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Nigeria : des parents à la recherche des lycéennes enlevées, l'armée reconnaît des erreurs s sont toujours portées disparues

18/04/2014 08:39 EDT | Actualisé 18/06/2014 05:12 EDT

Des familles de la centaine de lycéennes toujours détenues par Boko Haram ont entrepris d'organiser elles-mêmes des recherches devant l'impuissance des autorités à retrouver leurs enfants enlevés par le groupe islamiste dans le nord-est du Nigeria.

Déjà critiquée pour sa gestion d'un rapt inédit qui provoqué l'émotion au Nigeria et ailleurs dans le monde, l'armée a fait marche arrière vendredi et reconnu que la majorité des 129 lycéennes enlevées lundi dans leur lycée de Chibok étaient toujours portées disparues.

Face à ce cafouillage et au manque de résultats des recherches en cours, des familles des lycéennes voulant tout faire pour retrouver leurs enfants ont décidé de fouiller elles-mêmes la région du rapt.

"Certains de nos parents vont jusqu'à ratisser la brousse", a dit la directrice du lycée, Asabe Kwambura, ajoutant que des familles se sont cotisées pour acheter du carburant pour des motos et autres véhicules participant aux recherches.

L'armée avait prétendu mercredi que seules huit des lycéennes kidnappées étaient encore retenues et que les 121 autres avaient pu s'échapper. Mais cette affirmation avait été contredite jeudi par la directrice du lycée et des autorités régionales.

"A la lumière du démenti de la directrice du lycée, le quartier général de la Défense souhaite s'en remettre aux déclarations de la directrice et du gouverneur (de l'Etat de Borno où a eu lieu l'enlèvement) sur le nombre de lycéennes toujours portées disparues et retirer cet élément d'une déclaration précédente", a déclaré vendredi le général Chris Olukolade, porte-parole des armées, dans un communiqué au ton embarrassé.

Mme Kwambura avait déclaré jeudi que les premières affirmations de l'armée "étaient fausses" et que seules 14 lycéennes avaient retrouvé la liberté.

Dans un nouveau point, le responsable de l'éducation de l'Etat de Borno a affirmé vendredi que 30 lycéennes au total avaient finalement pu s'échapper.

"A ce stade, nous avons la garde de 30 filles", a dit Mallam Inuwa Kubo dans un communiqué.

Il a expliqué que seize lycéennes avaient été renvoyées par leurs parents à l'école après qu'elles se furent réfugiées chez elles le jour de l'attaque, en plus des quatorze déjà données comme libres.

"Nos chiffres indiquent que sur 129 lycéennes qui se trouvaient dans l'internat au moment de ce malheureux incident, nous attendons encore le retour de 99 d'entre elles", a-t-il ajouté.

- Boucliers humains ou esclaves sexuelles -

Le porte-parole de l'armée a regretté la controverse qu'il a lui-même provoquée, disant avoir agi de bonne foi et sans intention de tromper le public.

Mais l'affaire met en lumière l'incapacité des forces de l'ordre à venir à bout de Boko Haram malgré une vaste offensive lancée il y a près d'un an dans les fiefs du groupe, dans le nord-est du Nigeria.

Le même jour que le rapt massif, un attentat attribué également au groupe avait fait 75 morts et 141 blessés à Abuja, l'attaque la plus meurtrière jamais lancée dans la capitale fédérale nigériane par le groupe islamiste.

Boko Haram, dont le nom signifie "l'éducation occidentale est un péché" en langue haoussa, a souvent pris pour cible des écoles et des universités depuis le début, en 2009, d'une insurrection qui a fait des milliers de morts.

Des étudiants ont été massacrés dans leur sommeil, lors de l'attaque de leur dortoir, et des attentats à la bombe ont eu lieu dans des campus universitaires, mais aucun enlèvement massif visant des jeunes filles n'avait été observé dans le passé.

Selon un responsable de la sécurité qui a requis l'anonymat, les lycéennes ont pu être enlevées pour servir de boucliers humains, servantes ou esclaves sexuelles.

"Les terroristes sont prêts à tout pour survivre devant le lourd tribu qu'ils paient à l'offensive de l'armée", a-t-il dit.

Le général Olukolade a indiqué vendredi que les recherches se poursuivaient avec l'aide de milices pro-gouvernementales et de chasseurs traditionnels.

Le gouverneur de l'Etat de Borno a offert 50 millions de nairas (215.000 euros) à quiconque donnerait des informations permettant la libération des prisonnières.

Le président Goodluck Jonathan, déjà critiqué pour sa gestion de l'insurrection de Boko Haram, a rencontré jeudi ses responsables de la sécurité pour faire le point sur l'enlèvement des lycéennes et une autre réunion est prévue pour la semaine prochaine.

ola-joa/jlb/de

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