de l'énergie" ou un "Airbus des transports"? L'exécutif français, soucieux de préserver l'emploi en France et ses intérêts stratégiques, reçoit lundi les patrons des mastodontes industriels américain General Electric et allemand Siemens qui convoitent Alstom, maître d'oeuvre des trains rapides TGV.

L'Etat français n'est plus depuis 2006 actionnaire de ce fleuron de l'industrie française. Mais le gouvernement, qui a mis la lutte contre le chômage et la désindustrialisation de la France au coeur de son projet politique, s'est invité avec force dans le dossier.

Berlin pour sa part a estimé lundi qu'une fusion des activités de Siemens et d'Alstom représenterait "une grande chance et un gros potentiel" tant pour la France que pour l'Allemagne.

Le patron de General Electric, Jeffrey Immelt, a ouvert le bal lundi matin en étant reçu par le chef de l'Etat. Selon une source proche du dossier, General Electric a apporté les premières réponses, mais il reste encore beaucoup de travail autour de son offre de rachat.

Le PDG du groupe américain General Electric, Jeffrey Immelt, a évoqué un dialogue "ouvert, amical et constructif", dans un communiqué. "Il était important d'entendre en personne le point de vue du président Hollande et de discuter de nos plans", a-t-il ajouté, en précisant: "nous sommes déterminés à travailler ensemble".

Deux offres de rachat sont sur la table. Et dans ce dossier sensible, Paris souhaite privilégier l'emploi, la localisation des activités et l'indépendance énergétique de la France.

General Electric, 305.000 salariés dans le monde et 146 milliards de dollars de chiffre d'affaires, souhaite racheter les actifs d'Alstom dans l'énergie (équipements pour centrales thermiques, lignes à haute tension, énergies renouvelables), qui représentent plus de 70% de l'activité d'Alstom et un chiffre d'affaires de 14 milliards d'euros.

Siemens, dont les activités sont assez comparables à celles d'Alstom, propose pour sa part de racheter le secteur Energie d'Alstom contre une somme en numéraire à laquelle s'ajouterait la moitié de sa branche transports. Ce montage donnerait naissance à un grand groupe européen de l'énergie, Siemens, et un grand groupe européen des transports, Alstom.

Le groupe allemand a indiqué qu'il déciderait "dès que possible", après la réunion de son patron Joe Kaeser avec François Hollande, prévu en fin d'après-midi, s'il fait officiellement une offre sur Alstom.

Le numéro deux du groupe européen Airbus, Marwan Lahoud, s'est, quant à lui, d'ores et déjà dit sceptique sur la possibilité de créer un géant industriel européen, estimant qu'une longue coopération devait précéder une fusion d'entreprises.

Selon le quotidien allemand Handelsblatt, Siemens évalue les activités d'énergie d'Alstom à entre 10 et 11 milliards d'euros et aurait l'intention de "maintenir les emplois en France pendant au moins trois ans" avant de "continuer à développer l'activité".

- Alstom dirigé du Connecticut? -

A l'heure actuelle, les négociations seraient déjà bien avancées entre General Electric et Alstom pour une transaction estimée par la presse à environ 10 milliards d'euros, qui ne concernerait pas la branche transports, fabricant les trains à grande vitesse (TGV), source de fierté française. Le groupe diversifié Bouygues, premier actionnaire d'Alstom avec 29,4%, serait favorable à l'opération.

Siemens craint visiblement de se retrouver face à un très puissant concurrent sur ses terres européennes en cas de rapprochement entre GE et Alstom dans l'énergie, l'une de ses sources majeures de revenus et de bénéfices.

Selon le ministre français de l'Economie Arnaud Montebourg, l'offre de GE "pose un problème pour une raison simple, c'est que l'essentiel d'Alstom, 75% de l'entreprise, 65.000 salariés dans le monde vont être dirigés depuis le Connecticut", aux Etats-Unis.

"Nous avons dit que cette situation était inacceptable", a rappelé M. Montebourg, n'excluant ni un rachat par l'Etat de la part de Bouygues dans Alstom (environ 29% du capital), ni une éventuelle nationalisation temporaire, toutefois jugée "prématurée".

M. Montebourg a déclaré "refuser qu'Alstom, en trois jours, décide de vendre 75% d'un fleuron national dans le dos de ses salariés, dans le dos du gouvernement, dans le dos de la plupart de ses administrateurs et de ses cadres dirigeants".

Le secrétaire général du syndicat CGT, Thierry Lepaon, s'est dit opposé aux deux offres de rachat et a plaidé pour que l'Etat entre "majoritairement" dans le capital d'Alstom pour que le groupe reste "un pilier de l'industrie française".

Présent dans une vingtaine de villes de France, dont Belfort (est), qui abrite son siège européen, General Electric France emploie 11.000 salariés contre 18.000 pour Alstom.

Dimanche soir, le conseil d'administration d'Alstom s'est donné 48 heures, jusqu'à mercredi matin pour se prononcer en faveur de l'une des deux propositions. La cotation du titre à la Bourse de Paris reste suspendue d'ici là.

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