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Après l'affaire Snowden, un sommet pour contester l'hégémonie américaine sur l'internet

23/04/2014 11:46 EDT | Actualisé 23/06/2014 05:12 EDT

Dans la foulée du scandale des écoutes de la NSA, le Brésil accueille mercredi et jeudi à Sao Paulo un sommet international sans précédent voué à remettre en cause la tutelle américaine sur la gouvernance de l'internet.

Dès l'ouverture des débats, la présidente brésilienne Dilma Rousseff a affirmé mercredi qu'"aucun pays ne doit avoir plus de poids que les autres" dans la gouvernance de la toile.

Cette gouvernance "doit être multipartite, transparente et ouverte à tous. Nous voulons vraiment avoir des relations qui soient plus démocratiques", a martelé Mme Rousseff devant les représentants de plus de 80 pays réunis dans la mégapole brésilienne.

Le sommet NETmundial est censé poser les jalons d'une gouvernance mondiale appelée de ses voeux par Mme Rousseff devant l'ONU en septembre 2013. Gouvernements, universitaires, instituts techniques, acteurs privés et ONG doivent s'accorder sur des principes généraux et sur une feuille de route définissant des objectifs pour le futur du réseau qui vient de fêter ses 25 ans.

"Notre idée n'est pas de remplacer ce qui existe, mais de créer une nouvelle base pour ce débat", a souligné la présidente brésilienne.

Dans une volonté manifeste de donner un élan à cette réunion, Mme Rousseff a signé à l'ouverture du NETmundial la promulgation du "Cadre civil" pour l'internet voté mardi soir par le Congrès brésilien.

Présenté par le gouvernement comme une véritable "Constitution de l'internet", le texte garantit la liberté d'expression mais surtout la protection de la confidentialité de l'usager contre toute violation et utilisation indue de ses données, désormais passibles de sanctions ad-hoc.

"L'espace internet doit être un territoire de confiance, de droits humains, de citoyenneté, de collaboration et de paix", a insisté Mme Rousseff.

A l'été 2013, les révélations de l'ex-consultant Edward Snowden sur les écoutes de la NSA sur les communications de la présidence brésilienne avaient déclenché l'ire de Brasilia, incitant Mme Rousseff à vouloir remettre de l'ordre dans la maison internet pour que de tels agissements ne puissent se reproduire.

Peu après le scandale des écoutes, Dilma Rousseff a avancé l'idée devant les Nations unies d'un contrôle multilatéral de l'utilisation d'internet, faisant également écho aux aspirations de plusieurs organismes du net soucieux de leur indépendance vis à vis de Washington.

- Washington joue le jeu -

Pour des raisons principalement historiques, les Etats-Unis contrôlent ou hébergent les principaux organismes administrant les adresses, noms de domaines, normes et protocoles du web, ce qui provoque depuis plusieurs années frustrations et grincements de dents parmi les acteurs du net et certains gouvernements.

Longtemps inflexibles, les Etats-Unis ont plié sous la pression diplomatique le mois dernier en cédant du terrain sur la supervision de l'Icann ("Internet Corporation for Assigned Names and Numbers"), l'organisme qui délivre notamment les noms de domaine sur internet, comme .com ou .gov, et dont le siège se trouve en Californie.

Dans la foulée des déclarations américaines, une transition vers un nouveau statut de l'Icann a déjà été engagée avec janvier 2015 comme échéance.

Mercredi, Mme Rousseff a "salué la décision" prise par Washington "de revoir son lien institutionnel" avec l'Icann.

"Ce serait un acte symbolique de changer la relation particulière entre l'Icann et des Etats-Unis. Il faut marquer une distance", souligne à l'AFP le vice-président de l'Icann pour l'Amérique latine Rodrigo de La Parra.

Affichant sa volonté de collaborer au NETmundial, Washington a été associé à son organisation avec 11 autres pays. Mardi, le Département d'Etat s'est dit "enthousiaste" à l'idée de "développer une vision partagée pour un modèle multi-acteurs de la gouvernance d'internet en quête d'un système plus ouvert, participatif et réactif".

Baptisé NETmundial en cette année de Coupe du monde au Brésil, cette réunion internationale s'est donnée comme délicate mission de concilier les intérêts de pays victimes de l'espionnage de la NSA (Brésil, Allemagne, Mexique...), d'Etats contrôlant accès et contenu internet (Chine), d'acteurs privés jalousant leur liberté (Google) et de libertaires radicaux (WikiLeaks).

"Ils n'ont pas tous les mêmes opinions, mais nous souhaitons des actions concrètes", a annoncé le président du sommet Virgilio Almeida dans un entretien à l'AFP.

Face à une telle gageure, beaucoup craignent que le document final soit dénué de substance. Mais même s'ils ne seront pas contraignants, ces principes auront le mérite de marquer le point de départ d'une véritable gouvernance mondiale.

"Il est clair que ce qui va être défini ici sont des principes généraux, on ne va pas résoudre tous les problèmes, mais on va donner une direction au futur d'internet", avance M. de la Parra.

ag/bir

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