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Kiev décrète une « trêve de Pâques », les séparatistes inflexibles

19/04/2014 04:00 EDT | Actualisé 18/06/2014 05:12 EDT

Le gouvernement ukrainien a annoncé samedi la suspension des opérations dans l'est du pays, où les séparatistes prorusses ne montrent aucune volonté de reddition.

Cette « trêve pascale », deux jours après la conclusion de l'accord de Genève qui prévoit le désarmement de tous les groupes illégaux et la libération des bâtiments publics illégalement occupés, intervient alors que le pouvoir central n'a jusqu'à présent pas démontré sa capacité à reprendre la dizaine de mairies, commissariats et autres bâtiments administratifs dont les contestataires se sont emparés ces deux dernières semaines.

Dans un communiqué diffusé tard vendredi soir, le ministère ukrainien des Affaires étrangères promet « la suspension de la phase active de l'opération antiterroriste ».

« L'opération antiterroriste a été mise entre parenthèses pour Pâques et nous ne recourrons pas à la force contre eux pour le moment », a confirmé le chef de la diplomatie ukrainienne, Andriy Dechtchitsia, cité samedi par la BBC.

Vendredi, le ministre, signataire de l'accord de Genève, avait mis en garde les protestataires prorusses de l'Est contre de nouvelles « mesures concrètes » susceptibles de débuter la semaine prochaine s'ils n'entament pas leur désarmement.

Dechtchitsia a parallèlement rencontré samedi à Kiev des représentants de l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE). Cette entité paneuropéenne, qui regroupe à la fois des États membres de l'OTAN et la Russie, est chargée de superviser la mise en oeuvre de la déclaration de Genève négociée par l'Ukraine, la Russie, les États-Unis et l'Union européenne.

Un haut responsable de l'OSCE était attendu ce samedi à Donetsk, la plus grande ville de l'est où les séparatistes ont proclamé une « république populaire ».

De source proche de la délégation de l'OSCE, on reconnaît toutefois qu'aucun signe ne suggère que les séparatistes prorusses ont la « volonté politique » de renoncer à leur mouvement de contestation.

Lavrov « n'a rien signé en notre nom »

Certains chefs de file du mouvement prorusse ont relevé qu'ils ne se sentaient pas liés par la déclaration de Genève.

Pour Denis Pouchiline, qui dirige l'autoproclamée « République populaire de Donetsk », le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui représentait Moscou jeudi à Genève, ne représente pas les contestataires. « Il n'a rien signé en notre nom », a-t-il dit, réaffirmant l'exigence d'un référendum qui donnerait aux régions de l'Est le pouvoir souverain de choisir son avenir, y compris un rattachement à la Russie sur le modèle de la Crimée.

D'autres ont indiqué, puisqu'ils considèrent que les nouvelles autorités au pouvoir à Kiev sont issues d'un mouvement de contestation, qu'elles sont également concernées par l'évacuation des bâtiments publics.

Que le premier ministre Arseni Iatseniouk et le président par intérim Oleksander Tourtchinov quittent les sièges du pouvoir central qu'ils occupent « illégalement », déclarait dès jeudi soir Kirill Roudenko, porte-parole de la « République populaire de Donetsk ». « Alors seulement nous pourrons discuter de ce que nous ferons ici, à Donetsk », ajoutait-il.

Sur le plan diplomatique, alors que les tensions entre la Russie et l'Alliance atlantique n'ont jamais été aussi fortes depuis la fin de la Guerre froide, Vladimir Poutine a estimé samedi que rien n'empêchait une amélioration des relations entre la Russie et les pays occidentaux, mais qu'il revenait à ces derniers de faire en sorte qu'elle se produise.

Mais la Russie a aussi admis pour la première fois qu'elle avait déployé des renforts militaires à la frontière de l'Ukraine en raison de l'instabilité dans ce pays, et non pour participer à des manoeuvres de routine, ainsi que l'assurait Moscou jusqu'à présent.

« Pardonnez-moi, mais c'est un pays où vient tout juste de se produire un coup d'État militaire, il est donc naturel que tout pays prenne des mesures de précaution particulières afin de garantir sa sécurité », a ajouté Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, à la chaîne de télévision Rossiya-1.

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