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En Turquie, le président allemand critique le gouvernement d'Erdogan

28/04/2014 07:51 EDT | Actualisé 28/06/2014 05:12 EDT

Le président allemand Joachim Gauck a critiqué lundi lors d'une visite en Turquie l'acharnement du gouvernement islamo-conservateur contre les réseaux sociaux, la presse et son bras de fer avec l'appareil judiciaire.

"Nous posons (aux autorités turques) les mêmes questions que tout le monde. Est-ce qu'on était obligé d'interdire Twitter et YouTube", a demandé M. Gauck lors d'une conférence de presse à Ankara avec son homologue Abdullah Gül.

Le président allemand a également affirmé ne pas comprendre pourquoi le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan éprouvait, après sa large victoire aux municipales du 30 mars, "le besoin de s'ingérer dans les affaires de la justice, pour y instaurer un certain ordre".

"Pourquoi un gouvernement si puissant affiche son mécontentement au sujet de l'appareil judiciaire et des médias ?", a-t-il insisté.

"Je me demande si l'indépendance de la justice peut encore être garantie si le gouvernement a déplacé tant de procureurs et de policiers, s'il les empêche de faire la lumière sur certaines affaires ou s'il manipule des décisions en sa faveur", a insisté M. Gauck lors d'un autre discours à Ankara.

Devant des étudiants de l'université technique du Moyen-Orient (ODTU), le chef de l'Etat allemand, qui s'est entretenu avec M. Erdogan, a pointé du doigt une série de récentes lois qui renforcent le contrôle du gouvernement turc sur internet ou la justice.

"Je dois avouer que ces développements m'effraient", a-t-il dit, "particulièrement lorsque la liberté de pensée ou celle de la presse sont mises en cause, que l'accès à internet et aux réseaux sociaux est réduit ou que des journalistes proches de l'opposition sont licenciés ou même traduits en justice".

Après la révélation à la mi-décembre d'un vaste scandale de corruption touchant son régime, M. Erdogan a fait bloquer l'accès au réseau Twitter et au site de partage de vidéos YouTube, qui ont diffusé de nombreux enregistrements téléphoniques pirates le mettant directement en cause.

Malgré ce scandale sans pareil, son Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis 2002, a remporté haut la main le scrutin municipal.

Fort de cette victoire, M. Erdogan a engagé un bras de fer avec la Cour constitutionnelle qui a annulé plusieurs mesures qu'il avait fait adopter, notamment le blocage de Twitter et une partie de sa réforme qui renforce sa tutelle sur la justice.

A l'occasion du discours de M. Gauck à l'ODTU, quelques dizaines d'étudiants ont manifesté devant l'université contre le gouvernement turc.

fo-pa/abk

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