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Crise économique au Venezuela: les entrepreneurs espèrent, les analystes doutent

25/04/2014 12:45 EDT | Actualisé 24/06/2014 05:12 EDT

Les annonces du président du Venezuela Nicolas Maduro pour relancer une économie à l'agonie entre inflation et pénuries faisaient jeudi l'objet du scepticisme d'analystes qui n'y voient que des mesures palliatives, mais suscitaient l'espoir dans les milieux d'affaires.

Mercredi soir, le successeur de Hugo Chavez a annoncé que l'Etat s'acquitterait "immédiatement" d'un tiers de la dette en devises qu'il a contractée auprès des importateurs, qu'il assouplirait la bureaucratie et a promis des fonds publics pour stimuler la production nationale.

Le Fonds monétaire international a d'ores et déjà estimé qu'il faudrait "faire plus". Ces mesures "serviront au rétablissement de l'économie vénézuélienne mais il faut faire plus", a estimé le directeur pour l'Amérique latine du FMI, Alejandro Werner.

Selon lui, les annonces du président Maduro permettront de commencer à "faire face aux pressions que subit le marché des changes", contrôlé par l'Etat depuis 2003.

Contesté dans la rue depuis plus de deux mois par des manifestants critiquant notamment sa gestion de l'économie, M. Maduro a lancé la deuxième phase d'une "offensive économique" entamée en novembre et destinée à vaincre une inflation galopante (plus de 56% en 2013, quasiment trois fois plus que l'année précédente) et à venir à bout de pénuries récurrentes de produits de consommation courante (aliments, médicaments, produits d'hygiène...).

Elu sur le fil en avril 2013 dans la foulée du décès de son mentor, Nicolas Maduro affirme faire face à une "guerre économique" menée par l'opposition, une partie des milieux d'affaires et soutenue en sous-main par des secteurs conservateurs des Etats-Unis et de Colombie.

"Excellent", a résumé après l'annonce de ces mesures Jorge Roig, président de la fédération patronale Fedecamaras, organisation souvent accusée de "conspirer" contre le pouvoir +chaviste+.

Fedecamaras participe depuis leur début aux tables rondes organisées par le gouvernement pour tenter de mettre fin à deux mois de crise sociale, qui ont vu officiellement 41 personnes périr en marge de manifestations parfois violentes.

En raison du contrôle des changes instauré en 2003, les importateurs sont tributaires de la bureaucratie locale pour se voir allouer des devises leur permettant de financer leurs achats.

Les retards de paiement de l'Etat à leur encontre s'élève à 13 milliards de dollars, estime le secteur importateur. Et expliquent pour partie les rayonnages vides dans les commerces du pays disposant des plus importantes réserves de pétrole au monde.

Mais pour Henkel Garcia, directeur de l'institut Econometrica, la promesse du président de payer 30% de cette dette favorisera des "améliorations ponctuelles (...) mais seulement dans quelques secteurs et dans cinq ou six mois, nous reverrons les mêmes problèmes" d'approvisionnement.

"Ceci est-il l'annonce qu'il ne paiera pas les 70% restants ?", s'interroge quant à lui Maxim Ross, universitaire et ancien conseiller de la Banque centrale.

- 'Modèle socialiste caduc' -

Pour le patron d'Econometrica, la détérioration de l'économie ces derniers mois provient de la volonté d'"approfondir un modèle déjà caduc de contrôle socialiste" alors que pour M. Ross la situation est encore plus grave, car le gouvernement ne stimule même pas ses propres entreprises.

Économie pétrolière, le Venezuela importe quasiment la totalité de ce qu'il consomme.

Se défaire de la dépendance à la rente pétrolière, thème central de la politique économique vénézuélienne depuis des décennies, constitue l'un des autres défis relevés mercredi par Nicolas Maduro, en mettant notamment des fonds publics à disposition des entreprises pour relancer la production.

"Nous avons pu constater une tonalité (dans l'intervention du président) traduisant une volonté que l'appareil productif progresse, qu'il y ait une meilleure production", s'est félicité M. Roig, alors que depuis son accession au pouvoir M. Maduro avait plutôt coutume de fustiger les milieux d'affaires accusés de conspirer, d'organiser les pénuries ou encore de spéculer.

Mais Henkel Garcia se montre également sceptique sur le dialogue entre secteur privé et gouvernement. "Ce rapprochement n'est pas nouveau, il y en a déjà eu d'autres (pourtant) en novembre, on a eu le +dakazo+", rappelle cet analyste, en faisant allusion aux baisses de prix imposées par le gouvernement, notamment à la chaîne locale d'électroménager Daka.

Depuis ces mesures, les commerces sont à moitié vides, de clients comme de marchandises et d'employés.

M. Maduro a d'ailleurs rappelé que cette politique de contrôle des "prix juste" et la limitation de des marges bénéficieras à 30% serait poursuivie.

"Le gouvernement ne comprend pas que la politique économique ne peut pas se développer avec des centaines de réunions avec des entreprises, car celles-ci vont revenir répéter les mêmes choses : il n'y a pas de devises, le crédit ne fonctionne pas, il n'y a pas d'incitation à la production, il n'y a pas de dialogue, parce qu'un jour il dialogue, le suivant il sanctionne", résume Maxim Ross.

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