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Les vieux wagons-citernes DOT-111 disparaîtront petit à petit au Canada

23/04/2014 01:12 EDT | Actualisé 23/06/2014 05:12 EDT

OTTAWA - Le gouvernement fédéral a ordonné mercredi qu'il soit immédiatement interdit d'utiliser pour le transport des marchandises dangereuses les 5000 plus anciens wagons-citernes en circulation. Quant au reste des vieux wagons DOT-111, ils devront être enlevés des rails ou modernisés d'ici trois ans s'ils servent à acheminer du pétrole et de l'éthanol.

Voilà certaines des réponses données par Ottawa aux recommandations du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) dans le cadre de son enquête sur le déraillement de train qui a enflammé et détruit le centre-ville de Lac-Mégantic, en faisant 47 morts, le 6 juillet 2013.

La ministre fédérale des Transports, Lisa Raitt, a émis un «ordre préventif» afin de retirer d'ici 30 jours les 5000 wagons-citernes de classe DOT-111 qui sont «les moins résistants aux impacts.» Ils ne pourront plus transporter de matières dangereuses mais pourront toujours être utilisés pour des céréales ou autres marchandises.

Par ailleurs, Transports Canada exige que tous les wagons-citernes DOT-111 — ceux fabriqués avant la nouvelle norme de janvier 2014 — et utilisés pour transporter du pétrole brut et de l'éthanol, soient retirés ou modernisés d'ici trois ans. Environ 65 000 de ces wagons sont en circulation en Amérique du Nord, dont le tiers roulerait au Canada.

«Au 1er mai 2017, les wagons qui ne rencontreront pas ces critères ne pourront entrer au Canada», a soutenu la ministre Raitt, en point de presse.

Un plan «ambitieux», a-t-elle ajouté au sujet de l'échéancier.

La facture de ces mesures sera absorbée par l'industrie, a-t-elle précisé. Mais elle n'a fourni aucun estimé des coûts, ni commenté si ceux-ci seront refilés aux consommateurs dans le prix des biens de consommation qu'ils achèteront.

«Peu importe les coûts, a-t-elle lancé, nous sommes déterminés à avoir un système sécuritaire.»

Questionnée sur ce délai de trois ans accordé à l'industrie, et si elle pouvait assurer aux citoyens qu'une autre tragédie comme celle de Lac-Mégantic ne se reproduira pas dans l'intervalle, la ministre s'est voulue rassurante, sans pouvoir offrir de garantie.

«Nous faisons tout ce que nous pouvons», a-t-elle assuré, signalant que le Canada est un chef de file sur le continent.

Pour elle, la période de trois ans est un équilibre entre «les bénéfices de sécurité et le coût pour l'industrie». Il faut aussi tenir compte du fait que les manufacturiers doivent avoir le temps de fabriquer les nouveaux wagons, sinon le transport des marchandises ne se fera pas.

«Nous avons des contraintes de pipelines sur ce continent», a dit la ministre, critiquant à mots couverts l'opposition à la construction d'oléoducs, un projet très prisé par les conservateurs. «Ce serait bien de voir plus de pipelines en construction», a-t-elle ensuite ajouté.

En janvier dernier, Ottawa avait annoncé des normes plus sévères pour la construction des nouveaux wagons DOT-111 qui prévoyaient l'utilisation d'un acier plus épais et des boucliers protecteurs. Ottawa avait auparavant émis certaines règles, comme l'interdiction de laisser des trains sans surveillance sur la voie principale et des équipages à un seul conducteur.

Parmi les autres règles annoncées mercredi, les transporteurs ferroviaires seront contraints de mettre sur pied des plans d'urgence pour tous les convois d'hydrocarbures.

Enfin, Ottawa exigera que les compagnies de chemin de fer réduisent la vitesse des convois qui transportent des marchandises dangereuses.

La Fédération canadienne des municipalités a bien accueilli l'annonce. Surtout en ce qui concerne l'élimination graduelle ou la modernisation des wagons DOT-111 d'ici trois ans.

«On avait entendu sept ans ou 10 ans, ce qui était inacceptable», a indiqué mercredi en point de presse son président Claude Dauphin. «Trois ans, c'est un très bon échéancier».

La mairesse de Lac-Mégantic, Colette Roy-Laroche s'est dite, elle aussi, satisfaite.

Elle aurait toutefois aimé voir des mesures pour imposer des garanties d'assurance plus importantes aux transporteurs ferroviaires, question que ce ne soient pas les contribuables qui écopent de la facture en cas de catastrophe et de contamination.

La mairesse n'a pas voulu dire si ces mesures annoncées mercredi auraient pu empêcher le drame survenu dans sa petite ville de l'Estrie.

«La tragédie est un ensemble de circonstances», a-t-elle dit.

Diplomate, elle a évité de blâmer Ottawa, refusant aussi de dire si ses citoyens avaient fait les frais d'années de négligence en matière de sécurité ferroviaire.

«Il faut regarder vers l'avant. C'est ce que nous essayons de faire, sans oublier ce qui s'est passé.»

Rien n'a été conclu quant à la construction d'une voie ferroviaire pour contourner la ville de Lac-Mégantic, comme l'exigent les citoyens. Mme Roy-Laroche affirme qu'une étude de faisabilité doit être effectuée avant d'amorcer les discussions avec le ministre de l'Infrastructure.

Quant au Nouveau Parti démocratique (NPD), il se réjouit que la ministre des Transports ait enfin annoncé un plan de retrait des wagons-citernes DOT-111.

Mais le chef Thomas Mulcair estime toutefois que les mesures du fédéral ne sont pas suffisantes pour protéger les citoyens.

«Les communautés seront en danger encore pour des années», a-t-il lancé, ayant pris connaissance des grandes lignes avant l'annonce officielle.

Plutôt que de laisser trois ans aux transporteurs pour se débarrasser des wagons DOT-111, il aurait préféré que ceux-ci aient l'obligation de demander la permission à Transport Canada avant d'utiliser des wagons vétustes.

«C'est dangereux pour le public, un point c'est tout.»

«Les conservateurs, face à l'entreprise privée, ils vont toujours plier l'échine», a-t-il critiqué.

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