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Abou Dhabi : l'appel du futur (PHOTOS)

21/04/2014 05:17 EDT | Actualisé 21/04/2014 06:55 EDT
Marie-Julie Gagnon

La capitale des Émirats arabes unis semble avoir poussé tout d’un coup. Le temps d’un clignement de paupières et voilà que des centaines de bâtiments tous plus impressionnants les uns que les autres alignaient leur opulence. Peu importe le quartier, aucune main ne se tend pour recueillir l’aumône. Le taux de chômage atteint environ 14%. La criminalité est quasi inexistante. Le plus grand des sept émirats représente à lui seul 60% du PIB total du pays, l’un des premiers producteurs d’hydrocarbures dans le monde. Ici, les hôtels prestigieux affichent beaucoup plus que des étoiles : le luxe est carrément un mode de vie.

Pour l’œil occidental, la scène a quelque chose de surréaliste. Alors que toutes les femmes doivent couvrir leurs cheveux pendant la visite de la mosquée Sheikh Zayed et se font réprimander dès que la moindre mèche se rebelle, une touriste chinoise se balade tranquillement la tête recouverte d’un foulard avec… des têtes de mort.

Ce sera le choc culturel le plus frappant de ce séjour au Moyen-Orient. La population étant majoritairement composée d’expatriés (80% !), l’État voit défiler nombre d’Occidentaux, autant des touristes que des gens venus s’installer pendant quelques années. Il suffit de se poster dans le lobby d’un grand hôtel pour constater l’éclectisme des visiteurs. Les femmes portant la burqa – moins nombreuses qu’on peut l’imaginer – côtoient celles légèrement vêtues. D’un côté comme de l’autre, personne ne semble en faire de cas.

À la mosquée, toutefois, on ne badine pas avec le code vestimentaire comme a pu le constater Rihanna, expulsée des lieux en 2013. Les vêtements classiques et amples sont de rigueur. Les jupes et les pantalons doivent être longs. Des abayas noires sont fournies aux femmes qui n’ont rien pour se couvrir la tête. Il est nécessaire de retirer ses chaussures avant de pénétrer dans le lieu sacré.

Inaugurée en 2007, la plus grande mosquée des Émirats Arabes Unis en jette avec son architecture islamique, son marbre blanc et ses lustres made by Faustig en Allemagne, dont l’un pèse environ douze tonnes. Immense, la mosquée peut accueillir environ 4000 fidèles. Nos pieds nus foulent le plus grand tapis tissé à la main au monde, qui a nécessité deux ans de travail. Oui, on aime la démesure et les records dans les parages.

L’avenir

Si la mosquée qui porte le nom du père et premier président d’Abou Dhabi impressionne, elle émeut moins que des lieux à l’histoire millénaire visités dans d’autres contrées. Ici, comme partout ailleurs aux émirats, les regards sont tournés vers l’avenir. Après tout, le pays n’a que 43 ans !

Une escale au Manarat Al Saaddiyat Cultural Centre, sur l’île Saadiyat, à 500 mètres au large d’Abou Dhabi, permet d’avoir un aperçu de ce que les visiteurs pourront découvrir au cours des prochaines années. En plus du Zayed National Museum, qui sera le pivot de ce vaste centre culturel, il sera possible de visiter le Louvre et le Guggenheim. Vous avez bien lu : deux des plus grands musées du monde seront pratiquement voisins sur cette île de 2700 hectares en 2017 (le Louvre d'Abou Dhabi ouvrira ses portes en 2015). Difficile de croire qu’en 1930, Abou Dhabi n’était qu’un modeste village de pêcheurs.

«Nous créons les futurs sites historiques», résume Glenn Johnston, vice-président des communications corporatives et directeur des relations publiques du Moyen-Orient, de l’Asie et de l’Australie des hôtels Jumeirah de Dubaï et Abou Dhabi depuis six ans, quand nous lui faisons part de notre perplexité devant le peu de sites consacrés au passé. Une phrase toute simple qui remet les choses en perspective.

L’avenir, dans un pays aussi riche, c’est aussi se tourner vers un mode de vie plus vert. Projet innovateur, s’il en est un, Masdar donne l’impression de débarquer dans une espèce de croisement entre The Jetsons, Tatooine, de Star Wars, et une grande ville américaine. Mais l’on peut bien tenter toutes sortes de comparaisons boiteuses, l’endroit reste unique.

On y pénètre en «podcars» (ou «Personal Rapid Transit»), de petits véhicules blancs aussi mignons que futuristes. À côté de ces bagnoles alimentées à l’électricité, le Hummer ferait office de mononcle obèse au t-shirt trop court. Le raffinement versus l’excès.

«Ils sont extrêmement sécuritaires, assure Stephen Severance, responsable de la stratégie et de l’innovation, après avoir expliqué les dédales administratifs par lesquels les développeurs sont passés au moment d’obtenir l’approbation des autorités. Ils sont munis de détecteurs. S’ils détectent quelque chose sur les rails ou si un oiseau arrive, ils vont s’arrêter.»

En lançant Masdar, le gouvernement d’Abou Dhabi voulait démontrer clairement son intention de devenir le leader des énergies renouvelables. L’objectif : construire la première ville à empreinte carbone nulle au monde.

À Masdar, les piétons sont rois. «Nous tentons de créer un environnement où votre première option est de marcher», explique Stephen Severance.

Masdar est aussi un véritable laboratoire où fourmillent des chercheurs de partout dans le monde. Plusieurs multinationales y sont déjà installées, notamment Mitsubishi, Siemens et General Electric, mais aussi des entreprises plus modestes. Des universités prestigieuses des quatre coins de la planète y ont aussi des antennes, comme celle de New York et la Sorbonne. Le MIT (Massachussetts Institute of Technology) et Masdar Institute y ont un programme conjoint.

«À Masdar, vous utiliserez environ 40% moins d’énergie et 40% moins d’eau que n’importe où ailleurs dans le monde», ajoute M. Severence.

En déambulant dans la ville – encore très calme –, nous entendons des accents de partout. Même si des visites guidées ne sont pas offertes aux touristes, tous sont les bienvenus pour explorer les lieux. Un hôtel de la chaîne DoubleTree sera d’ailleurs construit d’ici dans environ trois ans. «Le plan est d’éventuellement en [des hôtels] avoir trois ou quatre.»

L’histoire

Avec un avenir aussi présent, le passé se fait discret. Pour remonter le temps, il faut se tourner vers Heritage Village, reconstitution d’un village dans une oasis (qui mériterait d’être mieux mis en valeur - on en fait le tour très rapidement). On y découvre certains aspects de la vie traditionnelle dans le désert. Au bord de l’eau, le site offre un point de vue intéressant pour faire des photos. Un marché touristique permet de faire quelques achats, souvent made in India.

L’endroit qui a le plus marqué l’auteure de ces lignes reste toutefois The Falcon Hospital. Ce ne sont pas tant les faucons qui sont intéressants, mais ce qu’ils nous disent sur les Émiratis. Auparavant utilisé pour la chasse, le faucon n’a rien d’un animal de compagnie à leurs yeux. C’est carrément un membre de la famille. «Nous ne parlons pas d'oiseaux, nous parlons des enfants des Bédouins», martèle Margrit Gabriele Muller, la sympathique et passionnée directrice de l’hôpital.

Les faucons détiennent d’ailleurs leur propre passeport et volent en cabine avec leurs parents. Certains vont carrément jusqu’à leur acheter un siège en classe affaires.

Jadis utilisés pour la chasse - aujourd’hui interdite, les adeptes doivent se rendre à l’étranger pour s’adonner à cette pratique –, ils restent le symbole du pays. Visiter l’hôpital qui leur est consacré permet non seulement de voir les soins qui leur sont prodigués, mais de mieux comprendre leur rôle dans la société. On en ressort avec l’impression d’avoir trouvé la pièce manquante d’un grand casse-tête.

Car c’est bien ce qui est le plus déroutant pour l’étranger qui débarque pour la première fois aux Émirats Arabes Unis: l’absence de repères. Difficile de mettre les choses en perspective en ne visitant que les nouvelles attractions ultra-modernes, qui n’ont rien à voir avec la réalité d’il y a moins d’un demi-siècle. Heureusement, certaines initiatives comme la «Pearl Journey», qui permet de mieux comprendre le travail qu’effectuaient jadis les plongeurs de perles, sont de plus en plus mis de l'avant.

En surface, le pays fait parfois penser à un jeune conquérant au volant de sa Ferrari*, qui regarde droit devant, mais oublie de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur de temps en temps. Ce qu’on aperçoit derrière nous rappelle pourtant que sous les multiples couches de tissus dorés se trouve une autre forme de richesse.

* À Abou Dhabi, il est possible de visiter Ferrari World. À Dubaï, l’écurie de la police compte une Ferrari FF, une Lamborghini Aventador, une Bugatti Veyron… Par ailleurs, depuis 2009, le Grand Prix de Formule 1 Etihad Airways d'Abou Dhabi clôture la saison des courses.

Marie-Julie Gagnon était l’invitée d’Etihad Airways, qui propose un vol direct depuis Toronto. Notez qu’il est possible de faire une escale à Abou Dhabi, sans frais supplémentaires, en vous rendant vers ou depuis une autre destination.

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