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Ukraine: les séparatistes rejettent l'accord, Kiev promet un statut spécial pour la langue russe

18/04/2014 12:00 EDT | Actualisé 18/06/2014 05:12 EDT
GENYA SAVILOV via Getty Images
Pro-Russia activists stands in front a so-called Donetsk Republic flag as they guard a barricade outside the regional police building in the eastern Ukrainian city of Slavyansk on April 15, 2014. Ukraine's acting president accused Russia on April 15 of harbouring 'brutal plans' to destabilise the southeast of his ex-Soviet country by backing separatist militants. 'Russia had and continues to have brutal plans,' Oleksandr Turchynov told a session of parliament. 'They want to set fire not only to the Donetsk region but to the entire south and east -- from Kharkiv to the Odessa region.' AFP PHOTO / GENYA SAVILOV (Photo credit should read GENYA SAVILOV/AFP/Getty Images)

Les insurgés séparatistes de l'Est de l'Ukraine demeuraient inflexibles vendredi, refusant l'accord conclu à Genève pour apaiser la crise dans le pays, nouveau défi au gouvernement pro-européen de Kiev dont il exigent le départ.

Le président par intérim, Olexandre Tourtchinov, et son Premier ministre, Arseni Iatseniouk, ont quant à eux tendu la main aux rebelles, promettant une importante décentralisation et un statut protecteur pour la langue russe, sans réagir à la fin de non-recevoir des pro-russes.

A la surprise générale, les chefs de la diplomatie ukrainienne, russe, américaine et européenne avaient signé jeudi un texte prévoyant notamment le désarmement des groupes armés, la libération des bâtiments publics occupés, une amnistie pour les insurgés non "coupables de crimes de sang" et un dialogue national sur des réformes constitutionnelles pour "inclure toutes les régions ukrainiennes et toutes les entités politiques".

Mais, barricadés dans leur QG du bâtiment de l'administration régionale de Donetsk, occupé depuis le 6 avril et où des haut-parleur diffusent l'hymne russe, les insurgés ont sèchement rejeté ce plan, ravivant le spectre de la partition ce pays de 46 millions d'habitants, frontalier de plusieurs membres de l'Union européenne et de l'Otan.

"Tourtchinov et Iatseniouk doivent d'abord quitter les bâtiments qu'ils occupent illégalement après leur coup d'Etat", comme les séparatistes appellent le soulèvement qui a renversé fin février un régime pro-russe, a lancé Denis Pouchiline, "ministre" du gouvernement de la "république de Donetsk" autoproclamée.

Les séparatistes, qui prévoient un référendum sur l'autonomie régionale le 12 mai, ne se sentent d'ailleurs pas liés par l'accord. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï "Lavrov, n'a pas signé en notre nom mais au nom de la Russie", a insisté M. Pouchiline.

- 'Pas dans une phase active' -

Malgré ce rejet, les autorités de Kiev ont tenu à s'engager solennellement sur leur partie de l'accord, M. Iatseniouk promettant dans une adresse à la Nation commune avec le président l'élection des exécutifs régionaux aujourd'hui nommés, des budgets locaux renforcés, un statut spécial pour le russe. Une "décentralisation" loin toutefois de la "fédéralisation" prônée par les pro-russes et Moscou, et qui, selon Kiev, ouvrirait la voie à l'éclatement du pays.

Le président et le Premier ministre n'ont pas évoqué le refus des séparatistes, ni la réaction possible des autorités.

Mais si l'application de l'accord "n'est pas effective dans les prochains jours, je pense qu'après Pâques il y aura des actions plus concrètes," a de son côté déclaré le ministre des Affaires étrangères, Andriï Dechtchitsa.

"L'opération antiterroriste" lancée pour reprendre la main, et qui a jusqu'à présent tourné à la débandade, n'est en tout cas pas suspendue, mais n'est plus "dans une phase active", selon les services spéciaux ukrainiens (SBU).

Sur le terrain, les mystérieux "hommes verts" en armes - militaires russes, selon Kiev, "groupe locaux d'autodéfense", selon Moscou - contrôlaient toujours la localité de Slaviansk, qu'ils ont prise il y a six jours. Et les séparatistes, simples manifestants ou groupes armés, tenaient toujours des bâtiments publics dans plus d'une demi-douzaine de villes de l'Est russophone.

"Encore mieux qu'une fédération, ce serait de s'unir à la Russie", lance Artour, qui monte la garde devant l'amas de pneus et de sacs de sable barrant l'accès à l'hôtel de ville de Kramatorsk (20 km au sud de Slaviansk), que les pro-russes occupent.

L'accord de Genève a également déçu les partisans de l'unité ukrainienne.

"Ces accords ne mentionnent pas l'intégrité territoriale de l'Ukraine, ni n'exigent de la Russie de cesser l'occupation de la Crimée, ni ne mentionnent les saboteurs russes dans le Donbass" (bassin minier de l'Est). Les Occidentaux ne se rendent-ils pas compte que (le président russe Vladimir) Poutine est une menace pour l'Europe et le monde?", s'emportait sur son blog Anatoli Gritsenko, ex-ministre de la Défense et candidat à la présidentielle anticipée du 25 mai.

"C'est l'échec des règles et des garanties de la sécurité mondiale. Nous voyons maintenant que les garanties de l'inviolabilité des frontières ukrainiennes ne valent rien", renchérissait la chanteuse Rouslana, lauréate de l'Eurovision et militante très active du Maïdan.

- 'La Crimée est à nous' -

Moscou a rattaché en mars la péninsule ukrainienne de Crimée à son territoire, après un référendum controversé et, l'intervention de groupes armés non-identifiés. "La Crimée est à nous," a répété vendredi le Premier ministre Iatseniouk.

Le président américain Barack Obama s'était montré dès jeudi très prudent, déclarant n'avoir aucune certitude que l'accord permette une "désescalade" réelle. Et il a averti que de nouvelles sanctions américaines et européennes à l'encontre de Moscou seraient prises en cas d'impasse.

Moscou, tout en démentant énergiquement être derrière les récentes insurrections, comme l'en accusent Kiev et les Occidentaux, a en effet adopté un ton très ferme sur la crise ukrainienne, la pire entre l'Est et l'Ouest depuis la fin de la guerre froide.

Quelques heures avant l'annonce d'un accord à Genève, mais alors que les discussions étaient déjà en cours, M. Poutine avait ainsi dit "espérer fortement" ne pas être "obligé de recourir" à l'envoi de ses forces armées en Ukraine.

La Russie a massé jusqu'à 40 000 hommes à la frontière entre les deux pays, et le président russe a déjà à plusieurs reprises affirmé qu'il assurerait "à tout prix" la protection des russophones de l'ex-URSS.

La Russie ne souhaite en aucun cas envoyer des troupes en Ukraine, a déclaré son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov devant la presse à Genève. "Cela serait contraire à nos intérêts fondamentaux".

bur-so/sym

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