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Khodorkovski dénonce à Kiev Poutine qui se venge d'une "offense personnelle"

24/04/2014 02:13 EDT | Actualisé 24/06/2014 05:12 EDT

L'ex-magnat russe et ennemi numéro un du Kremlin Mikhaïl Khodorkovski a dénoncé jeudi à Kiev la politique de Vladimir Poutine qui se venge en Ukraine d'"une offense personnelle" en creusant un fossé entre les deux peuples.

"Nous sommes ici parce que nous ne sommes pas d'accord avec la politique de Vladimir Poutine en Ukraine. Nous voulons exprimer notre solidarité avec le peuple ukrainien auquel le régime du Kremlin empêche de vivre sa vie de manière autonome", a déclaré M. Khodorkovski devant plusieurs centaines de personnes réunies pour un congrès d'intellectuels des deux pays dans le Palais du sport à Kiev.

M. Khodorkovski qui a été gracié par le président russe en décembre après dix ans d'emprisonnement a co-organisé ce congrès avec l'ex-ministre ukrainien de l'Intérieur Iouri Loutsenko lui aussi emprisonné puis gracié par le président Viktor Ianoukovitch destitué fin février.

"Aucun dictateur aussi puissant qu'il soit ne pourrait faire de nous deux peuples ennemis", a poursuivi M. Khodorkovski en dénonçant "la propagande russe".

Après le renversement à Kiev du régime pro-russe en février à l'issue d'une contestation de trois mois qui se s'est terminée dans un bain de sang dans le centre de Kiev, Vladimir Poutine a obtenu le feu de son Parlement pour l'envoi de troupes en Ukraine.

Trois semaines plus tard la péninsule ukrainienne de la Crimée occupée par les troupes russes a été rattachée à la Russie qui menace d'intervenir dans l'Est de l'Ukraine où les autorités pro-occidentales de Kiev combattent une insurrection séparatiste armée pro-russe.

Pour M. Khodorkovski dont l'emprisonnement a été largement considéré comme une vengeance politique contre l'homme le plus riche de Russie à l'époque et contradicteur du Kremlin, l'action de M. Poutine en Ukraine est aussi motivée par des raisons personnelles.

"En Ukraine, Poutine se venge d'une offense personnelle, de la révolution à Kiev, de la destitution du président corrompu Viktor Ianoukovitch", a-t-il dit.

"Pourquoi? Parce que les parallèles sont trop évidents avec ce qui se passe aujourd'hui en Russie", a-t-il poursuivi.

Mikhaïl Khodorkovski qui était déjà intervenu en mars devant des milliers de manifestants sur le Maïdan, haut lieu de la contestation à Kiev, a de nouveau tenu jeudi à rassurer les Ukrainiens.

"Je suis convaincu qu'un peuple qui a fait deux révolutions en dix ans et a tenu bon sous les balles (tirées contre les manifestants en février ayant fait une centaine de morts) ne va pas se résigner à la perte de son Etat. Nous sommes anxieux, mais en même temps nous sommes optimistes", a-t-il dit.

- dégradation des relations "tragique" -

L'écrivain Ludmila Oulitskaïa, critique de longue date de Vladimir Poutine a déploré pour sa part que les intellectuels russes qui condamnent la politique russe en Ukraine soient "une minorité visible".

Après le rattachement de la Crimée, la popularité de Vladimir Poutine est à son apogée.

Huit Russes sur dix soutiennent l'action de leur président en Ukraine, selon les derniers sondages, ce qui encourage la montée de sentiments anti-russes en Ukraine.

"Ce sont le bon sens et les efforts de gens raisonnables qui peuvent changer la situation", a estimé Ludmila Oulitskaïa, auteur de "Sonetchka".

"La dégradation des relations entre l'Ukraine et la Russie est pour nous inacceptable et tragique et nous allons faire tout notre possible pour préserver les relations humaines", a-t-elle conclu.

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