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Mohamed Badie, un chef des Frères musulmans gagné par l'attrait du pouvoir

28/04/2014 05:55 EDT | Actualisé 28/06/2014 05:12 EDT

Mohamed Badie, Guide suprême des Frères musulmans condamné à mort lundi en Egypte, partisan du profil bas du temps où la confrérie islamiste était clandestine, a été rattrapé par l'attrait du pouvoir, comme le président destitué Mohamed Morsi, une fois les élections gagnées en 2012.

Agé de 70 ans aujourd'hui, il avait été élu en janvier 2010 8ème guide suprême de l'influente confrérie qui a défié la royauté puis les dictatures militaires successives en Egypte depuis 1928, dans l'ombre puis la lumière après la chute de Hosni Moubarak en 2011.

Pragmatique, il a su s'adapter aux circonstances.

Des années durant, il s'était fait l'avocat de la nécessité d'islamiser progressivement la société plutôt que de chercher à prendre abruptement le pouvoir, en se concentrant notamment sur le travail social et religieux sur le terrain.

En cela, son élection en 2010 ne s'était pas faite sans peine, au terme d'une lutte acharnée entre les conservateurs, partisans d'une approche idéologique radicale pour gagner les esprits, et les modernistes, qui prônaient l'action sociale.

A peine élu, il avait promis "une réforme progressive" mais "pacifique et dans le respect de la Constitution". "Nous rejetons et dénonçons la violence dans toutes ses formes", avait-il martelé.

Mais la révolte populaire qui a renversé Moubarak et que les Frères musulmans ont rejoint sur le tard, a changé la donne. Un an plus tard, ils remportaient haut la main les premières législatives libres du pays puis, sur le fil cette fois, la présidentielle qui a propulsé l'un de leurs cadres, Mohamed Morsi, à la tête de l'Etat.

Comme M. Morsi, renversé au bout d'un an par l'armée parce qu'il avait accaparé de plus en plus de pouvoirs au profit de sa confrérie et tenté d'islamiser à marche forcée la société égyptienne, M. Badie s'est senti pousser des ailes: "Le Parlement élu a le droit de demander des comptes à toutes les institutions, y compris l'institution militaire", avait-il lancé un jour.

Il a été condamné à mort lundi en première instance dans un procès de masse expéditif à Minya (centre) avec près de 700 co-accusés. A l'instar de M. Morsi emprisonné au Caire comme lui, il encourt également la peine capitale dans plusieurs autres procès pour "incitation" au meurtre lors de manifestations.

Vétérinaire de formation avant d'enseigner cette discipline, M. Badie a été longtemps en charge de l'"éducation idéologique" des jeunes au sein des Frères musulmans.

Peu connu du public avant 2010, ce septuagénaire à la courte barbe grise portant costume sombre et cravate, s'exprime d'une voix ferme sur un ton volontiers emphatique.

Louant volontiers la démocratie et la séparation des pouvoirs après son élection, il a souvent dénoncé les violences confessionnelles contre les chrétiens.

Né en 1943 à Mahalla, dans le Delta du Nil, Mohammed Badie a été un temps attiré par l'action violente en faisant ses premières classes dans la mouvance du théoricien et militant radical Sayyid Qutb.

Il fut ainsi membre de l'organisation accusée d'avoir monté un complot pour renverser le gouvernement en 1965, ce qui lui a valu neuf ans de prison après l'exécution de Qutb en 1966.

Arrêté à plusieurs reprises, il avait été condamné une nouvelle fois en 1999 par un tribunal militaire, sortant de prison quatre ans plus tard.

Après l'élection de Morsi, Badie a continuellement manifesté son soutien au gouvernement dominé par les Frères musulmans, et applaudi le décret constitutionnel controversé du chef de l'Etat prévoyant une nouvelle loi fondamentale d'inspiration plus islamiste et s'arrogeant davantage de pouvoirs.

C'est ce décret qui a mis le feu aux poudres et, à l'issue de manifestations de millions d'Egyptiens réclamant son départ, a conduit au renversement de M. Morsi par l'armée le 3 juillet 2013.

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