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Soudan du Sud: l'ONU condamne les violences ethniques

21/04/2014 01:27 EDT | Actualisé 21/06/2014 05:12 EDT

NAIROBI, Kenya - Des hommes armés qui ont attaqué des civils au Soudan du Sud, dont des enfants et des personnes âgées, ont laissé «des piles et des piles» de corps, dont plusieurs dans une mosquée et dans un hôpital, a indiqué mardi le principal responsable humanitaire de l'ONU dans ce pays.

Toby Lanzer a expliqué à l'Associated Press, lors d'une entrevue téléphonique, que ces meurtres ethniques commis dans une capitale provinciale «changent possiblement la donne» dans un conflit qui fait rage depuis la mi-décembre et qui a mis à vif d'anciennes hostilités ethniques.

Cette tuerie rappelle aussi le génocide rwandais, dont on marque ce mois-ci le 20e anniversaire et qui fait environ un million de morts. L'ordre de tuer avait été lancé à la radio au Rwanda, et la même chose s'est produite au Soudan du Sud, a dit M. Lanzer.

«C'est la première fois, à notre connaissance, qu'une station de radio locale diffuse des messages haineux encourageant la population à commettre des atrocités, a ajouté M. Lanzer, qui se trouvait à Bentiu lundi et mardi. Et ça accélère vraiment la descente du Soudan du Sud dans une situation encore plus difficile dont il doit s'extraire.»

La mission des Nations unies au Soudan du Sud (MINUSS) a condamné lundi ce qu'elle a qualifié de «meurtres ciblés de civils sur la base de leur appartenance ethnique et nationale» dans une ville qui est actuellement contrôlée par des forces antigouvernementales.

Selon la MINUSS, plus de 200 personnes qui se réfugiaient dans une mosquée de Bentiu ont été assassinées la semaine dernière après que des forces rebelles eurent chassé les troupes du gouvernement et fait main basse sur la ville, qui est la capitale de l'État pétrolier d'Unity.

Les rebelles appartiennent à l'ethnie Nuer, la même que celle de l'ancien vice-président Riek Machar.

Certains individus entretenant des liens avec l'opposition avaient auparavant proféré des messages haineux sur les ondes d'une station radiophonique, allant même jusqu'à inciter les «hommes d'une communauté de commettre des violences sexuelles contre les femmes d'une autre par vengeance», a dénoncé la mission onusienne par voie de communiqué.

Après que les rebelles eurent pris le contrôle de Bentiu, le 15 avril, «ils ont investi plusieurs lieux où des civils avaient cherché un refuge pour déterminer leur appartenance ethnique et nationale», poursuivent les enquêteurs des droits de l'homme.

M. Lanzer affirme que des milliers de civils provenant de différents groupes ethniques arrivent à la base onusienne de Bentiu, car ils croient que de nouvelles violences sont à craindre. La base accueille maintenant 25 000 personnes mais ne dispose que d'un litre d'eau par personne par jour, et d'une latrine par 350 réfugiés.

«Le risque d'une crise de santé publique sur notre base est énorme», a-t-il dit.

Le directeur de Médecins sans Frontières au Soudan du Sud, Raphael Gorgeu, a prévenu que des morts sont à prévoir à l'intérieur de la base au cours des prochains jours, en raison du manque d'eau et d'hygiène. MSF a déjà soigné plus de 200 personnes, dont plusieurs qui avaient été blessées par balles.

L'ambassadeur britannique Ian Hughes a déclaré mardi que les meurtres commis les 15 et 16 avril contreviennent clairement au droit international. Il a promis que les responsables seront traduits en justice. M. Lanzer a promis que l'ONU publiera un bilan plus précis sous peu.

Le Soudan du Sud a obtenu son indépendance le 9 juillet 2011, devenant le plus jeune pays du monde.

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