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Ukraine: les Juifs de Donetsk inquiets après une provocation antisémite

18/04/2014 09:24 EDT | Actualisé 18/06/2014 05:12 EDT

Les Juifs de Donetsk, dans l'Est de l'Ukraine, s'inquiétaient vendredi après une provocation antisémite inédite dans cette ville d'un million d'habitants, selon un membre de la communauté.

"Cela fait quarante ans que je vis ici sans problème et maintenant, il y a ce phénomène du +printemps russe+ et tout de suite surgissent des problèmes", relève Leonid Krasnopolski, 43 ans, en faisant allusion aux militants pro-russes qui ont pris le contrôle de plusieurs villes ces dernières semaines dans l'Est de l'Ukraine.

"Mardi, deuxième jour de la fête de Pessah, nous étions une vingtaine de personnes devant la synagogue quand trois hommes cagoulés sont arrivés, avec un drapeau russe et un drapeau de la république (autoproclamée) de Donetsk", raconte-t-il.

"L'un des trois hommes a insisté pour que nous lisions des tracts qu'il tenait à la main. Nous avons refusé tant qu'il n'ôterait pas sa cagoule. Il a alors collé des tracts sur la synagogue et tous les trois sont partis", précise-t-il.

"Il était écrit dans ces tracts que tous les Juifs étaient convoqués le 3 mai à l'administration municipale pour payer un impôt de 50 dollars, et justifier de la possession de leur logement et de leur voiture, sous peine d'être expulsés de la région de Donetsk. Le document portait un tampon officiel et la signature d'un responsable de la +république de Donetsk+, Denis Pouchiline", poursuit M. Krasnopolski.

M. Pouchiline, l'un des chefs des insurgés pro-russes qui se sont emparés du siège de l'administration régionale à Donetsk, a démenti vendredi être à l'origine de ces tracts.

"Des tracts ont été distribués en notre nom, mais il s'agit d'une provocation, ma signature a été imitée", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Donetsk.

"Ce qui s'est passé sent la provocation. Mais qui est derrière cette provocation, la question reste ouverte", a commenté le rabbin du Donbass (région de l'Est de l'Ukraine), Pinkhas Vychedski.

Le démenti apporté par M. Pouchiline ne semblait tooutefois pas convaincre totalement M. Krasnopolski: "l'antisémitisme s'exprime ouvertement en Russie et les insurgés pro-russes coordonnent totalement leurs activités avec les services spéciaux russes", a-t-il estimé laissant entendre que ces tracts "peuvent être une provocation comme les Russes savent l'organiser".

La communauté juive de Donetsk compte, selon M. Krasnopolski, quelque 10.000 personnes, dont 1.000 membres actifs.

"Si nous avons des problèmes à nouveau, la communauté de la ville voisine de Dnipropetrovsk, qui compte 10.000 membres actifs, viendra à notre secours", assure M. Krasnopolski.

"Poutine dit qu'en Ukraine des antisémites sont arrivés au pouvoir, ce n'est pas vrai. Cela fait 40 ans que je vis à Donetsk et je n'ai rien ressenti de ce genre", dit M. Krasnopolski.

Il voit, par ailleurs, d'un mauvais oeil le développement du mouvement pro-russe dans l'Est de l'Ukraine et le rôle de Moscou dans la crise. "Nous nous souvenons du sort réservé aux juifs en Union soviétique. Nous ne voulons pas nous retrouver en Russie", avertit-il.

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