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Paris s'engage à respecter en 2015 son obligation européenne de 3% de déficit

23/04/2014 11:41 EDT | Actualisé 23/06/2014 05:12 EDT

La France a confirmé mercredi son intention de ramener en 2015 son déficit public à 3% du Produit intérieur brut (PIB), une obligation à l'égard de Bruxelles, au prix d'un plan de rigueur sans précédent en France critiqué par une partie de la gauche.

L'annonce des prévisions budgétaires jusqu'en 2017 intervient alors que l'exécutif peine à reconquérir une opinion lassée de l'impuissance des socialistes à relancer la croissance et à faire baisser le chômage.

Le nouveau Premier ministre, Manuel Valls, apôtre du social-libéralisme, a la difficile tâche de convaincre sa propre majorité parlementaire de la poursuite de la politique de rigueur. Et fait pour cela preuve d'un grand optimisme.

Le ministre des Finances Michel Sapin, accompagné du secrétaire d'Etat au Budget Christian Eckert, a ainsi livré le "programme de stabilité", un exercice de prévisions pluriannuel auquel se soumettent depuis l'an dernier tous les Etats membres de la zone euro.

Il a confirmé mercredi l'intention de Paris de ramener le déficit public à 3% du PIB en 2015, mais seulement après une étape à 3,8% cette année. Le ministre des Finances a affirmé que ce retour à 3%, seuil de tolérance dans la zone euro, n'était "pas une question de fétichisme ou de soumission".

En 2013, le déficit public du pays avait atteint 4,3% du PIB.

Repoussé d'une semaine en raison du remaniement, le texte doit être soumis au vote de l'Assemblée nationale mardi prochain, avant d'être adressé à la Commission européenne.

Celle-ci dira d'ici à un mois si elle croit ou non à cette stratégie, sachant que la France a été placée début mars sous surveillance, comme l'Espagne et l'Irlande, après avoir bénéficié déjà de deux reports pour atteindre l'objectif de 3%.

Parallèlement, Paris espère une reprise de la croissance, au prix d'une amélioration de la conjoncture internationale, avec notamment une reprise des exportations, mais aussi grâce à sa politique d'allègements fiscaux et sociaux.

Le gouvernement table ainsi sur une croissance du PIB de 1% en 2014. Et prévoit une progression régulière jusqu'à 2,25% en 2016 et 2017.

- 50 milliards d'économies -

Pour convaincre la Commission de Bruxelles, gardienne des engagements budgétaires, la France brandit un autre chiffre : 50 milliards d'euros d'économies.

"50 milliards d'économies sur 2015-2017 par rapport au rythme naturel d'évolution, c'est ce qu'il faut pour ramener la progression de la dépense publique au rythme de l'inflation, c'est ce qui nous permettra de poursuivre la réduction des déficits sans augmentation d'impôt", assure le ministère des Finances.

Déjà très critiqué dans les rangs socialistes, ce plan d'économies concerne pour 21 milliards la protection sociale, 18 milliards l'Etat et 11 milliards les collectivités territoriales. Il touche notamment aux prestations sociales, dont les petites retraites, ainsi que le gel des salaires des fonctionnaires.

Le secrétaire d'Etat au Budget, Christian Eckert, a précisé que le gouvernement avait décidé de concentrer près de la moitié des 50 milliards d'économies sur l'année 2015 avec un effort de 21 milliards. L'année suivante l'effort portera sur 16 milliards tandis que les 13 milliards restants porteront sur 2017.

Mais ces économies s'"articulent", assure le gouvernement, avec le pacte de responsabilité et de solidarité : un allègement de 30 milliards des cotisations patronales, auxquels s'ajoutent plus de 10 milliards de baisse de la fiscalité (d'ici à 2017) sur les entreprises et cinq milliards de mesures sociales et fiscales pour les ménages. Le gouvernement espère que cela générera 200.000 emplois.

Mardi encore, le Premier ministre Manuel Valls a reçu des députés socialistes qui, sans contester l'ordre de grandeur, veulent modifier la répartition pour épargner les fonctionnaires et les petites retraites.

Ces mesures de rigueur interviennent après le camouflet infligé à la gauche aux élections municipales fin mars qui ont vu une victoire de la droite et une percée historique de l'extrême droite. Le président François Hollande, au plus bas dans les sondages et qui n'a pas réussi à inverser en 2013 la courbe du chômage, a déclaré qu'il n'aurait "aucune raison d'être candidat" à un second mandat en 2017 si le chômage ne baissait pas d'ici là.

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