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Les pro-russes ukrainiens ne se rendront pas sans la démission de Kiev

18/04/2014 11:22 EDT | Actualisé 18/06/2014 05:12 EDT

DONETSK, Ukraine - Des militants pro-russes qui occupent des édifices gouvernementaux dans plus de 10 villes ukrainiennes ont affirmé, vendredi, qu'ils ne les libéreraient pas tant que le gouvernement intérimaire ne démissionnerait pas, éteignant les espoirs générés par une entente diplomatiques conclue jeudi à Genève.

Après des semaines de conflits suivant la fuite de l'ancien président ukrainien, en février, et l'annexion de la Crimée à à la Russie en mars, l'Ukraine et la Russie se sont entendus jeudi sur les étapes à franchir pour tenter de calmer les tensions qui longent leur frontière commune. L'accord demande aux parties d'éviter tout geste de violence, d'intimidation ou de provocation, appelle au désarmement de tous les groupes illégaux, et demande que tous les édifices gouvernementaux occupés par des séparatistes pro-russes soient rendus à Kiev.

Le dirigeant du gouvernement local autoproclamé de Donetsk, Denis Pouchiline, a affirmé à des journalistes que la République populaire de Donetsk ne reconnaissait pas le gouvernement national ukrainien. S'exprimant depuis les quartiers généraux occupés par les insurgés, il a déclaré que le nouveau gouvernement occupait lui aussi illégalement les bureaux publics à Kiev.

«C'est une entente raisonnable, mais tout le monde devrait libérer les édifices, et cela inclut (le premier ministre Arseni) Iatseniouk et (le président intérimaire Oleksandre) Tourtchinov», a-t-il déclaré.

Une élection présidentielle est prévue pour le 25 mai, mais M. Pouchiline réclame un référendum sur le sort de la région de Donetsk, dans l'est du pays, d'ici le 11 mai. Un scrutin semblable a mené récemment à l'annexion de la Crimée à la Russie.

L'Ukraine est en pleine tourmente depuis des mois. Le soulèvement a pris naissance à Kiev après que l'ancien président Viktor Ianoukovitch eut tourné le dos à une entente avec l'Union européenne, pour favoriser plutôt des liens avec la Russie.

Dans l'est du pays, des militants pro-russes ont à leur tour fait connaître leur position. Les édifices gouvernementaux investis par des groupes pro-russes sont maintenant occupés par des hommes armés entraînés, une situation qui complique les plans des autorités pour les reprendre. M. Pouchiline assure qu'ils ne rendront pas les armes tant que le gouvernement ne cessera pas ses opérations pour reprendre les bâtiments.

«En ce qui concerne le désarmement, Kiev a déjà violé ses engagement depuis hier (jeudi), en annonçant qu'il ne retirera pas ses troupes de Slovyansk et Kramatorsk», a-t-il dit, faisant référence à deux villes occupées.

Ouverture de Kiev?

MM.Tourtchinov et Iatseniouk ont toutefois montré des signes d'ouverture, vendredi, en annonçant par voie de communiqué que le gouvernement était «prêt à conduire une vaste réforme constitutionnelle qui légitimerait les pouvoirs des régions», en donnant à ces dernières une plus grande gouvernance locale.

Les deux dirigeants ont aussi promis un «statut spécial à la langue russe», et se sont engagés à protéger les droits de tous les citoyens, peu importe leur langue.

Vendredi au Parlement, le premier ministre Iatseniouk a annoncé qu'il avait rédigé un projet de loi qui garantirait l'amnistie à tous ceux qui déposeraient volontairement leurs armes et libéreraient les bâtiments occupés.

Selon l'analyste politique Vasim Karasyov, le gouvernement de passage n'a pas les ressources militaires pour régler le conflit dans l'est du pays. Il devra donc y arriver par la négociation avec les manifestants pro-russes.

«Kiev devrait finalement écouter les demandes de ces gens, a-t-il dit. Ils ne savent même pas quelles sont leurs demandes. Peut-être qu'elles sont raisonnables. Le gouvernement à Kiev prétend qu'il n'y a aucun problème dans l'Est.»

Par ailleurs, l'ancienne première ministre et candidate à la présidence Ioulia Timochenko est arrivée à Donetsk vendredi, dans l'espoir de désamorcer les tensions et d'entendre «les demandes des Ukrainiens qui vivent à Donetsk».

«J'aimerais entendre ces demandes moi-même et juger de leur sérieux, pour que l'on puisse trouver un compromis entre l'Est et l'Ouest qui nous permettra d'unir le pays», a-t-elle fait valoir à The Associated Press.

Pour sa part, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, a mis l'accent sur le fait que la clause de libération des bâtiments gouvernementaux s'adressait à toutes les parties, en référence au Secteur droit, un parti ultranationaliste ukrainien d'extrême-droite dont des militants occupent l'hôtel de ville et le centre culturel de Kiev.

«Il est évident, lorsque l'on parle de désarmement, que nous pensons avant tout au retrait des armes des combattants du Secteur droit et d'autres groupes pro-fascistes qui ont participé au renversement du gouvernement à Kiev en février», a-t-il affirmé vendredi par voie de communiqué.

À Washington, le président Barack Obama s'est montré sceptique face à la bonne volonté de la Russie, qui a promis une désescalade de la situation en Ukraine. M. Obama a prévenu que les États-Unis et ses alliés étaient prêts à imposer des sanctions supplémentaires à Moscou s'il ne respectait pas ses engagements.

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