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Le pape Jean-Paul II est canonisé malgré des taches à son dossier

25/04/2014 02:36 EDT | Actualisé 25/06/2014 05:12 EDT

CITÉ DU VATICAN, État de la Cité du Vatican - Le pape Jean-Paul II a tiré une part du mérite pour l'effondrement du communisme en Europe de l'Est. Ses nombreux voyages à l'étranger et sa façon de rappeler les enseignements de l'Église ont grandement inspiré une nouvelle génération de catholiques à l'aube du XXIe siècle.

Mais son pontificat n'est pas sans tache. Le scandale des agressions sexuelles commises par des hommes d'Église aura terni le règne de 26 ans de Jean-Paul II, qui sera canonisé dimanche à Rome.

Le pape et ses proches conseillers n'ont commencé à saisir la gravité du problème qu'à la fin de son pontificat, même si les évêques américains les avaient priés de trouver une façon d'exclure les prêtres pédophiles dès la fin des années 1980.

Jean-Paul II a vu trop de prêtres faussement accusés de crimes imaginaires sous les régimes nazis et communistes pour ne pas se méfier des accusations portées contre les religieux pédophiles. Le déclin du clergé après les turbulentes années 1960 l'a sans doute influencé: il ne voulait pas perdre les trop peu nombreux prêtres qui restaient encore fidèles au sacerdoce.

L'actuel pape François a hérité du pire cafouillage de Jean-Paul II en matière d'agressions sexuelles: la congrégation de la Légion du Christ, considérée comme un modèle par le souverain pontife polonais. François, qui canonisera Jean-Paul II dimanche, doit maintenant décider s'il ira de l'avant avec la réforme vaticane imposée après que la Légion eut reconnu que son fondateur avait agressé des séminaristes et était le père de trois enfants.

Mais l'aveu de la Légion à propos de la double vie de Marcial Maciel n'était pas une révélation pour le Vatican. Des documents provenant des archives vaticanes démontrent que plusieurs papes — dont Jean XXIII, qui sera lui aussi canonisé dimanche — n'ont pas tenu compte des affirmations crédibles voulant que Maciel était un escroc, un drogué, un pédophile et un fraudeur.

Déjà, en 1948, sept ans après la fondation de la Légion, des envoyés pontificaux ainsi que des évêques mexicains et espagnols soulevaient des doutes sur l'ordination de Maciel (par son oncle, après qu'il eut été expulsé de plusieurs séminaires), la fondation de son ordre, son comportement dictatorial et la violence spirituelle exercée contre ses pupilles.

D'autres documents prouvent que le Saint-Siège connaissait dès 1956 les problèmes de toxicomanie de Maciel, ses agressions et ses malversations financières.

Malgré cela, Rome a refusé de voir la réalité en face. Maciel était fort habile pour convaincre ses propres prêtres de garder le silence, pour placer des hommes de confiance de la Légion dans les officines du Vatican, et pour courtiser les cardinaux, les évêques et de riches laïcs catholiques. Les autorités vaticanes étaient impressionnées par l'orthodoxie des prêtres de la Légion et par l'habileté de Maciel à attirer dons et vocations.

En 1994, Jean-Paul II a louangé Maciel, le décrivant comme «un guide efficace pour la jeunesse». Il n'a pas été le seul à être dupé: ses propres conseillers figuraient parmi les plus fervents défenseurs de Maciel, affirmant que les accusations contre lui n'étaient que pures calomnies.

Et même quand le Vatican lui a ordonné de se retirer de la vie publique, en 2006, l'homme avait encore ses défenseurs au sein de la hiérarchie catholique. Par exemple, en 2008, le préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, le cardinal Franc Robé, a dit à des prêtres de la Légion qu'il avait absous Maciel et loué les «bons fruits» apportés par l'ordre à l'Église.

Plusieurs défendent la mémoire de Jean-Paul II sur cette question. Dans un livre publié en 2013, «J'ai vécu avec un saint», l'ancien secrétaire de Jean-Paul II, le cardinal Stanislaw Dziwisz, a assuré que son pape ne savait «rien, absolument rien» des méfaits de Maciel.

«Pour lui, il (Maciel) était toujours le fondateur d'un grand ordre religieux, c'est tout. Personne ne l'a informé, même pas des rumeurs», a écrit l'éminence.

Le cardinal a plutôt blâmé les «structures extrêmement bureaucratiques» du Vatican, qui ont empêché l'information de se rendre au souverain pontife. Il ne croit pas que Jean-Paul II ait trop tardé à réagir au scandale.

Juan Vaca — qui a été une des victimes de Maciel — n'est pas de cet avis. Le père Vaca était le supérieur de l'ordre aux États-Unis de 1971 à 1976. En 1979, un an après l'élection de Jean-Paul II, l'évêque de Vaca a transmis des documents à la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, détaillant les agressions commises par Maciel contre 19 prêtres et séminaristes.

Il s'est opposé au procès de canonisation de Maciel en 1998. Le Vatican a ensuite attendu huit ans avant de sanctionner le fondateur de la Légion, sous le pontificat de Benoît XVI.

«Je suis encore une fois furieux et outré, avec un sentiment de rébellion d'avoir été trompé par ce cirque qui élève à la sainteté ce pape qui n'a rien fait pour protéger l'Église catholique et la société contre la crise horrible créée par les agressions sexuelles de membres du clergé», a déclaré le père Vega à l'Associated Press.

Robert Ghal, un théologien à l'Université pontificale de la Sainte-Croix, à Rome, estime qu'il aurait été dans l'intérêt de l'Église de mener une enquête exhaustive sur ce scandale, y compris dans les «recoins du Vatican» où l'influence des anciens appuis de Maciel se fait toujours sentir.

«(Jean-Paul II) n'aurait jamais laissé se poursuivre les agressions sexuelles, estime-t-il. Celui qui pouvait regarder les dictateurs dans les yeux n'aurait jamais abdiqué ses responsabilités de traduire en justice ceux qui ont commis des agressions sexuelles ou morales. L'histoire demande de la clarté. Le moment est venu pour cela.»

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