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Commission Charbonneau: l'ancien dg de la SQ peine à expliquer ses décisions

25/04/2014 11:13 EDT | Actualisé 25/06/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Florent Gagné, un ancien directeur général de la Sûreté du Québec, a eu peine à expliquer devant la Commission Charbonneau, vendredi, pourquoi il n'y a guère eu de suites à des allégations de collusion dans des contrats à Laval.

Ces allégations de collusion dans des contrats municipaux à Laval avaient été portées à l'attention de M. Gagné lors de la dernière année de son mandat à la SQ, soit à la fin de 2002 ou au début de 2003, par un intermédiaire du ministère des Transports.

M. Gagné affirme avoir tout simplement transmis l'information à la direction des affaires criminelles, lui demandant de prendre «toutes les informations requises».

M. Gagné dit ne pas avoir fait de suivi ensuite et n'a pas parlé non plus au dénonciateur qui venait aussi du ministère des Transports.

«Moi, comme directeur général, je m'interdisais d'entrer dans les enquêtes pour les influencer de quelque façon que ce soit. J'avais un rôle qui faisait que je restais en dehors des enquêtes», a laissé tomber l'ancien grand patron de la Sûreté du Québec.

Sa remarque a fait sursauter la juge France Charbonneau.

«Vous étiez le directeur général de la Sûreté du Québec et vous ne vous informiez pas de l'état d'avancement des enquêtes qui étaient portées à votre connaissance? Vous faisiez quoi? Vous serviez à quoi comme directeur général si vous ne saviez pas où en étaient les enquêtes?» lui a-t-elle demandé.

Après un silence illustrant son malaise, le témoin a répondu: «j'exerçais mon rôle de directeur général au meilleur de ma conscience».

M. Gagné a quitté la SQ pour devenir justement sous-ministre au ministère des Transports en septembre 2003.

Le procureur de la commission, Me Paul Crépeau, a voulu savoir si maintenant qu'il avait eu vent d'allégations de collusion dans des contrats à Laval, il s'était intéressé plus particulièrement à cette question au MTQ. Il lui a demandé s'il avait eu vent d'allégations touchant cette fois le projet du rond-point L'Acadie, à Montréal. «Non», a-t-il répondu.

Là encore, sa réponse a choqué la juge. «Est-ce que les gens savaient que vous ne vouliez pas savoir?» lui a-t-elle lancé.

Il a soutenu que lorsqu'il est arrivé au ministère des Transports, il «voulait savoir» et a posé «beaucoup de questions» jusqu'à ce qu'il soit satisfait.

«Nous n'étions pas naïfs. Nous étions en permanence sur nos gardes», a-t-il lancé.

Du même souffle pourtant, il a soutenu que ce serait faire preuve d'«angélisme» que de penser que le ministère des Transports peut agir tout seul face à la collusion dans les contrats. «Quand on arrive sous-ministre des Transports et qu'on travaille au ministère des Transports, on ne se lève pas le matin nécessairement avec l'idée d'attraper des bandits», a-t-il lancé.

Politique dans les projets

Dans le cadre de son témoignage, il a également admis que des considérations politiques pouvaient influencer le ministère quant au choix des projets à réaliser.

«Les projets sont tous méritoires _ j'espère, quand ils ont passé le filtre de la priorisation des directions territoriales _, mais effectivement, il y a d'autres considérations qui peuvent s'ajouter, des considérations de nature plus politique, qui visent au fond notamment la répartition par région», a avoué le haut fonctionnaire de carrière.

Quand le commissaire Renaud Lachance lui a demandé s'il était possible que des travaux routiers non prévus à la programmation soient finalement réalisés à la suite d'interventions politiques, M. Gagné a répondu «non» parce que ces projets nécessitent tout de même une planification.

Il a toutefois admis qu'un projet non prévu dans la programmation et non prioritaire, mais qui aurait fait l'objet d'interventions politiques, puisse ensuite être inséré dans la programmation et être réalisé en deux ans, par exemple. «Oui, oui, tout à fait», a-t-il répondu au commissaire.

«Il peut y avoir, effectivement, des changements de priorités amenés par l'appareil politique _ ce qui, à mon point de vue, est parfaitement légitime et défendable dans notre système de gouvernement. Ils sont là élus par la population; ils doivent rendre des comptes», a justifié l'ancien sous-ministre Gagné.

M. Gagné a aussi souligné que Julie Boulet, lorsqu'elle était ministre déléguée aux Transports _ elle l'a été de septembre 2003 à avril 2007, lorsque les ministres en titre étaient Yvon Marcoux, puis Michel Després _ jouissait d'une certaine influence puisqu'elle s'occupait des routes rurales.

«Est-ce qu'il y avait plus d'interventions en quantité de la part de Mme Boulet?» lui a demandé le procureur de la commission, Me Paul Crépeau.

«Oui, possiblement. C'est évident que le nombre de projets était plus grand, numériquement parlant, dans le cas des dossiers dont s'occupait Mme Boulet. Et puis, elle était en contact plus directement avec les députés, alors il est fort possible qu'elle véhiculait les préoccupations qu'elle sentait des députés», a concédé M. Gagné.

Me Crépeau lui a demandé s'il pouvait sentir «l'intérêt ou la pression de la ministre déléguée», du genre «il faudrait vraiment s'occuper de telle route cette année dans tel comté».

«Oui, ça a pu arriver qu'on ait des discussions comme ça», a admis l'ancien sous-ministre du MTQ.

Son témoignage est terminé. Les audiences se poursuivront le 5 mai, après une semaine de pause.

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