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Initiateur de Vatican II, le pape Jean XXIII sera aussi canonisé

26/04/2014 08:00 EDT | Actualisé 26/06/2014 05:12 EDT

CITÉ DU VATICAN, État de la Cité du Vatican - 11 octobre 1962. Ce soir-là, le pape Jean XXIII fit quelque chose de si naturel qu'on a peine à croire aujourd'hui qu'il s'agissait d'un acte révolutionnaire à l'époque: l'homme vint au balcon de son palais apostolique et parla aux milliers de pèlerins réunis sur la place Saint-Pierre.

Il leur parla non comme un souverain pontife des temps passés, mais comme un père ou un pasteur. «Retournez à la maison, où vous y retrouverez vos enfants. Caressez-les et dites-leur qu'il s'agit d'un câlin du pape», a-t-il lancé aux fidèles qui l'acclamèrent.

Jean-Paul II ne sera pas le seul pape à être canonisé dimanche: avec lui, Jean XXIII, celui qui a été surnommé le «bon pape», dont le règne, s'il a été plus court que celui du Polonais, n'aura pas été moins historique.

Ce discours de Jean XXIII, prononcé lors de la première soirée du concile Vatican II, a assurément défini sa papauté. Son affection simple et paternelle a conquis le coeur des catholiques. Inspiré, il a pu lancer ce concile qui a permis de faire entrer l'Église, une institution vieille de près de 2000 ans, dans la modernité. Un exemple à suivre, selon le pape actuel.

«Il était courageux. Un bon curé de campagne, avec un grand sens de l'humour et doué d'une grande sainteté, a dit François aux journalistes, l'été dernier. Il a été l'un des plus grands (papes).»

Né en 1881 dans une famille de métayers, Angelo Giuseppe Roncalli a été élu pape le 28 octobre 1958. Il a pris le nom de Jean pour rendre hommage à son père et, ce faisant, effacer une erreur de l'Histoire, puisqu'il y a eu un autre Jean XXIII au XVe siècle, mais un «antipape». Au cours du Grand Schisme d'Occident, ce Jean XXIII avait été l'un des trois hommes à se prétendre pape en même temps, même s'il a renoncé au titre plus tard.

Quant au Jean XXIII légitime, il était âgé de 76 ans lorsqu'il a accédé au trône pontifical. Moins de trois ans après son élection, il annonça la convocation du premier concile oecuménique depuis un siècle, Vatican II. Cette réunion transforma l'Église en permettant l'usage de la langue vernaculaire plutôt que le latin pendant la messe, en acceptant une plus grande participation des laïcs dans la vie religieuse, et en révolutionnant les relations entre les catholiques et les juifs.

Vatican II a par ailleurs cristallisé les divisions au sein de l'Église entre les traditionnalistes, les conservateurs et les plus progressistes, des divisions qui existent toujours 50 ans plus tard.

Aucun des fidèles présents sur la place Saint-Pierre, ce soir-là, ne connaissait l'avenir mais l'espoir régnait dans les esprits. Le discours de Jean XXIII semblait improvisé et venir du coeur — du jamais vu, puisque les discours pontificaux étaient jusque-là minutieusement préparés. Le pape parlait comme un grand-père, alors que ses prédécesseurs parlaient comme des monarques. Et plus important peut-être, il avait été entendu dans les salons autour du globe, par l'intermédiaire d'une invention relativement nouvelle: la télévision.

«Jusqu'alors, la télévision avait montré la splendeur du pouvoir, tant d'un point de vue ecclésiastique que politique», a souligné l'un des biographes de Jean XXIII, Alberto Melloni, qui dirige la Fondation pour les études religieuses Jean-XXIII, où sont conservés les documents d'archives de ce souverain pontife. «Sa façon impromptue de parler ce soir-là a mis un terme à l'utilisation de l'image comme démonstration du pouvoir.»

Ce discours est aujourd'hui appelé «le discours à la lune». Au début, Jean XXIII s'émerveillait de l'importance de la foule réunie sous le balcon de son palais, et a dit qu'il lui semblait presque que la lune s'était levée plus tôt pour admirer ce spectacle.

Même si Jean XXIII est mort avant la fin de Vatican II — il est décédé d'un cancer de l'estomac le 3 juin 1963 —, l'Histoire a retenu son courage et son mérite pour avoir renouvelé la doctrine de l'Église, la mettant ainsi en phase avec son époque.

Le père Robert Wister, professeur d'histoire à l'université Seton Hall, au New Jersey, rappelle que Jean XXIII a aussi été un diplomate ferme, qui s'était occupé des plus difficiles missions de l'Église avant de devenir pape.

Mgr Roncalli avait été délégué apostolique en Turquie au cours de la Seconde Guerre mondiale. Il a grandement contribué à sauver des milliers de juifs en faisant établir de faux baptistères pour les aider à fuir l'Europe alors occupée par les nazis.

Il a ensuite été nommé nonce apostolique en France, juste après la Libération. «On n'envoie pas l'idiot du village pour négocier avec Charles de Gaulle, dit le père Wister. On envoie un diplomate chevronné.»

Mais Jean XXIII est toujours demeuré un simple curé. Son premier Noël à titre de pape, il l'a passé avec les enfants malades dans le principal hôpital pour enfants de Rome. Le lendemain, il a visité les détenus de la principale prison de la capitale italienne.

Le dimanche, il aimait visiter les paroisses rurales des faubourgs de Rome. Il s'est ainsi «évadé» du Vatican 152 fois au cours de son pontificat qui n'a duré que quatre ans et demi. Son prédécesseur, Pie XII, qui a régné pendant plus de 19 ans, n'avait effectué qu'une seule visite dans les quartiers autour du Vatican — il avait alors apporté un soutien moral aux Romains éprouvés par un bombardement allié en 1943.

Jean XXIII est aussi connu pour son dernier encyclique «Pacem in terris» (Paix sur la Terre) publié à la suite de la crise des missiles à Cuba, qui avait débuté trois jours après l'ouverture de Vatican II. Ce document élaborait un nouvel enseignement de l'Église pour promouvoir la paix mondiale, et constituait le premier encyclique à s'adresser non seulement aux catholiques mais «à tous les hommes de bonne volonté», un signe de l'ouverture d'esprit de ce pape.

«C'était un homme qui pouvait transmettre un message de paix, a dit le pape François à une délégation venue de la ville natale de Jean XXIII, Bergame, lors du 50e anniversaire de sa mort en juin. «Il inspirait la paix car son âme était profondément en paix.»

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