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«Une autre vie», Emmanuel Mouret ne badine plus avec l'amour

19/04/2014 09:53 EDT | Actualisé 19/04/2014 09:53 EDT

Le réalisateur et acteur français, Emmanuel Mouret (Changement d’adresse, Un baiser s’il vous plaît) change de style avec son nouveau film Une autre vie en salles au Québec depuis hier. À l’opposé des savoureuses comédies sentimentales dans lesquelles il nous avait jusqu’ici habitués, il signe une œuvre beaucoup plus grave qui met en scène l’ancien rappeur JoeyStarr, Virginie Ledoyen et Jasmine Trinca. Le Huffington Post Québec s’est entretenu avec le cinéaste.

On rencontre le courtois Emmanuel Mouret dans une chambre d’un chic hôtel parisien. Dans la quarantaine, visage juvénile, il susurre presque ses réponses sans jamais trop hausser la voix. Sensibilité à fleur de peau que le public québécois a eu mainte fois l’occasion de découvrir dans ses films où la tendresse côtoie une touchante maladresse.

Or, voilà maintenant qu’il tente le mélodrame, un défi qui le sort de sa zone de confort, mais dont il assume le résultat. «Je gardais l’idée d’un tel projet depuis un certain nombre d’années, explique-t-il. Ce qui m’empêchait de le réaliser, c’était cette crainte de sombrer dans la fausse compassion ou pire dans le pathos et la sensiblerie. Bon, il est effectivement question de compassion, mais je voulais avant tout réussir un film dans lequel le spectateur ne se sent pas pris en otage.»

Ainsi, Une autre vie porte une empreinte nouvelle dans lequel évolue un triangle amoureux qui a pour cadre le sud de la France. On y découvre Aurore (Jasmine Trinca), une pianiste bourgeoise dépressive qui fait la rencontre de Jean (JoeyStarr), un électricien ordinaire poseur d’alarmes. Ils n’ont rien en commun, et pourtant le coup de foudre est inévitable. Ils envisagent même de vivre ensemble. Mais c’est sans compter sur la très jalouse Dolores (Virginie Ledoyen), la femme de Jean qui n’hésitera pas à tenter le tout pour le tout afin de garder son mari.

Incarner les paradoxes

«Une autre vie confronte deux façons d’aimer. À ce titre, Aurore et Dolores sont très différentes de l’une de l’autre. L’une est possessive, au point d’utiliser des moyens pervers pour arriver à ses fins. Alors que l’autre est beaucoup plus délicate et intentionnée. Pour elle, la fin ne justifie pas les moyens. Évidemment, il y en a une qui prend le dessus d’une manière outrancière, diabolique et cruelle», raconte Mouret.

Deux femmes, deux mondes qui représentent au fond selon le réalisateur les deux faces d’une même médaille. «On peut tirer n’importe quelles conclusions, il reste que nous sommes tous faits de ces deux personnages», assure-t-il.

Entre cette double figure féminine, on trouve un homme qui ne se décide pas, hésitant entre l’amour et le confort. Le cinéaste n’a d’ailleurs pas hésité à offrir le rôle à JoeyStarr bien qu’il n’ait au départ pas pensé à lui. «Je ne trouvais pas d’acteur capable d’incarner le personnage. Mon producteur m’a alors proposé JoeyStarr. J’ai trouvé l’idée fantastique. Il a tout de suite accepté le rôle, mais il voulait savoir les raisons qui m’ont poussé à le choisir. Je lui ai dit qu’il me faisait penser à Lino Ventura. Il possède ce côté physiquement très impressionnant, à la limite apeurant. En même temps, il a cette sensibilité et cette douceur. Un contraste qui paraît d’autant plus sincère qu’il ne fait pas semblant», conclut-il.

L’entrevue a été réalisée grâce à l’invitation des Rendez-vous d’Unifrance.

Une autre vie – K-Films Amérique – Drame sentimental – 95 minutes – Sortie en salles le 18 avril 2014 – France.

«Une autre vie», Emmanuel Mouret ne badine plus avec l'amour