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Ukraine: Ponomarev, l'homme fort de Slaviansk qui veut repousser les "nazis"

23/04/2014 08:33 EDT | Actualisé 23/06/2014 05:12 EDT

Devenu du jour au lendemain l'homme fort des séparatistes de Slaviansk, dans l'est de l'Ukraine, Viatcheslav Ponomarev a une obsession: repousser une éventuelle attaque des loyalistes ukrainiens, qu'il qualifie de "nazis", si possible avec le soutien de la Russie.

Cheveux grisonnants coupés court et souvent recouverts d'une casquette à la longue visière, cet ancien militaire auquel il manque deux doigts à la main gauche réclame en effet soldats et armes au président russe Vladimir Poutine. Il est d'autant plus proche du chef du Kremlin que leur parcours et leur personnalité ont de nombreux points communs: absence de notoriété publique avant d'être propulsés vers les cimes du pouvoir, style viril et vocabulaire cru.

Parlant du ministre ukrainien de l'Intérieur Arsen Avakov, Viatcheslav Ponomarev, qui s'apprête à fêter ses 49 ans, avertit ainsi que "s'il vient, je lui tirerai moi-même dessus". Et d'ajouter: "Je ne serrerai pas la main de ce pédé".

Dans un registre similaire, au cours d'une autre conférence de presse, un exercice qu'il affectionne particulièrement, il menace un journaliste de le faire expulser manu militari s'il pose encore la moindre question embarrassante.

Se disant "apolitique", mais soutenu par les communistes, et aujourd'hui encore "directeur d'une fabrique de savon", cet homme né le 2 mai 1965 à Slaviansk de l'union d'un Russe et d'une Ukrainienne proclame que lui et ses partisans n'ont qu'"une seule exigence: le droit à l'autodétermination de notre peuple". Toutefois, "il ne peut y avoir de négociations" avec Kiev car "ce n'est pas un gouvernement, c'est une junte".

- 'j'ai participé à des opérations spéciales' -

Quand Viatcheslav Ponomarev arrive à l'hôtel de ville qu'il dirige depuis la mi-avril et où il accorde en début de semaine une interview à trois médias dont l'AFP, c'est à bord d'une voiture dépourvue de plaques d'immatriculation de laquelle il sort accompagné de deux gardes du corps lourdement armés.

Il déclare à cet égard avec aplomb, de la voix un peu cassée qui est la sienne: "Je ne voulais pas spécialement être maire. J'en ai reçu l'ordre" des instances séparatistes.

Certes, "nous n'avons pas 100%" des 110.000 habitants de Slaviansk "derrière nous". "Certains hésitent, certains ont peur. (...) Il y a des traîtres. Le temps venu, on s'en occupera", lance Viatcheslav Ponomarev, qui arbore invariablement sur la poitrine un ruban de Saint-Georges noir et orange, signe de ralliement des militants pro-russes.

L'accord de Genève cosigné le 17 avril par l'Ukraine, les Russes, les Européens et les Américains ? Il "ne nous concerne pas", car les insurgés de l'Est n'ont pas participé à sa rédaction. De toute façon, ce sera le statu quo dans la région "jusqu'à ce que les fascistes soient éliminés".

Viatcheslav Ponomarev, qui annonce presque quotidiennement un assaut imminent des troupes ukrainiennes, jure par ailleurs qu'il n'a "pas de contacts" avec les autorités russes, ni même obtenu de réponse de Moscou à ses appels à l'aide.

Pour le reste, raconte-t-il avec un large sourire laissant apparaître deux dents en or, "je suis un père très aimant, j'ai un fils".

"J'ai servi dans l'armée soviétique, dans la marine, j'ai participé à des opérations spéciales. Puis, en 1990, quand l'Union soviétique s'est effondrée, j'ai donné ma démission".

En ville, celui qui a décrété l'entrée en vigueur, le 20 avril, du couvre-feu demeure une énigme pour nombre de ses "administrés".

"Je ne connais rien de lui", admet par exemple Svitlana, qui vend des fruits et légumes sur un marché.

"C'est le seul à être capable de régler la situation très difficile à Slaviansk", tranche cependant Vladimir Koukhno, un séparatiste de faction à une barricade près du poste de police.

Mais il y a aussi des voix dissonantes, comme celle de Lioubov Vassilivna, une retraitée, pour laquelle "ce n'est pas un maire élu. Notre maire est Nelia Chtepa (remplacée par Viatcheslav Ponomarev). Elle nous a permis de vivre en paix".

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