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Ukraine: Joe Biden attendu à Kiev en pleine insurrection séparatiste dans l'Est

21/04/2014 04:48 EDT | Actualisé 20/06/2014 05:12 EDT

La Russie a accusé lundi les autorités ukrainiennes pro-occidentales de violer l'accord de Genève censé à mettre fin à l'escalade dans l'Est en proie à une insurrection séparatiste, quelques heures avant l'arrivée à Kiev du vice-président américain Joe Biden.

"Non seulement, l'accord de Genève n'est pas respecté mais des mesures sont prises, notamment par ceux qui se sont emparés du pouvoir à Kiev, qui l'enfreignent grossièrement", a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

La signature jeudi, à la surprise générale, de ce compromis entre l'Ukraine, la Russie, les Etats-Unis et l'Union européenne avaient créé un espoir d'apaisement de la crise la plus grave depuis la Guerre froide entre Moscou et les Occidentaux.

Mais depuis, Américains et Russes s'accusent mutuellement de manque de volonté à mettre en oeuvre le document qui prévoit notamment le désarmement des groupes armés illégaux et l'évacuation des bâtiments occupés dans les villes ukrainiennes, dans la capitale comme dans l'Est.

Sur le terrain, aussi bien les séparatistes pro-russes dans l'Est que les nationalistes pro-occidentaux à Kiev continuent de tenir leurs positions. La confrontation est même montée d'un cran dimanche, jour de Pâques, à Slaviansk, la place forte des pro-russes, où une fusillade a fait cinq morts selon les séparatistes et trois selon Kiev.

L'attaque a provoqué l'indignation de Moscou, qui a dénoncé le sort des "victimes innocentes". Elle a poussé le maire autoproclamé de la ville, Viatcheslav Ponomarev, à demander solennellement au président russe Vladimir Poutine d'envoyer des forces de "maintien de la paix" dans la région russophone, ou au moins des armes pour repousser les paramilitaires nationalistes qui selon lui menacent la population.

Cet appel à Moscou, qui a reconnu avoir massé des troupes à la frontière, rappelle celui des dirigeants de la Crimée au président russe avant le référendum conduisant à son rattachement à la Russie.

- La Russie 'sait ce qu'elle veut' -

Depuis la perte par Kiev de la Crimée, les Etats-Unis et l'Union européennes ont appliqué des sanctions contre de hauts responsables russes. Washington, qui estime que Moscou se trouve derrière les troubles dans l'Est de l'Ukraine, menace de s'attaquer désormais à des pans entiers de l'économie russe, déjà confrontées à des fuites massives de capitaux et au bord de la récession.

"Les tentatives d'isoler la Russie sont vaines, car isoler la Russie du reste du monde est impossible," a rétorqué lundi M. Lavrov. "Tout d'abord parce que nous sommes une grande puissance, indépendante et qui sait ce qu'elle veut. Et deuxièmement parce qu'une écrasante majorité de pays ne veulent pas isoler la Russie", a-t-il ajouté.

Premier haut responsable américain en visite en Ukraine depuis le secrétaire d'Etat John Kerry le 4 mars, Joe Biden doit atterrir à Kiev peu après 12H00 GMT. Le vice-président américain, qui s'est fortement impliqué dans la crise politique en Ukraine depuis son éclatement en novembre, doit rencontrer mardi le président par intérim Olexandre Tourtchinov et le Premier ministre Arseni Iatseniouk.

"Le monde a des raisons de s'inquiéter des intentions de Poutine", a lancé M. Iatseniouk dimanche sur la télévision américaine NBC.

"Il est évident aujourd'hui que la Russie est une menace pour le monde, pour l'Union européenne et pour l'Ukraine", a ajouté le dirigeant ukrainien.

A Slaviansk, les insurgés locaux ont reçu le renfort d'hommes armés de fusils d'assaut, voire de lance-roquettes, cagoulés et en uniforme sans insigne qui, selon Kiev, appartiennent aux forces spéciales russes.

- 'guerre virtuelle' -

Après avoir demandé dimanche l'aide de Moscou, qui n'a pas réagi, le maire autoproclamé de la ville, Viatcheslav Ponomarev a décrété un couvre-feu de minuit à six heures. La première nuit sous ce régime s'est passée dans le calme, a constaté l'AFP.

"On ne tirera que si on est attaqués", a assuré à l'AFP Evguen Gorbik, qui monte la garde sur une barricade bloquant la rue Karl Marx à proximité de la mairie. "Actuellement on a un président virtuel en Ukraine, une armée virtuelle et une guerre virtuelle", a observé cet homme en treillis et casquette militaire.

Mais la tension reste vive et les insurgés pro-russes sur place, font régulièrement la démonstration de leur contrôle des lieux. Un blindé, pris la semaine dernière à l'armée ukrainienne, sans combat, a traversé la ville en trombe lundi à la mi-journée dans un nuage de fumée, un grand drapeau russe flottant au vent.

Trois photographes, français, italien et bélarusse, ont été brièvement détenus et eu leur matériel contrôlé après avoir fait des images près d'une des nombreuses barricades qui permettent de filtrer les accès de Slaviansk, a raconté l'un d'entre eux à l'AFP.

Les autorités ukrainiennes ont lancé la semaine dernière une opération "antiterroriste" pour reprendre la main dans la région, mais l'envoi de chars et avions de chasse a tourné à la déroute, certains blindés passant sous contrôle des pro-russes et d'autres rebroussant chemin après avoir été bloqués une journée par de simples villageois.

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