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Le Premier ministre japonais en Europe pour neuf jours: économie et sécurité au menu

28/04/2014 05:49 EDT | Actualisé 28/06/2014 05:12 EDT

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe entame une longue tournée de neuf jours en Europe, signe de l'importance accrue accordée par Tokyo au Vieux Continent, notamment en matière de sécurité, mais aussi d'économie.

"En matière de sécurité, nous ne découvrons pas l'Europe, disons plutôt que nous la redécouvrons", explique à l'AFP un officiel sous couvert de l'anonymat.

Du 29 avril au 7 mai, le chef du gouvernement conservateur japonais se rendra successivement en Allemagne, en Angleterre, au Portugal, en Espagne, en France, et en Belgique. A Paris, il rencontrera en plus des dirigeants politiques français les responsables de l'OCDE et, à Bruxelles, ceux de l'OTAN et de l'Union Européenne pour un important sommet UE-Japon, qui doit décider de la suite des négociations lancées il y a exactement un an en vue d'un vaste accord de libre-échange entre Tokyo et les 27.

En cas d'accord, l'ensemble UE-Japon pèserait en cumulé 30% de l'économie du monde et 40% de son commerce.

Parallèlement, le chef de la diplomatie japonaise Fumio Kishida se rendra du 29 avril au 2 mai au Danemark (première visite du genre depuis 1985), avant de se rendre lui aussi à Paris puis à Yaoundé pour une réunion ministérielle dans le cadre de la Ticad (la Conférence Internationale de Tokyo pour le développement de l'Afrique).

Que ce soit à Londres, Berlin ou Paris, on insiste côté japonais sur l'importance désormais des questions de sécurité dans la relation Europe-Japon, qu'elles soient régionales (Asie) ou internationales.

"A l'évidence le Japon attache une plus grande importance qu'auparavant à ces questions dans son dialogue avec les pays européens, elles sont bien plus visibles sur son agenda", déclarait dernièrement un haut fonctionnaire européen à l'AFP sous couvert de l'anonymat.

Cette sensibilité a été renforcée par la perception d'un environnement sécuritaire plus incertain, juge le même diplomate qui avance notamment deux éléments: l'attaque du complexe gazier algérien d'In Aménas en janvier 2013 dans lequel 10 Japonais ont été abattus par des islamistes, et la tension permanente entre Tokyo et Pékin qui se disputent un archipel en mer de Chine orientale.

"Bien sûr les Etats-Unis ont été et demeurent l'acteur le plus important pour la sécurité dans le monde, mais l'Europe et le Japon peuvent et doivent jouer un rôle également dans ce domaine", déclarait début avril à Bruxelles Takehiro Kano, le directeur du département de politique de sécurité nationale à la chancellerie japonaise.

Le Japon, ajoutait-il, "souhaite un rôle accru de l'Europe en Asie en matière de sécurité, tout comme le Japon désire jouer un plus grand rôle aux côtés de l'Europe au-delà de l'Asie".

- Nouveau regard -

Cette "inflexion européenne" pourrait notamment se traduire par des coopérations plus importantes en matière d'équipements militaires, une évolution facilitée par le fait que début avril Tokyo a décidé de lever l'interdiction de vendre des armes à l'étranger qu'il s'était imposé pendant près d'un demi-siècle.

Cela va permettre de développer avec des partenaires autres que les Etats-Unis des programmes de coopération dans ce domaine.

Tokyo a déjà signé un accord avec Londres sur des tenues NBC (nucléaire, bactériologique, chimique) et, lors de la présence à Paris du Premier ministre Abe le 5 mai prochain pour un sommet avec le président François Hollande, il devrait être fortement question de ces sujets.

Début janvier, le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian avait annoncé la création de deux instances de dialogue France-Japon, l'une sur la coopération dans le domaine de la recherche sur les nanotechnologies, la robotique et la cyber-défense, l'autre sur la coopération industrielle (hélicoptères de nouvelle génération, drones sous-marins, propulsion sous-marine).

Depuis six mois, des discussions sont déjà en cours entre le groupe français d'électronique et de défense Thales et les japonais MHI et FHI, souligne un spécialiste européen.

Selon un responsable des Affaires étrangères japonaises interrogé par l'AFP, Tokyo réfléchit également à la possibilité d'"accords de soutien logistique mutuel" (ACSA) avec des pays européens, alors que le Japon n'en a actuellement qu'avec les Etats-Unis et l'Australie.

Signe supplémentaire de ce "nouveau regard" du Japon vers le Vieux Continent: c'est la première visite d'un Premier ministre nippon depuis cinq ans en Allemagne, depuis onze en Espagne et... depuis toujours au Portugal.

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