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Une semaine après le naufrage du ferry coréen, l'agonie des proches des disparus

22/04/2014 11:57 EDT | Actualisé 22/06/2014 05:12 EDT

Une semaine après le naufrage du Sewol, un ferry sud-coréen avec des centaines de passagers à bord, plus de 120 corps ont été récupérés et 180 personnes, des lycéens pour la plupart, manquent à l'appel, une attente qui prolonge l'agonie des parents.

Chaque matin, les familles des disparus se rassemblent dans le port de Jeju, l'île voisine du lieu de la catastrophe, et attendent l'arrivée des corps, débarqués des bateaux qui effectuent l'aller-retour entre le site du naufrage et l'île.

Selon le bilan communiqué mercredi, les plongeurs ont récupéré 136 corps, et 166 personnes sont toujours portées disparues, présumées mortes.

Le ferry, qui transportait 476 personnes, a sombré mercredi 16 avril, à 09H00 du matin, au large de la côte méridionale de la Corée, alors qu'il faisait route vers l'île touristique de Jeju. Plus de 350 passagers étaient des lycéens, en voyage scolaire, accompagnés d'une dizaine de professeurs.

Ils fréquentaient l'école Danwon, à Ansan, une ville au sud de Séoul, devenue la capitale du deuil dans un pays sous le choc. Quelque 280 écoliers sont morts ou disparus. Le proviseur adjoint, qui avait survécu au naufrage, s'est pendu deux jours plus tard.

L'établissement accueille un mémorial dans le gymnase: des corbeilles de chrysanthèmes blancs, jaunes et verts, entourent les portraits de 22 lycéens dont les funérailles ont déjà eu lieu.

Au-dessus d'un mur de fleurs flotte une banderole: "nous prions pour les âmes de ceux qui sont partis".

- Cris perçants et sanglots -

Dans le port de Jindo, les derniers corps arrivés sont amenés dans des tentes où se déroule le processus d'identification.

"Je suis ici pour vous aider à reconnaître les personnes décédées", explique un membre de l'équipe de médecins légistes à des familles de disparus, appelées sous la tente car les vêtements ou pièces d'identité retrouvés sur les corps juste amenés correspondent à la description de leur proche.

"Nous avons lavé les corps mais nous n'avons pas retiré les habits afin que vous puissiez les identifier plus facilement", ajoute-t-il, avant de se retirer avec eux dans une pièce fermée aux journalistes.

Quelques minutes plus tard, la pièce retentit de cris perçants et de sanglots. Très souvent des parents qui viennent de reconnaître leur enfant, adolescent.

Les Sud-Coréens ont du mal à comprendre qu'une tragédie de telle ampleur ait pu avoir lieu dans leur pays. Les parents des victimes, la presse et l'opinion publique expriment leur incompréhension, leur colère et leur douleur dans de violentes critiques adressées aux autorités en général: gouvernements, garde-côtes, secouristes, la compagnie du ferry.

Mercredi matin, les enquêteurs ont perquisitionné plusieurs sociétés liées à la compagnie maritime qui possède le Sewol, la Chonghaejin Marine Company.

L'enquête porte sur des soupçons de "corruption au sein de la direction", a indiqué à l'AFP Kim Hoe-Jong, un des juges chargés de l'affaire.

Plus de 70 responsables de la compagnie sont interdits de sortie du territoire pendant au moins trente jours.

- Un seul canot à la mer -

Dans la presse, le capitaine du ferry, Lee Joon-Seok, est voué aux gémonies. Arrêté avec six membres de l'équipage, il est poursuivi pour négligence et carence dans la sécurité d'autrui. Deux autres membres ont été interpellés mardi soir.

Il lui est reproché d'avoir paniqué et tardé à évacuer le bateau lorsqu'il était encore temps, après un choc qui a immobilisé le ferry mais avant qu'il ne pique du nez vers le fond -- un laps de temps de 40 minutes --.

Il est aussi vertement critiqué pour avoir abandonné le navire alors que des centaines de passagers étaient à bord, piégés.

L'équipage a tenté d'accéder aux canots de sauvetage mais "le navire penchait trop", selon un des marins rescapés. Un seul des 46 canots avait été lancé à la mer.

Des communications, rendues publiques ce week-end, entre le navire et les autorités maritimes montrent un équipage paniqué, incapable de prendre une décision, alors que le Sewol, immobilisé, est près de sombrer.

Le capitaine, 69 ans et de longues années d'expérience, et deux-tiers de l'équipage font partie des 174 personnes récupérées vivantes, tout de suite après le naufrage.

La présidente de la Corée du Sud, Park Geun-Hye, a assimilé les actes du capitaine et de certains membres de l'équipage à "un meurtre".

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