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Bangladesh: les proches des victimes en colère un an après l'effondrement du Rana Plaza

24/04/2014 10:21 EDT | Actualisé 24/04/2014 10:22 EDT
ASSOCIATED PRESS
FILE - In this Saturday, May 4, 2013 file photo, pairs of brand new denim jeans are strewn over rubble from collapsed Rana Plaza garment factory building in Savar, near Dhaka, Bangladesh. A government investigation blamed the April collapse of the Rana Plaza factory building, which killed 1,129 people, on its poor construction, floors that were illegally added to the building and the use of heavy equipment it was never designed to hold. (AP Photo/Wong Maye-E, File)

Des milliers de Bangladais ont exprimé leur colère jeudi sur les ruines du Rana Plaza, un an après le dramatique effondrement des ateliers textiles, les distributeurs occidentaux se trouvant sous pression pour améliorer leurs aides aux victimes.

Des proches des salariés tués et des blessés, portant parfois un linceul, ont manifesté en banlieue de Dacca sur les lieux du pire accident jamais enregistré dans le secteur textile, en mémoire des 1138 morts.

"Nous voulons une indemnisation", "la mort pour Sohel Rana", le propriétaire du complexe, ont crié les manifestants dont certains avaient apporté des fleurs et des couronnes.

Les familles de 140 ouvriers toujours portés disparus ont participé au mouvement, demandant l'aide du gouvernement pour retrouver les corps. Des enfants se trouvaient dans le cortège, tenant des photos de leur mère disparue.

"Je veux le corps de ma fille. J'aurai ainsi une petite consolation", déclare Minu Begum en pleurs, tenant la photo de sa fille Sumi qui travaillait dans l'un des ateliers du site.

Pour la première fois depuis la catastrophe, l'accès au site a été ouvert, certains survivants sont tombés au sol, ont sangloté ou pris des poignées de terre tandis que d'autres priaient.

Des violences ont éclaté dans la capitale, la police ripostant avec des gaz lacrymogène aux quelque 2000 manifestants qui ont lancé des briques et réclamaient des salaires et des indemnisations plus élevées. Une vingtaine d'ateliers textiles ont dû être fermés pour éviter des débordements, selon la police.

ONG et syndicats ont dénoncé de leur côté l'attitude de 29 chaînes de distribution, dont Benetton, Auchan, Mango ou Carrefour, soupçonnées d'avoir sous-traité leur production à un moment ou à un autre au Rana Plaza, leur reprochant de manquer à leur devoir d'indemnisation des victimes.

"Ces marques abandonnent les ouvriers une deuxième fois", a écrit Ineke Zeldenrust, de l'organisation Clean Clothes Campaign dans un communiqué.

Les distributeurs "ne se sont pas préoccupés de la sécurité des ateliers dans lesquels ils s'approvisionnaient et maintenant ils abandonnent les survivants et les familles de ceux qui ont perdu leurs proches", ajoute-t-elle.

Pour la coordination de syndicats IndustriALL, les distributeurs n'ont apporté que des contributions "tristement insuffisantes" au fonds d'indemnisation.

Seulement 15 millions de dollars ont été apportés sur les 40 millions promis pour ce fonds et l'avance de 640 dollars promise à chacun n'a été versée que cette semaine.

"Des défauts dans quasiment tous les ateliers"

L'effondrement du Rana Plaza a mis en lumière les conditions de sécurité déplorables dans les ateliers et les salaires et conditions de travail misérables des salariés.

Les distributeurs occidentaux ont depuis été contraints de lancer des inspections de sécurité et le gouvernement de relever le salaire minimum.

Quelque 200 marques ont créé deux structures distinctes pour faire le ménage dans les 3.500 ateliers textiles du Bangladesh, deuxième producteur de vêtements au monde derrière la Chine. Elles rejettent les accusations d'indifférence.

"Nos membres ont versé 2,2 millions de dollars au fonds d'indemnisation", se défend Mesbah Rabin, directeur de l'Alliance for Bangladesh Worker Safety, qui regroupe essentiellement des marques américaines.

"Les marques paient également pour les inspections coûteuses des usines, qui vont permettre d'améliorer la sécurité, de renforcer le potentiel d'exportation et d'améliorer l'image de marque du Bangladesh comme destination sûre pour l'approvisionnement textile", dit-il à l'AFP.

Les inspections ont déjà conduit à la fermeture de 16 usines et des centaines d'autres devront améliorer leur sécurité. L'association des fabricants et exportateurs de textile du Bangladesh (BGMEA) a ordonné de son côté la fermeture de 23 ateliers.

"Nous avons trouvé des défauts dans la quasi totalité des usines inspectées jusque-là", en particulier l'absence d'issues de secours et des systèmes électriques défaillants, a dit à l'AFP Brad Loewen, chef des inspecteurs de l'Accord sur la sécurité incendie et la sécurité des bâtiments au Bangladesh qui regroupe essentiellement des marques européennes.

Signe de sa vigueur, l'industrie textile du Bangladesh, qui a longtemps résisté à la hausse du salaire minimum passé de 38 à 68 dollars par mois, a affiché une hausse de 15% de ses exportations en mars sur un an.

Sur le plan judiciaire, la police a annoncé qu'elle demanderait l'inculpation pour meurtre des propriétaires du Rana Plaza.

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