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Lente adaptation pour les rares Syriens réfugiés en Finlande

18/04/2014 12:45 EDT | Actualisé 17/06/2014 05:12 EDT

Dans un café du centre d'Helsinki, Alan Haji, Syrien de 29 ans, commande dans un mélange de finnois et d'anglais un double expresso à un serveur finlandais dubitatif.

"Le vocabulaire du café, c'est celui que je connais le mieux ici", glisse-t-il avec un sourire, en anglais cette fois-ci.

Les quelques réfugiés syriens qui sont arrivés en Finlande, pas forcément par choix mais parce que le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) les a envoyés là, doivent s'adapter au quotidien d'un pays nordique dont la langue et le climat leur paraissent bien rudes.

D'origine kurde, Alan a fui fin 2011, avec son frère alors âgé de seize ans. "J'avais fait de la prison et participé à des manifestations contre le régime", explique-t-il. "Quand mon frère a été enlevé puis torturé pendant plusieurs jours, nous avons décidé de quitter la Syrie dès qu'il serait libéré".

Les deux jeunes hommes ont alors laissé derrière eux leurs parents, aujourd'hui installés en Turquie.

Depuis deux ans et demi, Alan tâche d'apprendre une langue parmi les plus difficiles d'Europe. Tant qu'il n'y sera pas parvenu, le marché de l'emploi lui restera hermétique.

Près de 400 Syriens sont arrivés en Finlande depuis 2011. D'ici à fin 2014, 500 autres sont attendus.

Pour ces nouveaux arrivants, le choc culturel est inévitable. Climat, religion, gastronomie, coutumes: tout sépare la Syrie et la Finlande, qui n'ont en commun que le fuseau horaire. Et la communauté syrienne était minuscule avant le conflit, avec 170 personnes en 2010.

- "Considéré comme un être humain" -

"Quand on est Syrien on ne connaît pratiquement rien sur la Finlande, si ce n'est que c'est un pays égalitaire et juste socialement", relève Mania Alkhatib, une responsable associative syrienne installée à Helsinki depuis plus de dix ans et opposante au régime de Damas.

Alan cherche à se projeter dans sa nouvelle vie. Il envisage de travailler comme guide touristique ou interprète, et rêve d'études en relations internationales.

"Bien sûr, ma famille, mes amis me manquent. J'aimerais parfois que les Finlandais soient moins timides, et que certains d'entre eux mettent de côté leurs clichés sur le Moyen-Orient", confie-t-il. "Mais ici, le gouvernement prend soin de moi. Je suis des cours intensifs de finnois gratuitement, j'ai un logement, une aide financière chaque mois... Je suis considéré comme un être humain. Les gens ne se rendent parfois pas compte de ce que ça représente".

Il insiste sur le "respect" qu'il a pour son pays d'accueil: "Je considère la Finlande comme ma maison, à présent".

Avec les obstacles qu'il a dû franchir pour arriver là, Alan Haji s'estime chanceux. La Finlande accorde l'asile au compte-gouttes aux Syriens. Et comme la Suède voisine le fait très généreusement, elle est la destination privilégiée de ceux qui choisissent l'entrée clandestine sur le territoire.

Pour Mme Alkhatib, Helsinki suit une logique qui lui est propre. "Le gouvernement finlandais souhaite que chaque famille, chaque individu, s'intègre dans la société. Pour cela, il faut beaucoup d'argent. Il n'y en aurait pas assez si la Finlande s'ouvrait à tous ceux qui en faisaient la demande", estime-t-elle.

- "Plan d'intégration" -

Chaque année, le ministère de l'Intérieur annonce un quota de réfugiés que le pays est prêt à accueillir. Une centaine de municipalités, toutes volontaires, sont ensuite chargées de leur offrir des services sociaux, de santé et un logement. Elles s'occupent aussi du "plan d'intégration", durant lequel les réfugiés reçoivent des cours intensifs de langue et de culture finlandaises.

Pour compenser cet effort, l'État attribue une aide financière aux villes d'accueil, s'élevant à 7.000 euros annuels par enfant et 2.000 par adulte pendant quatre ans.

La Finlande se tient à cette politique, même critiquée.

Contrairement à ce qui se passe en Suède, "les réfugiés ne passent pas par des centres d'accueil. Ils sont immédiatement logés dans leur nouvelle municipalité, ce qui est une très bonne chose, puisque ça accélère leur intégration", souligne une conseillère ministérielle pour l'accueil des migrants, Sonja Hämäläinen.

Lors d'une visite en Finlande en septembre, la commissaire européenne aux Affaires intérieures, la Suédoise Cecilia Malström, avait jugé la politique restrictive de visas et d'asile "véritablement problématique".

"La Finlande a récemment augmenté ses quotas de réfugiés. Cela va dans le bon sens, mais il est clair qu'il en faudrait plus", déclare à l'AFP Anu Tuukkanen, d'Amnesty International.

Mme Hämäläinen relève que "parfois, les villes n'ouvrent pas suffisamment de places pour atteindre le quota du gouvernement".

Dans des camps de réfugiés, principalement en Jordanie, cette pénurie oblige des Syriens munis d'un titre de séjour finlandais à attendre de longs mois avant d'avoir le droit d'entrer dans leur nouveau pays.

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