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En Moldavie, enthousiasme mitigé sur la fin des visas pour voyager dans l'UE

27/04/2014 12:45 EDT | Actualisé 26/06/2014 05:12 EDT

Les Moldaves peuvent circuler sans visa dans la zone Schengen à partir de lundi mais ce pas vers l'Union européenne ne suscite qu'un enthousiasme mitigé dans un pays où des centaines de milliers de personnes ont déjà émigré à la recherche d'un emploi.

"Il s'agit d'un pas incroyablement important, la Moldavie devient le premier pays membre du Partenariat oriental qui obtient la libéralisation du régime de visas", a déclaré à l'AFP le chef de la mission de l'Union européenne à Chisinau, Pirkka Tapiola, se félicitant des réformes indispensables réalisées par la Moldavie pour pouvoir bénéficier de cette mesure.

Le Partenariat oriental a été conclu en 2009 par l'UE avec six Etats de l'ex-URSS (Arménie, Azerbaïdjan, Bélarus, Géorgie, Moldavie et Ukraine) pour y contrebalancer l'influence russe.

Mais, selon un sondage publié jeudi par l'Institut pour les politiques publiques de Moldavie, 50% des personnes interrogées estiment que la fin des visas pour les séjours de courte durée "n'est pas un événement important", soit parce qu'elles n'ont pas les moyens de voyager, soit parce qu'elles ont un passeport roumain leur permettant déjà de circuler sans entraves.

500.000 à 1 million d'habitants ont déjà émigré du pays le plus pauvre d'Europe (notamment en Russie et en Italie) à la recherche d'un emploi.

"Libéralisation des visas? Cela ne m'intéresse pas, moi je n'ai pas d'argent pour aller en Europe", dit Natalia Tregoubova, une femme au chômage âgée de 56 ans. "De toute façon, qui a voyagé ces dernières années, continuera de le faire", poursuit-elle.

Ivan Birioukov, un ouvrier âgé de 43 ans, est lui aussi réservé.

"En Europe il n'y a pas de travail, personne ne nous y attend. C'est en Russie que nous gagnons de l'argent pour faire vivre nos familles", dit-il, même si la libéralisation des visas ne donne pas le droit de travailler dans l'UE, juste d'y voyager.

Cet homme qui dit se rendre en Russie tous les printemps pour y travailler craint que Moscou n'introduise des visas pour les Moldaves ou n'expulse ceux qui y travaillent déjà, en rétorsion au rapprochement avec l'UE. "Que ferons-nous alors?", lance-t-il.

Anisoara Morarou, étudiante en économie à Chisinau, se réjouit elle de la fin des visas. "La plupart de mes camarades ne voient pas d'avenir en Moldavie et n'attendent que de finir leurs études pour chercher un job en Europe", dit-elle.

Même si l'étape de lundi n'ouvre pas le marché du travail, elle marque clairement un rapprochement vers l'UE avant la signature d'un accord d'association prévue en juin.

La Moldavie, pays majoritairement roumanophone voisin de l'Ukraine, est l'un des deux pays de l'ex-bloc soviétique, avec la Géorgie, à avoir paraphé cet accord en novembre, après le retrait soudain de l'Ukraine.

"L'UE va accélérer la signature de l'accord pour empêcher la Russie d'entraver ce processus, comme elle l'a fait avec l'Ukraine", estime Anatol Taranou, directeur du centre d'analyse politique Politicon.

- Un désenchantement peu surprenant -

L'enthousiasme pour une future intégration européenne de la Moldavie a pourtant diminué.

Selon le sondage Soros, le nombre de ceux qui voteraient pour l'entrée dans l'UE lors d'un éventuel référendum a chuté à 44% contre 76% fin 2007. Ils seraient en outre 45% à voter pour une adhésion de Chisinau à l'Union douanière Russie-Bélarus-Kazakhstan.

Pour M. Tapiola, ce désenchantement n'est pas surprenant: "Lorsque l'actuelle coalition, qui s'est identifiée avec l'intégration européenne, est arrivée au pouvoir, les attentes étaient très élevées".

Depuis, les Moldaves déçus que leur niveau de vie ne progresse pas plus vite ont associé leurs difficultés au rapprochement de l'UE, d'où leurs réserves croissantes.

Et la Russie a également fait entendre sa voix discordante.

Pour l'avenir, Vasile Triboi, 65 ans, estime que les autorités devraient surtout faire plus pour améliorer la vie des Moldaves: "Il faudrait créer des conditions pour qu'ils continuent à travailler et à vivre dignement dans leur pays, comme nous l'avons fait du temps de l'Union soviétique".

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