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Inde : des femmes racontent leur combat pour l'égalité

19/04/2014 08:33 EDT | Actualisé 19/06/2014 05:12 EDT

Les Indiennes sont de plus en plus nombreuses à s'élever contre la discrimination sexuelle et l'exclusion. Voici des témoignages recueillis par Michel Labrecque lors d'un voyage en Inde.

Un photoreportage de Michel Labrecque Twitter Courriel à Désautels le dimanche

Je me suis rendu en Inde à l'occasion du plus grand exercice démocratique au monde : les élections fédérales, qui se déroulent jusqu'au 16 mai.

L'Inde se métamorphose à vitesse grand V. Une nouvelle classe moyenne transforme le pays. La jeunesse est avide de changements. Modernité et tradition se côtoient et, parfois, s'affrontent. La corruption, l'économie, la diversité religieuse et les inégalités sociales sont au cœur de l'élection.

Je me suis notamment intéressé à la condition des Indiennes. J'ai rencontré là-bas des femmes qui luttent contre le poids des traditions et contre la violence sexuelle omniprésente dans le pays. Voici leurs témoignages.

Le village de Jaisinghpura, dans l'État du Rajasthan, est un village agricole typique de cette région. Je m'y suis rendu pour comprendre la situation des femmes dans l'Inde rurale. J'ai accompagné des membres de SIDART, une ONG qui travaille à la prise en charge des femmes.

Les femmes du village étaient invitées à parler de leurs préoccupations aux membres du conseil de village. La plupart portent le goonghat, sorte de voile local qu'on met dans les villages hindous du Rajasthan en signe de respect pour les hommes et les aînés.

Avant que les ONG comme SIDART ne viennent ici, les femmes étaient pratiquement confinées à la maison toute la journée. Aujourd'hui, les choses commencent lentement à changer.

Krishna, 36 ans, et Suraj, 46 ans, nous ont raconté leur histoire. Leur témoignage en dit long sur le poids des traditions dans le Rajasthan rural.

Suraj a été mariée à l'âge de 7 ans par sa famille. Elle nous a aussi raconté les pressions que sa famille exerçait pour qu'elle donne naissance à un garçon : après ses deux premières grossesses (des filles), elle a tenté d'obtenir une ligature des trompes, mais sa belle-famille l'en a empêchée. Elle a donné naissance à une autre fille, et le même scénario s'est reproduit. Voilà qui montre à quel point la préférence pour les garçons a toujours la vie dure dans la société indienne.

Suraj et Krishna sont aujourd'hui les antennes de l'ONG SIDART à Jaisinghpura. Elles ont toutes deux enlevé leur goonghat. Krishna, mère d'une fille et d'un garçon, souhaite que sa fille puisse étudier jusqu'à l'université et devienne ingénieure.

L'anthropologue québécoise Marie-Elaine Dufour fait du terrain en Inde depuis trois ans. Je l'ai accompagnée à Jaisinghpura. Elle termine un doctorat sur la préférence des familles pour les garçons. Un phénomène qui ne se limite pas à l'Inde rurale, selon elle.

Elle a rencontré de nombreuses familles de classe moyenne qui n'hésitent pas à recourir à des avortements sélectifs. En Inde, un garçon reste un meilleur « investissement » qu'une fille, puisque celle-ci, une fois mariée, habite souvent chez sa belle-famille.

Dans la région de la capitale, Delhi, c'est une autre Inde au féminin qui m'attend. Dans la ville technologique de Gurgaon, de jeunes professionnelles sirotent un verre de vin blanc à la pause midi.

Avec la croissance de la classe moyenne urbaine, les femmes occupent de plus en plus d'emplois de qualité. Elles ont aussi plus de libertés, même si les pressions familiales en faveur du mariage demeurent souvent fortes.

L'essayiste et romancière Ira Trivedi vient de publier « India in Love », une enquête de quatre ans sur les transformations des relations sexuelles et du mariage dans l'Inde urbaine. La sexualité hors mariage est de plus en plus répandue, constate-t-elle. Les mariages « arrangés » par les familles sont de plus en plus remis en question par les jeunes.

Cette « révolution sexuelle » à l'indienne favorise en partie l'autonomie des femmes. Mais ces Indiennes urbaines ont subi un choc profond lorsque l'une d'elles a été sauvagement violée, le 16 décembre 2012.

Manifestation à New Delhi en décembre 2013 pour marquer le 1er anniversaire du viol collectif d'une jeune femme dans un bus à Delhi. Elle en est morte quelques jours plus tard. Photo : Reuters/Adnan Abidi

Elle s'appelait Jyoti Singh Pandey, 23 ans, étudiante en médecine. À la sortie du cinéma, elle a été sauvagement attaquée par six hommes à coups de barre de fer et violée dans un autobus.

Cette agression a suscité un tsunami de manifestations partout dans le pays. Une commission d'enquête, dirigée par un juge éminent, recommandera de nombreux changements au système judiciaire et policier. Mais d'autres viols collectifs ont eu lieu depuis en Inde.

Et de nombreuses jeunes femmes comme Devika Kohli, étudiante en littérature, craignent pour leur sécurité si elles sortent le soir. Surtout, elles sont de plus en plus en colère de ne pas avoir la même liberté que les hommes.

Tous les partis politiques nationaux du pays promettent d'en faire davantage pour les droits des femmes s'ils sont élus. Mais le pays qui a été un des premiers à élire une femme comme présidente - Indira Gandhi en 1966 - a beaucoup de pain sur la planche pour que les femmes atteignent une vraie égalité.

« C'est une société où la discrimination a été intégrée dans la religion, la culture et le système judiciaire », m'a dit l'avocate et militante féministe Vrinda Grover.

Si la femme est l'avenir de l'homme, l'est-elle aussi pour l'Inde? Répondez-nous dans les commentaires ci-dessous.

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