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Les sept défis de l'Afrique du Sud pour les 20 ans à venir

23/04/2014 04:17 EDT | Actualisé 22/06/2014 05:12 EDT

En vingt ans, l'Afrique du Sud démocratique a fait des pas de géant pour sortir de la pauvreté plusieurs millions d'habitants. Mais l'avenir est tout sauf rose, soulignent les experts, en raison des énormes défis encore à relever, notamment le chômage chronique.

- CREER DES EMPLOIS

Véritable gageure, la création d'emplois nécessiterait une croissance bien plus dynamique et une population mieux formée. Le taux de chômage est d'environ 25% mais il atteint 40% dans les statistiques officielles en incluant les millions d'actifs ayant renoncé à chercher du travail.

"Il faudrait des investissements massifs en capital pour financer un doublement de l'activité économique", souligne Frans Cronje, directeur de l'institut pour les relations raciales (SAIRR). "Il n'y a aucun moteur pour la création d'emplois", ajoute l'économiste Chris Hart du cabinet Investment Solutions. "On ne peut pas dire que nous n'avons pas de petites et moyennes entreprises, mais nous n'en avons pas assez".

- AMELIORER LE SYSTEME EDUCATIF

Les inscriptions à l'université explosent depuis la fin du régime de ségrégation raciale, mais l'école publique de base est d'une qualité très inégale, et parfois épouvantable. Ceux qui en ont les moyens mettent leurs enfants dans les établissements privés.

"La politique éducative sur le papier a changé mais la mise en oeuvre reste encore un problème", souligne l'analyste indépendant Ralph Mathekga. "L'incapacité à relever les défis de l'école signifie que le système éducatif va continuer à rester le maillon faible".

- REDUIRE LES INEGALITES

Pays à revenu moyen, l'Afrique du Sud est l'un des plus inégaux au monde et environ 45% des habitants (23 millions) vivent dans la pauvreté, selon des données 2011 officielles.

"La plus grande source d'inégalité est l'emploi. Ne pas avoir de travail crée une inégalité même par rapport au salarié le plus chichement payé", souligne M. Hart.

Le revenu moyen d'une famille noire est environ un tiers inférieur à la moyenne nationale (11.900 dollars).

L'extrême pauvreté a diminué mais principalement grâce à l'aide sociale. Des salaires de base plus élevés contribueraient à changer la donne selon M. Hart. Mais actuellement, une heure de travail d'une domestique payée au minimum légal permet à peine d'acheter un pain.

- JUGULER LA CRIMINALITE

L'Afrique du Sud reste fortement exposée à la criminalité violente même si le nombre d'homicides a été divisé par deux depuis 1994 (plus de 16.000 d'avril 2012 à mars 2013), et les habitants n'ont qu'une confiance très limitée dans les forces de police.

"A très long terme, cela peut se résoudre de deux façon, une police plus efficace et un changement des conditions socio-économiques", estime M. Cronje. "La criminalité est élevée car beaucoup de jeunes gens sont au chômage", ajoute le politologue Shannon Ebrahim et ancien conseiller présidentiel.

- STOPPER LA CORRUPTION

Dotée d'institutions démocratiques exemplaires depuis 1994, l'Afrique du Sud est minée par l'incompétence et le manque d'intégrité de nombreux responsables ANC.

La corruption et le népotisme privent les administrés d'importantes ressources publiques et alimentent la contestation populaire. Les manifestations violentes, pour ne pas dire les émeutes, restent très localisées mais sont en constante augmentation depuis dix ans.

"C'est un suicide politique pour l'ANC de continuer à défendre des exemples de corruption aussi grossier que Nkandla", souligne M. Cronje, en référence au scandale de la résidence privée du président Jacob Zuma rénovée au frais de l'Etat.

- POURSUIVRE LA LUTTE CONTRE LE SIDA

En dix ans, les autorités sud-africaines ont fait des progrès spectaculaires. La peur de mourir du sida dans un pays comptant 12,2% de séropositifs (environ 6,4 millions de Sud-Africains) a diminué grâce à la distribution de traitements anti-rétroviraux (ARV).

Mais les comportements de prévention se relâchent, l'usage du préservatif a diminué et les femmes sont plus contaminées que les hommes, fragilisées par des relations de couple inégales ou la pauvreté qui pousse des adolescentes dans les bras de partenaires plus âgés.

- DEVELOPPER LOGEMENT ET INFRASTRUCTURES

Réputée pour son réseau routier et ses infrastructures comparables à un pays développé, l'Afrique du Sud souffre de leur vieillissement. Par ailleurs, les grandes villes sont cernées de bidonvilles où s'entassent des millions de pauvres (13% de la population environ), parfois sans eau courante ni électricité.

Il y a un besoin urgent d'entretien et d'aggrandissement pour répondre au boom démographique et favoriser l'activité économique. Le frêt ferroviaire reste sous-développé tandis que les routes sont dégradées et dangereusement encombrées par les camions.

Or, "ces infrastructures sont la clé pour que les entreprises investissent et créent des emplois", souligne M. Hart.

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