POLITIQUE

Nouveau cabinet ministériel: enseignants et étudiants déplorent la disparition de l'Enseignement supérieur

23/04/2014 03:04 EDT | Actualisé 23/06/2014 05:12 EDT
PC

MONTRÉAL - La disparition du ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie (MESRST) déçoit les acteurs du milieu de l'éducation postsecondaire — mais aussi et surtout, son ancien titulaire.

Le MESRST aura officiellement existé pendant à peine trois mois: le projet de loi 45 visant la création juridique du ministère avait fait l'objet d'interminables débats en commission parlementaire avant d'être finalement adopté, le 5 décembre 2013.

Les péquistes avaient accusé les députés du Parti libéral du Québec (PLQ) de faire de l'obstruction. Son ancien titulaire, Pierre Duchesne, l'avait dénoncé à maintes reprises.

Le candidat défait dans la circonscription de Borduas s'est dit attristé de la refonte annoncée mercredi par le nouveau premier ministre libéral Philippe Couillard.

«Je déplore la disparition, d'une certaine façon, du ministère de l'Enseignement supérieur. Il y avait, sous l'ancien gouvernement, deux ministres consacrés à l'éducation. (...) On était deux et on avait les mains pleines, moi et Mme (Marie) Malavoy», a-t-il laissé tomber en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne.

«Je dirais que le nouveau gouvernement fait reculer l'éducation comme priorité», a-t-il poursuivi, disant avoir été «surpris» de la nomination d'Yves Bolduc à la tête de la nouvelle mouture du ministère de l'Éducation.

Le MESRST avait été créé dans la foulée de la crise étudiante du printemps 2012. Il a chapeauté le Sommet sur l'enseignement supérieur de février 2013, lequel a mené à la création de cinq chantiers.

L'adoption d'une loi-cadre sur les universités ainsi que la création d'un conseil national des universités étaient dans les cartons à la suite des recommandations de deux de ces chantiers — les travaux de deux autres chantiers (l'offre de formation collégiale et la politique de financement des universités) ne sont par ailleurs pas complétés.

«On va avoir une flopée de questions pour le nouveau ministre», a prévenu Caroline Senneville, présidente de la Fédération nationale des enseignants et des enseignantes du Québec (FNEEQ-CSN).

«Yves Bolduc n'a aucune expérience, de près ou de loin, dans aucun domaine de l'éducation. On ne l'a pas vue venir (sa nomination). Ceci dit, on verra. C'est clair qu'il y aura une appropriation des dossiers à faire», a-t-elle ajouté.

En annonçant la composition de son conseil des ministres, mercredi, le premier ministre Couillard a ainsi confirmé ce que redoutait la FNEEQ-CSN ainsi que deux fédérations étudiantes collégiale et universitaire.

Ces derniers avaient interpellé les libéraux au lendemain des élections afin de plaider en faveur du maintien de ce ministère.

Mais comme l'a confirmé le premier ministre fraîchement assermenté au Salon rouge de l'Assemblée nationale, l'ancien ministre de la Santé sous Jean Charest, Yves Bolduc, hérite d'un ministère de l'Éducation qui englobe le dossier de l'Enseignement supérieur.

«C'est un recul, parce que ce ministère-là permettait de faire progresser plus rapidement des projets pour les réseaux collégial et universitaire et de mieux prioriser les enjeux auxquels ils faisaient face et d'y répondre de façon plus systématique», a fait valoir la présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec, Éliane Laberge.

La leader étudiante, dont le mandat se terminera le 1er juin, a affirmé qu'elle «interprétait plutôt mal» la décision des libéraux de fusionner de nouveau le ministère. Sport, loisirs, enseignements préscolaire, primaire, secondaire, collégial et universitaire: les dossiers sont nombreux et la tâche sera «colossale», a prédit Mme Laberge.

Même son de cloche du côté de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).

«Les enjeux de l'enseignement supérieur et ceux des réseaux primaire et secondaire sont clairement différents. Ça prendrait quelqu'un dont la tâche porte à 100 pour cent sur l'un et l'autre, pas les deux en même temps», a souligné le président du regroupement, Tierry Morel-Laforce.

De son côté, le Bureau de coopération interuniversitaire (BCI), anciennement connu sous le nom de la CREPUQ, n'a pas souhaité réagir au retour du ministère de l'Enseignement supérieur dans le giron de celui de l'Éducation.

«Le Bureau de coopération interuniversitaire n'a plus le mandat d'intervenir publiquement sur de tels enjeux», a écrit dans un courriel Danielle Briand, secrétaire du regroupement.

«Notre service des communications a été aboli l'an dernier à la suite de la restructuration de notre entreprise», a-t-elle ensuite précisé.

Quant à l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), qui avait boycotté le Sommet de l'éducation, elle n'a pas souhaité réagir dans l'immédiat.

Tant du côté de l'ex-ministre Duchesne que de celui des fédérations étudiantes, on s'inquiète pour l'avenir de la Politique nationale de la recherche et de l'innovation (PNRI) lancée en octobre 2013.

Pierre Duchesne ne voit pas tout à fait d'un bon oeil le transfert du dossier de l'innovation vers le ministère économique piloté par Jacques Daoust, ancien président et chef de la direction d'Investissement Québec.

«Maintenant, la recherche est à l'éducation et l'innovation est maintenant sous l'autorité du développement économique. On vient de déchirer cette fonction-là entre deux ministres, s'est-il désolé. Il ne faut surtout pas faire comme Ottawa et faire de la division entre deux types de recherches. Ça m'inquiète.»

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