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Québec doit envisager de privatiser en partie la SAQ et Hydro, selon des experts

25/04/2014 10:50 EDT | Actualisé 25/06/2014 05:12 EDT

QUÉBEC - Le gouvernement Couillard doit envisager de privatiser partiellement Hydro-Québec et la Société des alcools (SAQ) pour remettre le Québec sur le chemin de la santé financière, selon deux experts.

Ces derniers, Luc Godbout et Claude Montmarquette, ont tracé vendredi un portrait extrêmement sombre de l'état des finances publiques, dans un rapport commandé par le gouvernement avant même d'être officiellement en fonctions.

La situation est telle, selon eux, que seul un remède de cheval pourra éviter au gouvernement d'affronter les conséquences financières d'une décote des grandes agences de notation de crédit, qui déterminent le niveau des intérêts à débourser sur les emprunts faits par Québec.

Car si le grand ménage dans les dépenses publiques n'est pas fait, «il y a quelqu'un qui va décider pour nous, et ça va être les maisons de notation, si on n'est pas crédibles. Ces gens-là vont arriver et vont poser des questions: c'est quoi votre plan?», a prévenu M. Montmarquette, en conférence de presse, en rendant public son rapport.

Or, une décote coûterait au trésor public «plusieurs centaines de millions de dollars à court terme», prévient M. Montmarquette. D'où l'importance d'avoir une approche préventive et «d'agir en amont» avant qu'il soit trop tard, renchérit l'autre expert consulté, Luc Godbout.

Dans l'esprit des auteurs du rapport d'une quarantaine de pages, le moment serait donc bien choisi pour songer à privatiser une partie des actifs de l'État.

Un scénario envisagé: céder par exemple 10 pour cent du capital d'Hydro-Québec et de la SAQ, puis verser la totalité des sommes perçues au Fonds des générations en vue de réduire la dette.

«La conjoncture, elle est bonne pour ça actuellement», selon M. Montmarquette, qui se montre très préoccupé de l'impact du vieillissement de la population, ce «déficit démographique», sur la croissance économique et la santé des finances publiques.

«C'est peut-être le bon moment de réfléchir et dire: on va changer le portefeuille d'actifs. On va l'envoyer au Fonds des générations. On va envoyer un signal aux maisons de notation qu'on prend en compte la dette», a-t-il commenté.

En 2013-2014, le gouvernement a dû payer 10,8 milliards $ uniquement en intérêts sur la dette.

Mais une éventuelle privatisation d'actifs ne suffirait pas à elle seule à régler le problème, qui a pris des proportions endémiques. Pour sortir l'État québécois du gouffre budgétaire, les économistes estiment que Québec doit prendre dès maintenant toute une série de moyens radicaux, qui risquent de faire plus mal les uns que les autres: gel de la masse salariale de la fonction publique, hausse (et non une simple indexation comme le préconise le gouvernement) des tarifs de garderies, imposition de tarifs à des services gouvernementaux actuellement gratuits, révision des programmes sociaux et réévaluation des subventions et crédits d'impôt aux entreprises.

Seul un plan d'austérité ambitieux pourrait, selon eux, permettre au gouvernement Couillard d'espérer atteindre la cible prévue par l'ancien gouvernement péquiste, soit un déficit de 1,75 milliard $ en 2014-2015, prélude à l'atteinte de l'équilibre budgétaire en 2015-2016.

Or, pour respecter la cible fixée à 1,75 milliard $ pour l'année en cours, on sait maintenant que Québec doit trouver quelque part 3,7 milliards $. La commande est énorme.

En 2013-2014, le déficit devrait dépasser de 645 millions $ la cible prévue de 2,5 milliards $.

Par ailleurs, les deux experts recommandent aussi une révision de la fiscalité, ce que s'est déjà engagé à faire le premier ministre Philippe Couillard.

Ils recommandent de plus de privilégier une gestion des dépenses gouvernementales à plus long terme, pouvant s'étaler sur plusieurs années.

Selon eux, il faudrait également que les élections à date fixe soient précédées d'un rapport sur l'état des finances publiques, lui aussi publié à date fixe.

Luc Godbout est directeur du département de la fiscalité à l'Université de Sherbrooke et Claude Montmarquette enseigne la science économique à l'Université de Montréal.

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