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Ce n'était pas le sang de Louis XVI sur une relique

24/04/2014 09:00 EDT | Actualisé 24/06/2014 05:12 EDT
Philippe Charlier

Les rois français n'en font qu'à leur tête : alors qu'on avait cru avoir mis la main sur une relique de Louis XVI, voilà qu'une nouvelle analyse ADN du sang séché récupéré dans une calebasse montre qu'il ne peut pas correspondre au sang royal.

Pour arriver à ce nouveau résultat, publié jeudi dans la revue Scientific Reports, l'équipe de Carles Lalueza-Fox (Institut de Biologie évolutive de Barcelone, Espagne) a séquencé le génome complet du sang contenu dans cette sorte de gourde. Une première pour un individu appartenant à l'Histoire récente.

Leur conclusion est quasiment sans appel : "Nos résultats suggèrent que cet échantillon ne peut pas correspondre au roi présumé".

Propriété d'une famille aristocratique italienne, la calebasse aurait, disait-on, contenu un mouchoir ayant trempé dans le sang royal le jour où Louis XVI fut guillotiné, le 21 janvier 1793.

Un échantillon de ce sang avait fait l'objet d'une première analyse génétique en 2010, déjà pilotée par Carles Lalueza-Fox. Elle avait notamment mis en évidence un gène associé aux yeux bleus, couleur des yeux de Louis XVI.

Fin 2012, l'authenticité semblait se confirmer, avec l'entrée en scène de la très polémique tête momifiée supposée être celle d'Henri IV, ascendant de Louis XVI, assassiné en 1610.

Une équipe rassemblant Philippe Charlier (UFR des Sciences de la Santé, Montigny-le-Bretonneux, France), spécialiste des énigmes historiques et défenseur de l'authenticité de la dite tête, et Carles Lalueza-Fox, avait trouvé un profil génétique commun entre les ADN "paternels" des deux supposées reliques.

- Dans les yeux -

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Mais en octobre 2013, coup de théâtre : une nouvelle étude génétique, conduite cette fois par Jean-Jacques Cassiman (Université de Louvain, Belgique), réfutait l'authenticité du sang attribué à Louis XVI, sur la base d'une comparaison avec des prélèvements ADN réalisés sur trois descendants vivants de la Maison Bourbon.

L'analyse génomique présentée jeudi par Carles Lalueza-Fox, sur un nouvel échantillon, beaucoup plus complète et détaillée que son premier travail, va dans le sens de l'étude du Pr Cassiman.

"Ce qu'ils mettent en évidence aujourd'hui, c'est qu'il est très peu probable que ce soit effectivement le sang de Louis XVI", a commenté celui-ci auprès de l'AFP, saluant un "beau travail, techniquement et scientifiquement".

L'équipe présente deux séries d'arguments qui rendent très peu plausible, même si pas totalement impossible, l'authenticité du sang présumé de Louis XVI.

En premier lieu l'analyse du phénotype. Les scientifiques se sont concentrés sur deux caractéristiques physiques connues du roi, par des portraits ou des témoignages d'époque : ses yeux bleus et sa grande taille.

La probabilité que l'individu à qui appartient le sang ait eu les yeux bleus "est seulement de 2,4%", a déclaré à l'AFP le Dr Lalueza-Fox : "Ce n'est pas impossible, mais tout à fait improbable".

Constat identique pour la taille, même si les variations génétiques sont plus difficiles à cerner : le génome ne correspond pas celui d'un individu de grande taille.

- La question des origines -

Les chercheurs ont par ailleurs remonté l'histoire familiale de Louis XVI : la comparaison avec le génome analysé ne colle pas. L'ADN met en évidence des origines d'Italie du Nord, alors que seul un des 16 aïeux de Louis XVI, Victor Amédée II de Savoie (1666-1732) avait une possible ascendance dans cette région.

Les scientifiques ont pris la précaution d'éliminer les possibles "contaminants" de l'ADN, évalués à 24% des séquences. "Un mouchoir, en hiver, à Paris, peut avoir beaucoup d'usages", a souligné le Dr Lalueza-Fox.

Reste la troublante concordance précédemment trouvée entre l'ADN de la tête momifiée et le sang de la calebasse. "Je n'ai aujourd'hui pas d'explication sur cette potentielle similarité", a confié le scientifique espagnol.

"Le lien génétique (faible) établi entre la tête momifiée d'Henri IV et le sang de la gourde ne tenait peut-être qu'au hasard", a reconnu pour sa part le Dr Charlier, également cosignataire de la dernière étude.

Mais pour lui, cela ne remet pas en cause l'authenticité de la dite tête, établie selon lui sur de nombreux autres arguments.

Hank Greely, expert en éthique de la génétique à l'Université Stanford, estime que la saga n'est sans doute pas terminée. "C'est comme ça que fonctionne la science", a-t-il déclaré.

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