NOUVELLES

Seule la communauté internationale peut mettre fin au carnage au Soudan du Sud (experts)

23/04/2014 11:57 EDT | Actualisé 23/06/2014 05:12 EDT

Seule une action ferme de la communauté internationale peut désormais empêcher le Soudan du Sud, la plus jeune nation du monde, aujourd'hui de nouveau en guerre, de replonger dans un conflit de longue durée, estiment les experts.

Attaque meurtrière contre des réfugiés dans une base de l'ONU à Bor (est), civils massacrés dans des édifices religieux et un hôpital de Bentiu (nord) par les rebelles venant d'en reprendre le contrôle: la semaine écoulée a été la "plus sombre" de l'histoire du Soudan du Sud, selon le responsable de l'action humanitaire de l'ONU dans le pays, Tony Lanzer.

La crise est désormais aussi grave qu'aux jours les plus noirs de la terrible guerre qui a opposé, entre 1983 et 2005, Khartoum à la rébellion sudiste et débouché sur l'indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011, estime Ferdinand von Habsburg-Lothringen, ex-conseiller à Juba de l'ONU puis du gouvernement sud-soudanais et qui travaille depuis 16 ans dans le pays.

Selon lui, "l'impact des combats a été catastrophique" depuis qu'ils ont éclaté le 15 décembre à Juba au sein de l'armée sud-soudanaise, entre troupes fidèles au président Salva Kiir et celles loyales à son ancien vice-président Riek Machar.

Le conflit s'est ensuite rapidement propagé à d'autres régions, accompagné de massacres entre peuples dinka et nuer, auxquels appartiennent respectivement MM. Kiir et Machar qui semblent peiner à maintenir leur contrôle sur des milices ethniques déchaînées.

Le jeune pays "a été laissé sans surveillance par une communauté internationale divisée et inefficace", estime M. von Habsburg-Lothringen.

Selon Casie Copeland, de l'International Crisis Group (ICG), la détermination affichée des deux camps de s'investir dans les négociations censées reprendre d'ici à fin avril à Addis Abeba, n'est qu'une façade et ils n'ont en fait aucune intention de mettre fin aux combats. Un cessez-le-feu péniblement signé le 23 janvier n'a jamais été respecté.

"Les deux parties préfèrent actuellement chercher une solution sur le champ de bataille plutôt que par la négociation (...) désormais l'engagement de chaque camp pour une solution négociée est très faible", a-t-elle expliqué, appelant à une "action politique (internationale) concertée".

John Prendergast, cofondateur du Projet Enough! de prévention des génocides, confirme: seule "une initiative à haut niveau de la communauté internationale" incluant Washington - soutien historique de la rébellion sudiste désormais au pouvoir à Juba et parrain de l'indépendance du Soudan du Sud - a une petite chance d'empêcher le pays de replonger dans un conflit de longue durée.

- Menaces de sanctions -

Selon cet ancien directeur Afrique au Conseil national de sécurité (NSC) sous la présidence de Bill Clinton, "quelqu'un doit aller au Soudan du Sud et aux négociations d'Addis, quelqu'un de très haut placé dans l'administration américaine (...) et faire passer des messages forts en continuant de les marteler ensuite".

Ces "messages forts" devront inclure des menaces de sanctions contre les dirigeants gouvernementaux et rebelles. "Les deux camps commettent des atrocités, dont il est facile de dire +nous allons nous en prendre à des individus des deux côtés+ - il y a une dose d'impartialité - avec des sanctions ciblées très spécifiques".

"Quand vous commencez à geler les avoirs, saisir les voitures et les maisons, au Kenya et en Ethiopie, qui appartiennent à la plupart des responsables au gouvernement et dans la rébellion, quand vous commencez à renvoyer leurs enfants chez eux, alors on commence à avoir leur attention", martèle M. Pendergast.

Human Rights Watch (HRW) a de son côté appelé le Conseil de sécurité de l'ONU, qui doit se réunir mercredi, à "réagir" et infliger des sanctions aux responsables des deux camps pour leur "faire comprendre (...) qu'ils vont payer le prix de leurs crimes", faute de quoi les massacres continueront.

Outre les Etats-Unis, apathiques jusqu'ici, la Chine a également un rôle à jouer, selon les analystes, car elle a massivement investi - au côté notamment de l'Inde et de la Malaisie - dans le secteur pétrolier sud-soudanais, aujourd'hui au bord de l'effondrement.

Selon Casie Copeland, Pékin est désormais sous pression pour agir, "afin de protéger ses investissements pétroliers" au Soudan du Sud: "La Chine est de plus en plus frustrée par le gouvernement sud-soudanais et pense de plus en plus à s'impliquer plus fermement dans les affaires internes d'une autre nation, quelque chose que, typiquement, d'habitude, elle ne fait pas".

burs-pjm-sas/ayv/aub

PLUS:hp