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Les Ukrainiens touchés de plein fouet au porte-monnaie

25/04/2014 12:45 EDT | Actualisé 24/06/2014 05:12 EDT

Sur son étal couvert de glace pilée au marché Jytny de Kiev, Albert saisit un épais filet de saumon de Norvège: son prix a été multiplié par deux en quelques semaines. La crise touche les Ukrainiens de plein fouet au porte-monnaie.

Les petits sandres, pêchés dans les rivières du pays, ne se sont renchéris "que" de 10%.

En moyenne, "les prix ont augmenté de 50%: cela veut dire que le niveau de vie baisse de 50%", résume le commerçant de 38 ans, tablier orange autour de la taille.

"Les clients n'ont pas disparu, mais ils ne prennent plus que la moitié de ce qu'ils prenaient avant", poursuit-il.

Philosophe, Albert relativise: "Nous avons survécu aux années 1990: le pays n'a peur de rien. Aujourd'hui, je vends du poisson, demain je vendrai peut-être autre chose", poursuit le poissonnier, qui comme beaucoup d'Ukrainiens a déjà multiplié les professions dans les tumultueuses années suivant la chute de l'URSS (cuisinier, ouvrier automobile, commerçant...).

Pourquoi cette flambée des prix? La réponse est simple pour Albert: l'effondrement de la monnaie nationale, la hryvnia, qui a perdu plus du tiers de sa valeur depuis le début de l'année.

- Les prix à la pompe s'envolent -

Résultat: le saumon acheté en Norvège se renchérit d'autant, mais aussi l'essence (+16% depuis le début du mois d'avril, +50% en deux mois) qui se répercute sur les producteurs locaux.

Derrière son étal de viande, Valéri Liachenko fait ses compte. "Si avant il me fallait 100 hryvnias en essence pour venir ici, maintenant il me faut 150 hryvnias" (9,5 euros).

Côté clients, "l'économie est très faible, les gens n'ont pas d'argent. Il y a deux ou trois ans, les gens achetaient plus pour Noël et pour Pâques", constate le commerçant de 52 ans. "Et vendre au prix de revient, ce n'est pas possible".

Sac plastique rempli de champignons à la main, Oxana Povnitsa, une femme au foyer qui vient tous les deux jours faire ces courses dans ce marché du quartier du Podil, reconnaît que les allées sont bien vides.

"Les gens essayent de trouver moins cher et vont dans d'autres marchés", plus éloignés du centre ville, explique-t-elle.

La crise politique qui a abouti à la perte de la Crimée puis à l'insurrection séparatiste dans l'Est frappe très durement l'économie ukrainienne, qui était sortie de justesse de plus d'un an de récession fin 2013.

Les investisseurs étrangers et les entreprises attendent une stabilisation avant de lancer tout projet. La Russie, cliente principale des industries de l'Est (métallurgie, machines, chimie...) et elle-même en difficultés économiques, réduit ses achats en Ukraine autant que possible.

La production industrielle a chuté de 5% au premier trimestre sur un an et pour l'année, le gouvernement, qui attend un sauvetage financier occidental, prévoit un recul de 3% du produit intérieur brut.

Paniquée, la population retire ses économies massivement des comptes bancaires, pour la protéger de l'inflation, et se tourne vers les devises étrangères, entraînant la hryvnia dans une spirale infernale.

- Les mois à venir 'douloureux' -

Le mouvement s'est un peu stabilisé depuis que la banque centrale, le 15 avril, a décidé d'une spectaculaire hausse de taux. Mais l'envolée des prix, elle, est déjà lancée.

Dans une boutique de cosmétiques du centre de Kiev, une vendeuse prévient: elle est en train de préparer de nouvelles étiquettes, avec des prix en hausse de près de 50%.

Cette semaine, le principal producteur de pain à Kiev, KyivKhlib, a annoncé n'avoir pas d'autre choix que d'augmenter de 10% ses prix, ses coûts en produits pétroliers et farine s'envolant.

Le gouvernement s'est inquiété du renchérissement spectaculaire des médicaments, avertissant les producteurs de représailles, et a décidé de baisser les droits de douane.

Les retraités, aux revenus déjà misérables en Ukraine, sont les plus touchés, d'autant que Kiev s'est engagé à geler les pensions, comme le salaire minimum. Cette mesure entre dans les mesures d'austérité promises en échange d'une aide du Fonds monétaire international, en plus d'une hausse de 50% des prix du gaz dès le 1er mai.

Pour Olena Bilan, chef économiste chez Dragon Capital, l'inflation devrait représenter au moins 10% cette année et une reprise économique "visible" n'est pas à prévoir avant l'année prochaine.

"Pour la population, les mois à venir s'annoncent douloureux", reconnaît-elle. "Nombreux sont ceux qui vont devoir (...) économiser sur certains produits car le revenu moyen est très bas", autour de 250 euros par mois.

gmo/neo/mf

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