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En Grèce, de star de l'info à vedette montante de la politique

27/04/2014 03:44 EDT | Actualisé 26/06/2014 05:12 EDT

Dans une Grèce chamboulée par six ans de crise économique, un journaliste connu de la télévision est en train de devenir la star politique qui monte, à la tête d'un parti au joli nom, "La rivière", mais aux visées encore imprécises.

En deux mois, Stavros Theodorakis, 50 ans, a fait du "Potami" ("rivière" ou "fleuve"), le troisième parti en termes d'intentions de vote aux élections européennes : entre 8 et 14%, derrière Syriza (gauche radicale) et Nouvelle Démocratie (droite), le parti du Premier ministre Antonis Samaras. Et il a l'ambition de faire élire au moins trois eurodéputés.

"J'ai créé le Potami parce qu'en tant que citoyen je me sentais asphyxié", raconte à l'AFP M. Theodorakis, qui présentait il y a encore quelques semaines un magazine d'investigation sur la chaîne privée Mega.

"Je n'étais pas heureux, je m'inquiétais pour l'avenir du pays. Et je sentais que les gens avaient besoin de nouveauté", ajoute-t-il.

Pour son programme, il a "piqué" des idées à la droite et à la gauche. Il est pour l'euro et l'instauration de conditions favorables à l'investissement. Il est contre les coupes franches dans les prestations sociales. Et il pense que le nombre de clandestins ne peut pas s'étendre indéfiniment en Grèce.

Certains ont vu la main de la puissante Mega derrière ce démarrage sur les chapeaux de roue, pour affaiblir Syriza. "Le Potami est un parti propre, et je partirai si on démontre l'inverse", s'en est offusqué M. Theodorakis mercredi lors d'un déplacement sur l'île de Corfou (nord-ouest).

L'argent du parti -- 70.000 euros -- vient de son compte d'épargne et des sympathisants. Le Potami n'est pas du genre "à dépenser 20.000 euros pour un meeting", "c'est une campagne low-cost".

Déjeunant avec quelques journalistes, il offre une tournée, et en finance une autre... en vendant aux convives des billets de soutien à dix euros.

Le siège athénien du Potami est un petit bureau prêté par un sympathisant, et la campagne s'appuie essentiellement sur internet.

Stavros Theodorakis se déplace aussi dans le pays, tenant des réunions publiques sans fioritures. A Corfou, 300 curieux s'étaient rassemblés devant la citadelle vénitienne, malgré un vent glacial.

- Un sac à dos symbole -

"Je pourrais voter pour lui", estime Olympia Mantzourogianni, professeur de 32 ans, "mais j'aimerais qu'il ait des positions plus précises sur des sujets comme l'éducation et la santé".

Theodorakis le reconnaît, les Européennes ne sont pour lui qu'une étape avant les législatives anticipées auxquelles tout le monde s'attend d'ici à février : "J'aurai de l'argent pour les législatives si nous avons des députés au Parlement européen".

Il aligne une série de candidats réputés dans leur domaine, hommes d'affaires, médecins, universitaires, mais néophytes en politique. Lui-même ne se présente pas.

A Bruxelles récemment, il a rencontré socialistes, libéraux et écologistes, mais, tout en se disant lui-même de gauche, il refuse de révéler à quel groupe s'affilierait le Potami : "Nous ferons des alliances différentes à chaque fois, pour faire évoluer les choses vers une Europe plus juste".

L'ex-journaliste veut trancher avec le reste de la classe politique grecque, un peu compassée. Il s'habille simplement, jean, tee-shirt et blouson, évite les grandes phrases et promène partout un gros sac à dos avec dedans ordinateur, coupures de presse et fruits, dont il fait une consommation abondante.

Le sac à dos est devenu sa marque de fabrique, voire son signe de ralliement : "On va en faire faire pour les législatives", annonce-t-il.

Son enfance n'est pas non plus celle du politicien grec ordinaire : dyslexique, poussé dans un quartier pauvre d'Athènes à forte population rom, en faveur de laquelle il s'anime brusquement : "la plus vieille minorité d'Europe, et la plus mal traitée... Ils méritent mieux, les enfants d'aller à l'école, les femmes de ne plus être des esclaves battues. Et s'ils veulent vivre sous des tentes, c'est leur droit".

Le Potami, résume un observateur de la vie politique grecque, répond aux nouvelles aspirations du pays, à la sortie peut-être du tunnel de la crise : "Quelque chose de nouveau, et de plus rond" que les principaux partis d'opposition actuels, Syriza ou, à l'autre extrémité, le parti néo-nazi Aube dorée.

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