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Naufrage/Corée: le traumatisme des parents, des rescapés et des secouristes

23/04/2014 01:33 EDT | Actualisé 22/06/2014 05:12 EDT

Des centaines de personnes, en majorité des adolescents, sont probablement mortes dans le naufrage en Corée du Sud, plongeant leurs proches dans la douleur. Et le fardeau psychologique à porter pour les 174 rescapés et les secouristes traumatisés sera très lourd.

Le Sewol avait 476 personnes à bord lorsqu'il a sombré au large de la côte sud de la Corée, le 16 avril au matin. L'immense majorité était des lycéens en voyage scolaire, accompagnés d'une dizaine de professeurs.

Les proches des quelque 300 morts ou disparus, souvent des parents dont l'enfant n'est plus, sont à l'agonie, mais les rescapés ne parviennent pas à se sortir du cauchemar, selon les témoignages.

Le fardeau psychologique, la culpabilité du survivant, a été trop lourde pour le proviseur adjoint du lycée, qui avait réchappé aux flots. Il s'est pendu deux jours après le naufrage.

"Survivre seul est trop dur... J'endosse toute la responsabilité" avait-il écrit dans une lettre retrouvée dans son portefeuille. "Qu'on disperse mes cendres sur le lieu du naufrage".

Sur les 352 lycéens à bord, 70 ont survécu et peinent à imaginer revenir dans des classes décimées.

Les médecins et psychologues mettent en garde contre le stress post-traumatique de ces adolescents, et le porte-parole des parents dont les enfants ont survécu a appelé à l'aide.

"Ils disent qu'ils se sentent coupables", a déclaré Jang Dong-Won lors d'une conférence de presse. Beaucoup n'osent plus regarder à travers une fenêtre "de peur de voir l'eau s'engouffrer".

"Nous devons nous occuper de tous: ceux qui sont morts, ceux qui sont disparus et ceux qui ont survécu", a-t-il ajouté, la voix étranglée par les larmes.

- Risques de suicides -

Sur Jindo, l'île voisine du site de la catastrophe, les proches des disparus sont épuisés et brisés. Ils campent depuis une semaine dans le gymnase de l'île, qui ressemble à un camp de refugiés à la dérive.

Après s'être raccrochés quelques jours à l'espoir de retrouver des rescapés, peut-être réfugiés dans des poches d'air, les familles guettent maintenant l'arrivée au port des corps dégagés du ferry.

Lorsqu'on les appelle -- parce que l'équipe légiste a retrouvé des pièces d'identité, ou que les vêtements correspondent aux descriptions données par les proches --, il leur faut identifier le corps, dans une morgue de fortune installée sous des tentes.

"C'est un chaos d'émotions. Le choc, l'incrédulité, la colère et le chagrin s'entrechoquent dans leur esprit", constate Sohn Jee-Hoon, un des dizaines de professionnels qui aident les familles dans cette épreuve.

La situation est "préoccupante", selon le thérapeute. Beaucoup sont si traumatisés qu'ils ne songent même pas à demander de l'aide.

D'autant que le soutien psychologique est peu répandu en Corée du Sud: y faire appel est un signe de faiblesse, estiment encore beaucoup de personnes. Le pays affiche pourtant le taux de suicide le plus élevé parmi les nations de l'OCDE: 33,5 pour 100.000 habitants.

Pour Ha Jung-Mi, psychiatre lui aussi envoyé à Jindo, les proches qui "n'ont pas un réseau de soutien risquent de mettre fin à leurs jours".

L'impact psychologique de cette catastrophe se fera aussi sentir, pendant longtemps, chez les secouristes, et notamment les plongeurs qui récupèrent les dizaines de corps prisonniers du ferry, selon le psychiatre.

Lee Jun-Ho, un plongeur civil volontaire -- comme des dizaines d'autres qui participent aux opérations -- a passé des heures à remonter les couloirs inondés du ferry, dans le noir absolu, à la recherche de corps d'enfants.

"C'était affreux d'être soudain face à face à un corps qui flotte dans l'eau", dit-il à l'AFP. "C'est dur de trouver le sommeil le soir".

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