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Les Polonais n'attachent que peu d'importance à la canonisation de Jean Paul II

26/04/2014 09:39 EDT | Actualisé 26/06/2014 05:12 EDT

WADOWICE, Pologne - Sa mort a semé le deuil parmi ses concitoyens. Sa béatification leur a procuré joie et fierté. Mais à quelques heures de la canonisation de l'ancien pape Jean Paul II, dimanche à Rome, les Polonais accueillent cet événement avec à peine plus qu'un haussement d'épaules.

L'une des raisons de cette apparente indifférence est que Jean Paul est un saint depuis longtemps dans le coeur des Polonais. En faire une cérémonie officielle avec tout l'apparat du Vatican n'est que la cerise sur le gâteau.

Mais il est clair qu'un peu moins d'une décennie après sa mort, l'enthousiasme des Polonais à l'endroit d'un de leurs compatriotes semble se dissiper, alors qu'émerge une nouvelle génération plus laïque dans ce pays récemment devenu membre de l'Union européenne.

Seulement quelques centaines de personnes se sont rassemblées sur la place principale de Varsovie, le 2 avril, pour prier devant les reliques du pape à l'occasion du neuvième anniversaire de sa mort. De plus, les médias du pays parlent peu de la cérémonie de canonisation de dimanche, au Vatican. Par opposition, les célébrations entourant sa béatification en 2011 ont été précédées de mois de frénésie médiatique et de préparations religieuses à travers la Pologne.

«Qui a besoin de cette canonisation?, demande Andrzej Grendys, un catholique non pratiquant. Nous savons tous qu'il a été un homme très bon avec un grand coeur et de l'esprit. C'est ce qui importe le plus, et ça n'exige aucune confirmation officielle.»

Pour d'autres, le pays a simplement assez célébré la vie et la mort du pontife.

«Nous avons extériorisé nos émotions lors de la béatification et de la mort de Jean Paul, affirme Artur Sporniak du magazine Tygodnik Powszechny Catholic weekly. C'était une expérience collective unique de se sentir en étroite communauté.»

En Pologne, la ferveur religieuse était plutôt dirigée dans les préparatifs pour Pâques, une fête importante dans le pays qui avait lieu à une semaine de la canonisation.

Par-dessus le marché, des prêtres ont récemment été éclaboussés par des allégations de pédophilie. Certains ont été condamnés et emprisonnés. L'Église polonaise n'y a pas été imperméable et — aussi apparemment inspirée par le pape François — a adopté une attitude discrète à l'approche de la canonisation.

Alors que des masses de citoyens polonais s'étaient déplacés à Rome pour les funérailles et la béatification du pape, la crise économique et un taux de chômage de près de 13 pour cent ont sans doute joué un rôle dans le désintérêt collectif à se rendre à la cérémonie de canonisation.

«Je pense que les gens en Pologne sont beaucoup plus concentrés sur les aspects terre à terre de leur vie. Ils tentent de joindre les deux bouts et c'est très difficile», explique Agnieszka Lelinska, comptable à Varsovie.

À Rome aussi, les préparations pour faire de Jean Paul II un saint sont plus modérées que lors de sa béatification. D'ailleurs, le Vatican attend beaucoup moins que les 1,5 millions de personnes qui avaient assisté à cette messe. Les autorités de l'Église affirment que ce sera une cérémonie à l'image du style du pape François: sans extravagance et à faible coût.

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