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La canonisation de Jean-Paul II suscite des sentiments mitigés au Mexique

25/04/2014 06:23 EDT | Actualisé 25/06/2014 05:12 EDT

MEXICO - La canonisation du pape Jean-Paul II suscite une attention particulière en Amérique latine, rappelant les souvenirs chaleureux de ses fréquentes visites dans la région tout en ravivant le débat sur sa gestion des scandales d'agressions sexuelles au sein de l'Église.

L'autre pape qui doit être canonisé dimanche, Jean XXIII, a lui aussi laissé sa marque en Amérique latine après avoir promu des changements au sein de l'Église qui ont poussé les prêtres à se rapprocher des croyants. Plusieurs estiment que cela a favorisé le développement de la «théologie de la libération», un courant de pensée théologique qui prône la dignité des pauvres et la libération des peuples.

Mais c'est surtout Jean-Paul II, qui s'opposait au côté politique de la théologie de la libération, qui retient l'attention en Amérique latine. Le pape ayant le plus voyagé de l'histoire s'est rendu en Amérique latine à 18 reprises au cours de ses 104 voyages à l'étranger, dont cinq fois au Mexique et quatre fois au Brésil.

«Il était "le" pape parce qu'il était toujours avec les pauvres, et montrait sa simplicité et son amour des gens», a estimé Ana Maria Sanchez, une femme au foyer de Mexico âgée de 52 ans.

La diffusion télévisée de la double cérémonie de canonisation au Vatican sera présentée dans des salles de cinéma de plusieurs pays latino-américains, notamment au Mexique et en Colombie.

«Je me souviens de Jean-Paul II parce que son pontificat est encore récent et parce qu'il était très proche des gens, très charismatique. C'était un homme qui irradiait la bonté et la spiritualité», a affirmé Yadira Argel, une avocate colombienne âgée de 28 ans.

Jean-Paul II avait critiqué les prêtres latino-américains qui voulaient impliquer l'Église dans la politique par l'entremise de la théologie de la libération.

Pour «les gens qui se souviennent du deuxième concile oécuménique du Vatican, et qui sont des catholiques de gauche, Jean XXIII est une icône dans le monde entier», a souligné Andrew Chesnut, professeur d'études théologiques à la Virginia Commonwealth University, aux États-Unis.

L'héritage de Jean-Paul II est plus nuancé: certains estiment qu'il n'a pas agi assez sévèrement face aux scandales d'agressions sexuelles impliquant le clergé.

José Barba, un ancien membre de la Légion du Christ devenu l'une des victimes d'agressions sexuelles les plus connues de la congrégation, questionne la décision du Vatican de hisser Jean-Paul II au rang de saint.

«Je ne suis pas opposé à la canonisation s'il peut être prouvé de façon véritable et décisive que le pape n'en savait rien», a-t-il dit. Mais «je suis plus convaincu que jamais que le pape savait», a-t-il ajouté.

Le défunt fondateur de la Légion du Christ, le Mexicain Marcial Maciel, a mené une double vie, abusant sexuellement de ses séminaristes, consommant de la drogue et ayant engendré trois enfants.

Pour les victimes d'agressions sexuelles des prêtres et leurs défenseurs, le scandale de la Légion du Christ est devenu emblématique du peu d'intérêt de l'Église catholique pour les victimes. Malgré des rapports crédibles sur les comportements pédophiles, la toxicomanie et la manipulation du père Maciel envoyés au Vatican à partir des années 1950, il a fallu attendre jusqu'en 2006, sous la papauté de Benoît XVI, pour qu'il soit traduit en justice. Le père Maciel est décédé deux ans plus tard.

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